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LE TRI-CENTENAIRE DE L'ÉDIT DE NANTES

éminents des deux Eglises, il combattait pour ne point mériter les critiques de ses adversaires. Bossuet n'eût jamais écrit VExposition de la doctrine de l'Eglise catholiquey s'il n'avait pas dû répondre à Claude. Aussi le jour où la force brutale réduisit au silence ,de si nobles adversaires, ce ne fut pas seulement la Réforme française qui fut atteinte, ce fut aussi l'Eglise catholique. Le libertin était déjà né et l'Eglise ne comprit pas que les jours viendraient où ce redoutable ennemi lui déclarerait la plus implacable des guerres. L'hérésie était anéantie et les prêtres louaient Louis le Grand, mais T^sprit d'examen demeurait dans la nation et il allait grandir, rompant avec toute influence religieuse.

On éprouve un sentiment de douleur, alors que J'on constate qu'à la veille de la Révocation se posaient déjà, avec une précision admirable, les grands problèmes religieux que notre siècle a discutés et discute encore. Survint le vent de la persécution, le plus bel essort de l'esprit religieux fut brisé net et l'incrédulité prépara ses premières victoires.

Que l'on compare le catholicisme de Bossuet avec celui de notre temps et Ton comprendra mieux la vérité de nos remarques ; il est certes moins éloigné du christianisme de Claude, son illustre adversaire, que de celui de Lourdes et du Sacré-Cœur.

La faute alors commise pèse lourdement encore sur le catholicisme qui, vainqueur d'un adversaire religieux, favorisa les succès d'vitv ^tvw^tcC\

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incrédule. La France n'est pas devenue protestante, elle est devenue hostile à TEglise.

Vaine tentative que celle de refaire l'histoire, mais comment ne pas regretter que le protestantisme n'ait pas pu se développer en France avec ses méthodes de recherche et son caractère religieux, et comment ne pas arriver à croire que par le noble effort de ses penseurs et par la loi même de son évolution, il n'eût, sinon prévenu, du moins atténué la crise de l'incrédulité dont nous souffrons si profondément? Ces réflexions ne cessaient de nous poursuivre pendant les fêtes d^ Nantes qui laisseront d'inoubliables souvenirs am ceux qui eurent le privilège d'y assister. Dans la

reconnaissance de la protection de Dieu, en pré — ^sence d'appels aussi éloquents que généreux, 1^ ^e sentiment d'une étroite union entre les fils de Is. Jla Réforme s'affirmait hautement et le souvenir de :^^s tristes luttes intestines semblait s'évanouir. C dIZJe furent d'heureux jours qui relevèrent les courage^^^ es en fortifiant les âmes.

Et cependant, à ce moment même, Ton pouva ,^^ait mesurer plus sûrement la grandeur de l'épreu;^^ -ve qui avait atteint la Réforme française et coicMr^mmprendre que les blessures dont elle avait él^ ^sté atteinte, n'étaient point cicatrisées. Lorsqt— ^^ ue l'exilé, après de longues années, rentre dans 7 la patrie, il ne retrouve plus sa place au foyer qu -^m'il a aimé. D'autres sont vernis, à lui inconnus, g ~^M ui ont usurpé, les compagnons des premiers iovL^mrs ont disparu, la figure des choses n'est plus la même, toute une vie est à refaire.

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A bien des titres, c'est notre histoire, nous sommes revenus des fleuves de l'exil, la patrie nous a rouvert ses portes, mais nous n'avons pas encore refait notre passé. La situation n'est plus pour nous ce qu'elle fut pour nos grands ancêtres, ils avaient à lutter contre Rome et ils nous ont légué ce combat, mais ils n'avaient pas connu l'incrédulité. Par la force des choses, nous nous trouvons placés entre ces deux puissances et nous sommes toujours menacés d'être écrasés entre elles. Combattre pour vivre est la nécessité, mais il faut plus, sinon la vie est médiocre. Notre devoir est de présenter le protestantisme à notre peuple comme la synthèse entre la pensée religieuse et la pensée libre, mais combien loin nous sommes du but !

La persécution est créatrice d'héroïsme et un martyrologe reste un monument sacré de la résistance ri la tyrannie, mais l'arbre, brisé par la foudre, se relève difficilement. Le protestantisme français fut arrêté dans son développement au moment où il allait donner la mesure de ses énergies. On sait ce qui advint et comment pendant plus d'un siècle il ne lutta que pour ne pas mourir. Il se retrouva plus tard en face du catholicisme, comme aux jours de Louis XIV, mais il rencontra aussi l'incrédulité devenue un parti victorieux. Faible, désarmé, dans l'œuvre si difficile de sa reconstitution il dut subir Tinfluence des milieux qui l'enveloppaient. Si les uns eurent peur du principe protestant du libre examen, les autres furent entraînés à l'exagérer, et Toïv i^^vjA»

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dire que, dès la première heure, au lendemain même de Germinal, des divisions se produisirent. On sait à quel point elles grandirent et, de quelle douloureuse manière, elles troublèrent nos Eglises. C'est à ces divisions que sont dus Tisolement dans lequel se trouve la Réforme française et son manque d'action sur la nation.

Les catholiques l'accusent d'être inféodée à la libre pensée, et les libres penseurs lui reprochent de n'être qu'un catholicisme édulcoré. Nous n'avons pas su encore donner à notre pays un^ Eglise où se concilient les droits de la foi et ceix^x de la science. Et cependant n'est-ce pas là notxr^c raison d'être et ne manquons-nous pas à nos d^ ^^ tinés en ne résolvant pas le problème ?

Ne pas reconnaître la légitimité de deux t^^ dances dans l'Eglise, n'est-ce pas aboutir, par force des choses à créer deux Eglises, qui réuniront, ni l'une ni l'autre, les qualités née saires pour accomplir l'œuvre qui devrait

être commune? Car l'une et Tautre exagère* ,

fatalement leur principe directeur et se con< neront à une action restreinte, alors que pai entente loyale et réciproque, ce même prir sans rien perdre de sa force, s'affîrmerail dans ses excès, mais par ses bienfaits ; l'c doxie perdait de son intransigeance, le libers de ses hardiesses. Il est certain qu'on pari ^^ la nécessité de la fidélité, mais encore ne fa.^^^-^^ il pas que par ce terme, trop souvent écart signification première, on entendit sur^ résistance à des réformes nécessaires.

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