‹ Vers la justiceChapitre 77 sur 100 · INDIVIDUALISME · texte numérisé non relu

INDIVIDUALISME

le plus saint des hommes, il reconnaîtra son semblable.

Et cependant il est vrai que le respect de la personnalité humaine est chose sacrée. Mais où donc apparaît pour la première fois Tordre de ce respect, sinon dans la parole biblique : a Tu aimeras ton prochain comme toi-même » déclarée par le Christ, le premier et le plus grand des commandements .

Voilà la justification véritable du principe de l'individualisme, car de cet amour parfait du prochain naît le respect absolu de ses droits.

M. Brunetière, malgré ses voyages à Rome, ne parait pas s'en être douté, et M. Durkheim, malgré ses sentiments religieux, ne semble pas y avoir pris garde.

!Nul plus que le chrétien, qui place en Dieu la justice suprême, ne respectera le droit individuel, car il sait que nulle société, laïque ou religieuse, ne peut durer si elle n'a pas à sa base la justice.

Li'individualisme chrétien — nous ne parlons pas de Tindividualisme ascétique ou sectaire -^ dans sa vérité comme dans sa force, n'est pas destructeur de l'idée sociale. Loin de là, il comniande à l'individu de se dévouer sans réserves ^ la société, et c'est se dévouer que de lutter contre ses erreurs. Aussi, la plus républicaine des devises : tous pour un, un pour tous, est- ^^le aussi la plus chrétienne des devises.

Signai (5 juillet 1898).

140 A PROPOS d'une protestation

A Propos d'une Protestation.

Le Siècle a publié la protestation suivante :

Paris, le !•' juillet 1898.

Nous interprétons certainement la pensée de beaucoup de Français qui s'intéressent à la cause de Dreyfus, en protestant énergiquement contre l'article intitulé : L'Armée de Condé que vient de publier la Revue Blanche An 1" juillet.

Autant nous souhaitons le triomphe de la légalité, de 1& vérité et de la justice, autant nous réprouvons tout ce qiii tend à faire rejaillir sur les fils les erreurs des pères, to'ot ce qui tend à affaiblir l'étroite solidarité qui unit tous 1.^8 Français : fils de royalistes ou fils de républicains, catlr».oliques, protestants, juifs ou libres-penseurs, civils ou mi li~ taires.

Paul Violet, membre de l'Institut ; A. Giry, membre ^® l'Institut; Paul Meyer, membre de l'Institut ; Ferna.^^*^ Bourdon, publiciste.

Quelques mots d'explication sont nécessaire ^ pour faire comprendre la portée de cette prote ^ ^^ tation. L'article publié par la Revue Blancf^ '^ relève, en effet, les noms des officiers de cet^ ^^ armée de Condé qui, aux jours de la Révolutio:*^^^ ' faisait la guerre à la France, pour montr^^ '^ qu'aujourd'hui l'on retrouve les mêmes noms dar* ^ notre armée et particulièrement dans le corf:> ^ d'état-major. Mais de là à en tirer des conclusior^. ^ •contre ces officiers il y avait un abîme qui ne devai-^ ^ pas être franchi et, à leur grand honneur, MM. I^ - Viollet, Giry, P. Meyer, Bourdon sont venus raj>-* peler, à ceux qui l'oubliaient, que l'emploi d^

A PROPOS d'une protestation 14 Î

telles armes était défendu. Ils ont donné une nouvelle preuve de courage civique dont il convient de les louer hautement. Ces intellectuels qu'on prétend railler, font, quoi qu'on en dise, noble figure, car, dans le déchaînement de la polémique des partis, ils représentent simplement et fortement l'immuable de la justice. Ils ont vraiment le souci du bon renom de la France en rappelant que rien n'est plus coupable que de rendre les fils responsables des erreurs des pères et qu'engagés dans cette voie, à toutes les misèjres de Theure présente on ajoutera encore, pour oombler la mesure, toutes les misères d'autrefois.

On n'a pas oublié la révolte qu'a inspirée la honteuse campagne de M. Judet contre M. Zola^ mettant en cause le père de l'illustre écrivain ia^ns des articles que traversait la haine la plus «''iolente et la plus injuste. Il faut éprouver un :el sentiment alors que les polémiques mettent în cause les descendants des émigrés en raison ies actes de leurs ancêtres. Nous pouvons supporter les conséquences des fautes de ceux qui furent avant nous, mais nous n'en sommes point responsables, vérité si élémentaire qu'on épi*ouve quelque honte à la rappeler. Mais les violences et la passion ont perverti à ce point l'esprit public <iue les notions les plus élémentaires sont méconnues, aussi faut-il éprouver une sincère reconnaissance pour les vaillants qui les remet- *^nt en honneur.

Signai (5 juillet \89S\.

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