‹ Vers la justice par la véritéChapitre 33 sur 68 · L AVEU PAR LE SILENCE · texte numérisé non relu

L AVEU PAR LE SILENCE

26 juillet 1898.

Nous avons publié avant-hier et republié hier la note suivante :

La presse (TEslerhazy se tait; mais cet aveu par le silence ne saurait suffire à la conscience publique.

Puisqu'il faut préciser, nous précisons.

Le complice en faux d'Esterhazy et de la fille Pays, c'est M. Bu Patyde Clam.

L'officier qui a averti Estcrhazy, qui a trahi, pour sauver le traître, le secret des enquêtes, qui a renseigné Esterhazy, qui l'a documenté, conseillé, conduit par la main, c'est M. Du Paly de Clam.

La faussaire « Speranza », la « dame voilée », l'inventeur de tant de machinations criminelles, les unes odieuses, les autres stupides, c'est M. Du Paty de Clam.

Celui qui a fait sortir de la caisse secrète du ininistère de la Guerre le <( document libérateur », qui l'a donné à Estcrhazy, c'est M. Du Patyde Clam.

L'inspirateur des dépêches « Blanche » et «' Speranza », le complice de ces faux, c'est M. Du Paty de Clam.

Ce que nous disons aujourd'hui, les principaux membres du cabinet Brisson le savent, les principaux membres du cabinet Méline l'ont su.

Nous attendons.

Les journaux qui avaient déjà eu la prudence de ne pas reproduire les lettres de Mme de Boulancy se sont pareillement abstenus de reproduire cette note.

A peine, dans le Jour d'hier, une allusion aussi voilée que la fameuse dame du pont Alexandre : « M. Du Paty de Clam, écrit le Jour, est peut-être l'auteur du télégramme adressé à Picquart. C'est possible, et nous l'admettons. 3Iais oii est le mal '? »

« Où est le mal ? » est admirable. D'un trait de plume, \eJour elTace le crime de faux que le Code pénal punit seulement des travaux forcés.

Le crime de faux, qu'est-ce que cela? Bagatelle.

Et le Jour passe à d'autres exercices.

Mais, dans tout le reste de la presse d'Esterhazy, la consigne est de se taire. Silence dans le rang !

L'idée seule de faire connaître à leurs lecteurs, systématiquement trompés par eux depuis de longs mois, une faible parcelle de la vérité, glace ces journaux d'effroi.

Ils ont, pour la vérité, l'horreur des oiseaux de nuit pour la lumière.

Des déductions irréfutables que nous avons tirées des pièces du procès Esterhazy et du procès Zola, pas un mot ; des conclusions résumées dans notre note, pas un mot.

Môme pas une injure!

Comment nous injurier à ce propos sans dire pourquoi, sans exposer, sans résumer au préalable l'ensemble de preuves accablantes, des irréfutables témoignages que nous avons fait sortir en faisceau des comptes rendus du procès Zola et du procès Esterhazy ?

Alors mieux vaut, à la réflexion, se taire, organiser la conspiration du silence, ravaler à la fois l'envie d'injurier les défenseurs de la vérité — et la peur, tous les jours plus angoissante, de l'imminente justice.

Car elle marche, la divine Boiteuse, elle avance, lentement, à coup sûr, mais sûrement ; elle est en vue; la voilà!

M. le colonel Picquart, en déposant, au mois de janvier, sa première plainte contre les auteurs des télégrammes Speranza et Blanche, \ "avait déposée seulement contre inconnu.

Le premier X du problème a été dégagé il y a quinze jours : c'est Esterhazy avec, pour complice, la fille Pays.

Le second X s'est dégagé depuis; hier, du fond de sa prison, le colonel Picquart a déposé une seconde plainte, relative, elle aussi, aux faux dont sont déjà inculpés Esterhazy et sa maîtresse. Cette plainte vise M. Du Paty de Clam.

Est-ce que l'on va chercher, sur cette plainte anssi, à continuer la conspiration du silence?

Et M. Du Paty de Clam, que fait-il?

Ne lit-il (\\ie,\' Intransigeant ?N'a-t-il pas lu le Siècle ? Ne s'est-il pas trouvé quelque ami complaisant pour l'avertir/ pour lui mettre le Siècle sous les yeux ?

Est-ce qu'il n'y aurait plus d'huissiers dans la bonne ville de Paris ?

Ce n'est pas que le silence de M. Du Paty de Clam nous soit pénible: ce silence est un aveu.

Aux faits acquis, définitivement acquis, pertinemment établis, il faut ajouter celui-ci :

M. Du Paty de Clam se lait, il avoue.

TEKIPORA SI FUERINT.

27 juillet 1898.

Il n'y a plus que M. Cavaignac qui paraisse ignorer la note du Siècle ; nous nous reprocherions de ne pas la reproduire, une fois de plus, pour l'édification de,M. le ministre de la Guerre :

Puisqu'il fauf préciser, nous précisons.

Le complice en faux d'Esterhazij et de la fille Pays, c'est M.DuPaty de Clam.

L'officier qui a averti Esterhazy, qui a trahi, pour sauver le traître, le secret des enquêtes, qui a rensetgne Esterhazy, qui Va documenté, conseillé, conduit par la main, c'est M. Du Paty de Clam.

La faussaire « Speranza », la « dame voilée », / inven-

teur de tant de machinations criminelles, les unes odieuses, les autres stupides, c'est M. Du Paty de Clam.

Celui qui a fait sortir de la caisse secrète du ministère de la Guerre le « document libérateur », qui l'a donné à Esterhazy, c'est M. Du Patij de Clam.

L'inspirateur des dépêches « Blanche » et .< Speranza », le complice de ces faux, c'est M. Du Patij de Clam.

Ce que nous disons aujourd'hui, les principaux membres du cabinet Brisson le savent, les principaux membres du cabinet Méline l'ont su.

Nous attendons.

Quelques-uns insinuent que M. Du Paty de Clam serait l'ami ou le parent de M. Gavaignac. Je n'en sais rien. Je me plais à croire qu'une considération de ce genre ne pèserait point dans son esprit.

i:n attendant, il a bien fallu que la presse d'Esterhazy se décide à parler. Les conspirations du silence les mieux ourdies, n'ont jamais duré plus de trois jours

Il y a dans les Chdtime?i(s, entre cent autres une pièce admirable qui commence ainsi :

Ah! ta flairas bien par hurler...

•le serais coupable d'exagération si je disais de la presse d'Esterhazy qu'elle a hurlé. Voxfaucibus hœsU dirait M. le Président du Conseil. Elle a lait, visible'ment, un g,os effort pour parler de nos articles Le morceau a été dur, terriblement dur à avaler La voix est faible, comme brisée. L'aveu, d'ailleurs, s'y compl.que d un lâchage. Cesgens-làont élevé le « Bonsoir messieurs I » à la hauteur dun principe. Hier, c'était

Esterhazy. M. le marquis de llochefort jurait, sur la Se de sesancètres, qu'il n'avait jamais échangequ un oup de chapeau avec cet individu : de l'argent qu d avait donné au « brave commandant « pour payer le. frais de son procès, il n'avaitplus aucun souvenir M. Yervoort a fait un non moins profond plongeon dans l'eau du Léthé: il sait à peine le nom de celui qujat Thôte quotidien des bureaux du Jour, tnfm M. )rumont n'e se souvient pas plus de la collaboration Ls terhazy à la Ubre Parole, collaboration qui a ete attestée par lafille Pays à un rédacteur de la Cro^.■^Jl^^ sa propre collaboration au journal des mouchards Stamir et Marchai de Bussy.

Aujourd'hui c'est Du Paty de Clam qu'on abandonne.

On connaît l'article du Jour. Le Jo^œ ne nie pas que M. Du Paty de Clam soit le complice d Esterhazy 2t de la fille Pays dans la fabrication ;1- ^epech Blanche et Speranza. « C'est possible, dit-il, et no as l'admettons. Mais où est le mal'? »

jâ inexpliqué au Jour ^.. '^ Code péna Ipun.t des travaux forcés le crime de faux. La Cour de c ion, la jurisprudence, avec une ^-e -an.-t . reconnaissent lexislence du faux auss, b'^" dans la contrefaçon dun non, in,aginaire q^^dans ce e d u„ nom connu. Ces faussaires ont commis ces deux cr, Ts • la dépèche Sp.,-a,na est un faux par emt^o, d un Tom imaginaire : Tautre dépêche, la dépêche «/™c e est un faux par emploi d'un nom connu, ^««o -, est le prénom de Mlle la comtesse ^e l.omnun,,cs E terhazy Tignorait; Du Paty le sava.t. Du Pat> a fait „ au colonel Picquart. à Sousse, la dépêche s,-

gnée Blanche, dans l'intention manifeste de déshonorer le colonel aux yeux du ministre de la guerre. Le crime est patent, incontestable.

« Mais, dit le Jour, si Du Paty a fourni des armes à Esterhazy pour le défendre contre ceux qui voulaient sa perte, il a agi selon son droit. » On avouera que ce droit est nouveau. Nous avons accusé Du Paty d'avoir fait sortir de la caisse secrète du ministère de la Guerre le document libérateur et de l'avoir donné à Esterhazy. C'était son droit, dit le Jour.

11 conviendrait de savoir au plus tôt, sur ce point, l'avis de M. le Président du Conseil et de M. le' ministre de la Guerre.

Au début de la campagne, les amis d'Esterhazy et de Du Paty accusaient le colonel Picquart d'avoir dérobé ce document qu'une femme jalouse lui aurait ensuite volé pour le donner au brave commandant.

Alors, c'était un crime. Aujourd'hui c'est un droit.

Comment en un or pur le plomb s'est-il cbangé?

Et la dame voilée, personne n'en parle plus. On reconnaît donc que la dame voilée est un mythe, que Speranza et Du Pahf, c'est une seule et même personne.

L'argument de Y Intransigeant est plus faible encore que celui du Jour : « Ou, dit-il, c'est le colonel Du Paty de Clam qui est l'auteur des dépêches, et alors pourquoi l'arrestation du commandant Esterhazy? Ou c'est M. Esterhazy que vous continuez à soupçonner, et alors pourquoi l'arrestation de M. Du Paty de Clam? »

11 n'entre pas, comme on voit, dans la tête de V Intransigeant que l'on puisse se mettre à plusieurs

pour commettre un crime et qu'il existe des complicités. Esterhazy n'a pas été seul inculpé; la fille Pays a été arrêtée avec lui. Cela fait déjà deux faussaires. Du Paty est, tout simplement, le troisième.

Observez au surplus que, toujours au début de la campagne, V Intransigeant, comme le Jour et la Libre Parole, accusaient Scheurer-Kestner d'être l'auteur de ces dépêches qu'ils avaient connues les premiers.

Qui donc avait fait ce mensonge à MM. Drumont et Rochefort ?

Ils fréquentaient alors assidûment le Uhlan. Le Ulhan n'était alors qu'un misérable; il n'était pas encore malheureux. Ils ne l'avaient pas encore laissé seul .

Il faut rendre à la Libre Parole cette justice que son dilemme est moins boiteux que celui de V/ntransigeant. « Ou bien, dit-elle, Du Paty est réellement le faussaire, ou bien la bande des traîtres ment avec son impudence et son audace habituelles. Dans la première hypothèse, il faut arrêter résolument, sans pitié, le colonel Du Paty de Clam et le frapper impitoyablement, ainsi que ses complices, quels qu'ils soient. Dans la seconde, il faut mettre la main au collet des dénonciateurs, et les envoyer sans retard au bagne qui devrait être déjà préparé pour les recevoir ».

Ces choses sont dites, comme on voit, avec une délicatesse extrême. Nous sommes d'ailleurs, sur la position de la question, tout à fait d'accord avec la Libre Parole. Ou nous sommes des calomniateurs, et il faut nous poursuivre; ou Du Paty est un faussaire, et il le faut frapper impitoyablement, « ainsi que ses complices, quels qu'ils soient ».

M. DrumoTit serait-il, par hasard, informé que Du Paly a des complices, autres qu'Esterhazy et la fdle Pays, qu'il n'aurait pas agi de sa seule initiative?

Il est certain, en effet, qu'à moins d'avoir crocheté la caisse secrète du ministère de la Guerre, Du Paty a reçu de quelqu'un, au bureau des renseignements, le document libérateur.

Aussi bien la Libre Parole ne dit-elle pas, comme le Jour : « Oii est le mal? » Elle convient que l'acte dont Du Paty, Eslerhazy et la fille Pays sont accusés est un crime. S'ils ont commis réellement ce crime, qu'ils soient, dit-elle, « frappés impitoyablement ainsi que leurs complices ».

Or, ce crime, ils l'ont commis.

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