‹ Vers la Terre-Sainte [microforme]Chapitre 11 sur 105 · EN ITALIE — NAPLES · texte numérisé non relu

EN ITALIE — NAPLES

Nous venons d'aborder au quai de l’Immacolatella nuova. Tout Naples sembleen mouvement. La. grouillante population s’est ramassée pour recevoir les frères qui reviennent dans la patrie; le bruyant langage de la foule qui couvre le quai, semble être la plus agréable des cantates de bienvenue.

Tout un essaim de religieuses arrive; elles saluent. de leurs mouchoirs leurs sœurs du bord, elles font mille gestes accompagnés de ces manifestations italiennes qui disent tout leur plaisir. C'est une joie exubérante; une gaieté expansive qui se communique. Nous sommes si heureux, tous ensemble, detoucher le sol de la belle Italie!

Tout icirevêt un aspect nouveau: les clochers hauts et pointus d'Amérique sont devenus des campanilles; ce sont de petites tours carrées couvertes.

d’un léger toit, où habite une humble cloche, chantant, comme au Canada, l'Ave Maria, aux trois heures du jour.

D'innombrables petites barques aux formes les plus variées glissent à travers la flotte de guerre, des bateaux de ligne et des milliers de gondoles <encombrent le port. Sur une chaloupe à rames, se balançant aux légères agitations de la houle, nous sillonnons la baie en tout sens, en chantant les barcarolles apprises autrefois au collège. Les accompagnements d'orchestre manquent, mais ils seraient de trop; mieux vaut goûter les accords harmonieux qui se produisent sur l'onde et mesurer nos mélodies aux cadences de nos chaloupiers.

Sur les flots vers la rive, Me berce ce gai refrain.

C'est la chanson naïve Du bon Napolitain.

Nous débarquons à l’heure des messes. Nous allons à la Chiesa San Onuphre assister au Saint Sacrifice, qui est célébré à un autel du transept, par un gros prêtre italien ayant pour servant un petit vieillard à robe jaune, ceinturé de rouge. La voûte raisonnait de tous les eorum, earum du latin romain ; bieh que prêtres, c'était à peu près tout ce que nous pouvions comprendre à part des Amin. Après avoir vu les églises de Saint-Joseph à Maggiore, San Pietro

et San Georgis, nous nous dirigeons vers la Duomo: c'est la cathédrale de San Gennaro, c'est-à-dire de Saint-Janvier où s’acconiplit deux fois par an, le miracle de la liquéfaction du sang de ce saint. Ce fait extraordinaire arrive le 19 septembre, fête du saint Évêque de Bénévent et dans la première semaine de mai, temps auquel ses reliques furent transportées de Pouzoles à Naples. Par condescendance toute spéciale pour des prêtres canadiens... qui n'oublient pas d'accompagner leur demande d’un #p généreux, un bon chanoine veut bien nous faire voir les précieuses reliques. On se rend donc à la voûte de sûreté et nous voyons à la lueur du flambeau du Il sacristano les deux ampoules contenant le sang coagulé. Nous vénérons la sainte relique en la baisant avec respect. À notre retour de Terre-Sainte, qui aura lieu entre le 2 et le 4 de mai, nous reviendrons à Naples et nous espérons bien voir le prodige de la liquéfaction. En attendant nous allons prier au tombeau où est en partie le corps de saint Janvier et nous visitons la somptueuse chapelle: tout est de marbre précieux; tout rivalise de grandeur et de beauté.

Sommes-nous au pays de Lilliput? J'ai jamais tant vu, de ma vie, de petits bassets; les rues en sont pleines!! et les mendiants... et les déguenillés, qui

‘font haie au passage des étrangers, veulent tous un soldo; una cedola di banco; un billet de banque

VERS LA TERRE-SAINTE ne suffirait pas à la distribution!

Il nous faut retournerau « Romä » ; nous avons encore deux jours en Méditerranée, sur Marseille. Nous ne sommes que quatre passagers: Mgr Hébert et moi, ainsi que deux Américaines, Mlle Eugénie Guéroult et son amie Mlle Bessie Byrne, fille d'un millionnaire, toutes deux de Chicago. Ces bonnes demoiselles ont déjà voyagé en vieux pays, et elles s'y connaissent. Avant leur départ elles s'étaient tracé le même, absolument le même itinéraire que nous. Nous voyagerons donc de compagnie. Mlle Guéroult est très instruite, parlant parfaitement les deux langues; sa jeune compagne ne comprend ni ne parle le français. Elle a réussi, à sa grande joie, à apprendre sur le bateau, son « Je vous salue, Marie » en s’associant à la petite communauté canadienne pour la récitation du rosaire, Leurs connaissances nous seront utiles; notre protection les rend confiantes et heureuses.

Nous venions à peine de quitter la salle à dîner, qu'un mousse vient avertir le capitaine que les feux Saint-Elme jouent sur le navire. Vite sur le pont supérieur, et les regards fixés dans le ciel noir, nous apercevons le météore sous forme d'aigrettes lumineuses. On se demande si ce ne sont pas des feuxfollets qui nous poursuivent? Les histoires de nos grand'mamans, qui font tant peur aux petits, nous viennent à l'esprit! Après étude, nous constatons

que les pointes métalliques des mâts, en contact avec l'électricité dont l’airest chargé avant l'orage, forment ce phénomène, qu'il nous est donné de voir pour la première fois.

En suivant le littoral, on aperçoit Civitta-Vechia ; les rochers se dessinent à peine dans le lointain. Bientôt nous sommes à Pianosa, aujourd’hui habitée par des criminels; c'est la prison d'Italie. Cet isolement, cette solitude dans cette île lointaine, doit : être une torture pour ces pauvres forçats. Le bateau de ravitaillement, qui aborde, y amène peut-être quelques malheureux.

Nous voici à l’île aux aventures de Monte-Christo, dont le roi d'Italie vient de se rendre acquéreur; elle appartenait au Marquis de Ridolf de Florence qui la louait au souverain depuis plusieurs années. Cette île qui évoque à notre imagination tant de souvenirs fantastiques depuis qu'elle fut tristement immortalisée par Dumas, avait séduit Victor- Emmanuel III lorsqu'il n’était encore que le prince de Naples, par son aspect romantique et sa pittoresque beauté. L'îlot ne possède pour toute habitation qu’un pavillon de chasse édifié par le roi et dans lequel il se plaît à venir oublier avec la reine les soucis du pouvoir. |

La gracieuse souveraine éprouve uné véritable prédilection pour ce paradis ignoré, dont elle aime à parcourir les bois silencieux et les grèves désertes,

VERS LA TERRE-SAINTE 35 vêtue du costume de PaYySanne toscane. On raconte également qu'elle s'amuse durant ses Villégiatures dans l’île à faire des petits plats à sa façon et que le roi déclare excellents.

À droite, nous admirons l’île d'Elbe, à cause de son dénuement et de son abandon. C'est ici qu’en 1814 fut relégué Napoléon Ier, après ses premières défaites. Les souffrances decette déportation auraient dû lui faire songer à ce que valent les honneurs..., mais... déjà sur un socle de granit il ne pouvait que rêver la gloire qui l'attendait.

Avant la tombée du jour, nous passons en face de la Corse; ses montagnes et ses pics élevés sont

Couverts de neige. C'est la première neige que nous voyons depuis que nous avons quitté l'Amérique.

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