‹ Vers la Terre-Sainte [microforme]Chapitre 10 sur 105 · LA MER MEDITERRANEE · texte numérisé non relu

LA MER MEDITERRANEE

En entrant dans cette Méditerranée que les Hébreux, les Grecs et les Romains se sont disputée; cette mer toute bordée d’orangers, d'aloës et de cacti; embaumée des parfums du myrte; entourée de montagnes où règnent l'air le plus pur et le climat le plus sain, l'homme se sent transformé.

Lorsque j'étais enfant, les contes des Mille et une Nuits; les exploits de Jules Verne me semblaient des impossibilités et voilà qu'aujourd'hui ces histoires deviennent presque des réalités. Voir des loups-marins de cinq à six pieds, des cochons de mer de huit à dix pieds; voilà des choses communes. Tant qu'aux baleines, nous en voyons de quinze à vingt pieds, faisant jouer avec élégance leurs puissants jets d'eau. C'est bien loin, cependant, des fameuses baleines dont parlait ce même Jules Verne, ayant des dimensions telles, qu’elles paraissaient des flots flottants, où des colons s'établissaient; y bâtissaient des mai- Sons et y avaient du bon feu! L'histoire ajoute que, Par un bon jour, le cétacé, fatigué, plongeait dans l'océan y et noyait la colonie au fin fond de la mer!!

Le 11 mars, 1909.

Nous sommes à notre treizième jour de New- York. Les plaisirs de la mer ont leur monotonie et nous sommes anxieux d'arriver sur la terre ferme. L'esprit est fatigué de ces craintes nombreuses auxquelles l’abîme nous expose; notre corps est aussi fatigué d’une réclusion relative, et bien que nous avrns tout le bateau pour prendre nos ébats, notre c'."z-nous se résume à une cabine qui,pour être vaste et lux::: se, nous semble une vraie cellule d'ermite, comparée à nos bureaux de presbytère. Allons,n'éveillons pas, en nos cœurs, ce mal si cuisant de la nostalgie!

Demain nous serons à Naples. Saluons en passant les côtes élevées de la Sardaigne, île italienne située au sud de la Corse. Des maisonnettes blanches apparaissent ça et là à travers les cimes verdoyantes, quelques sentiers poudreux croisent ces chaînes de montagne. Le cap Carbonara que nous dépassons est charmant de pittoresque: sous le ciel azuré, s'élève un phare aux dimensions surprenantes, le rocher;prend des fantaisies extraordinaires; on dirait les ruines d’un vieux château; les créneaux qui sedessinent sur ces pics élevés semblent avoir couronné de vieilles forteresses, aujourd’hui abandonnées.

Une barquette semblable aux boats de nos pécheurs des côtes du détroit de Northerburland, portant à son unique mât un triangle tout blanc, fuit rapidement dans une anse, et va se perdre dans l'intérieur. Si, à l'instant, nous voyions un brave pêcheur, vêtu de la vareuse et promenant son lourd râteau sur les galets, pour chercher les huîtres et les palourdes, comme on lefait en Acadie, ce souvenir du pays nous rendrait d'autant plus heureux que nous en sommes si éloignés... 4,886 milles de- Cocagne! c’est bien loin, et nous en ferons autant encore par Port-Saïd, l'Égypte, Jaffa... etc. etc.

Le «Canopic» de la ligne « White Star» nous.

salue à l'entrée de la mer Tyrrhénienne; il s’en va. à New-York. Le pont est tout noir de voyageurs. Si nous pouvions leur donner notre courrier pour

les Provinces-Maritimes!.… En Acadiens errants, nous leur chantons bien fort :

Si tu vois mon pays,

Mon pays malheureux, Va dire à mes amis,

Que je me souviens d'eux.

Le 12 mars, 1909.

Nous entrons majestueusement dans la baie de Naples, à cinq heures du matin. Mille feux illuminent ce coin si envié de la terre. Des campaniles, les cloches matinales nous annoncent le temps de l’Ave Maria; nous tombons à genoux unissant nos prières à celles des bonnes religieuses napolitaines qui pleurent de bonheur en revoyant leur Dolce Italia.

Le bateau fait escale ici, le temps de laisser les Passagers italiens, de prendre du charbon, garnir le buffet et renouveler la dépense.

Nous allons donc, avant de pousser jusqu’à Marseille, nous reposer quelques heures, sous ce ciel paresseux de Naples; au bord de son golfe enchanteur, en ce pays de farniente, où la menace perpétuelle du Vésuve et le souvenir de Pompéi ne parviennent même pas à troubler la douceur de la vie. «Voir Naples et mourir.» Le mot est sur toutes les lèvres. Ce fut évidemment le cri d'u'ie névrose qui au premier transport d'amour se sent agoniser ! C'était probablement une sensitive: que le parfum

d’une fleur peut enivrerl... C'est beau tout de même; c'est charmant cette scène d’aurore sur la toile du Grand Artiste... et si bien encadrée par la nature! Voyons Naples, et essayons de voir bien d'autres villes encore, surtout les villes de la Palestine, but. principal de notre voyage, et s’il plaît au bon Dieu, attendons encore pour mourir...

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