‹ Vers la Terre-Sainte [microforme]Chapitre 13 sur 105 · VERS LOURDES · texte numérisé non relu

VERS LOURDES

Le 15 mars, 1909.

Notre débarquement à Marseille nous donnant dix jours avant le départ pour l'Égypte, nous aurons le temps de faire notre pèlerinage à Notre-Dame de Lourdes. La distance à parcourir est de six cents milles avec arrêts et changements divers. Nous ne sommes pas accoutumés aux usages français, cependant, avec un peu d'observation, nous serons vite au courant des affaires. Grâce à la courtoisie des employés de chemin de fer et aussi grâce aux deux langues française et anglaise que nous possédons, nous faisons notre chemin facilement.

Comme nous voyageons en civil, les gens nous prennent pour des pasteurs anglicans! Nous n'y tenons pas du tout..., nous préférons davantage notre titre de prêtre de la sainte Église catholique. Peu importe les hommes, pourvu que nous soyons connus de Dieu.

C'est le P.-L.-M. (Paris-Lyon-Méditerranée) qui nous conduit en Provence. Nous prenons le chemin

de fer du Midi pour les Pyrénées. En route, nous voyons Tarascon, Avignon, Nîmes, Narbonne, Carcassonne; nous nous sommes arrêtés à Cette, ville maritime remarquable pour ses huîtres et ses vins succulents. Au comptoir d’une bonne cettoise, on demande des huîtres, les meilleures et les plus fraîches; à les voir ouvrir, l'eau nous en vient à la bouche tant nous sommes affamés d’un «mess » du pays! Déception! Les huîtres de cette ville n'ont rien de comparable à nos Bouctouche, nos Cocagne, nos Shédiac; même à nos Baie-des-Winds.

Le bon Père Pierre, narbonnais d'origine, missionnaire capucin à Restigouche, P. Q. préchait chez moi en 1908. A ma table il savourait nos délicieuses molusques. — Elles ont un goût fin, dit-il et, avec une délicatesse charmante et un fin rourire” il ajouta : Elles sont aussi bonnes que nos clovisses de Cette!

Pour éviter le scandale d’un procès entre prêtres nous allons régler à l'amiable. Laissons au Père Pierre ses clovisses de Cette... et pour nous, soyons fiers de nos huîtres, qui, je le crois, auraient la médaille d’or en France, pourvu que des juges neutres soient invités à les déguster!

Il ne faut pas oublier la célèbre ville de Toulouse; quoique très ancienne, elle a un air tout à fait moderne. Les hôtels ont des enseignes ronflontes : Le Grand Hôtel de L'Europe... Le Grand Hôtel du

VERS LA TERRE-SAINTE 43 Midi... et dans toutes ces grandeurs, il y a un service qui coûte grandement cher; et encore, après la note payée, lorsque Monsieur est sur le point de partir, tout un essaim de serviteurs apparaît: les civilités sont plus gracieuses, les petits soins sont plus empressés et il faut que Monsieur verse un pourboire généreux à tous, depuis le premier valet de cha.rbre jusqu'au marmiton du Grand Hôtel!!

La belle et grande allée Lafayette, tout comme la « Cannebière » de Marseille, est le rendez-vous des Toulousains. Les églises sont remarquables, surtout l'insignebasiliquede Saint-Sernin bâtie surle tombeau de saint Saturnin, contemporain de Notre-Seigneur. Il fut envoyé Par saint Pierre vers l'Occident pour Y annoncer le Christ. I] évangélisa Arles, Nîmes, etc., etc.; il devint évêque de Toulouse où il termina sa vie par le martyre. Saint Saturnin fut attaché aux flancs d’un taureau que les prêtres de Satan avaient amené pour le sacrifier aux dieux. Pressé -Par l’aiguillon l'animal furieux se précipite du haut de l'escalier du Capitole et entraîne après lui, dans Sa course impétueuse, le Corps de la sainte victime. À l'endroit où s'arrêta le taureau et où fut constatée la mort du martyr on a élevé l'église du Taureau où pour dire mieux l'église du Taur. Cette construction est du XIIIe siècle; elle est absolument décrépie et porte partout les signes de la révolution. Au moment de notre visite, on était à faire le chemin

de la croix; les bonnes dames faisaient suivre leurs chaises prie-Dieu, et, d'accord avec le vénérable prêtre qui présidait, on priait, on chantait avec une édifiante dévotion.

L'Église de la Daurade, à l’intérieur tout doré, s'élève tout près du Pont-Neuf sur les bords du Garonne. On vénère ici Notre-Dame de la Nôïîre comme on vénère la Vierge Blanche dans l’église de la Dealbade. “

Nous avons dit la sainte messe à Saint- Jérôme. Pendant que Mgr Hébert célébrait au maître-autel, j'étais à l'autel de sainte Germaine Cousin, petite bergère de Pibrac, village tout près de Toulouse.

J'eus le plaisir d’emporter une relique très authentique de la petite sainte. La petite Germaine Léger la conservera précieusement en souvenir du voyage de son parrain affectueux.

Le 16 mars, 1909.

Allons à Lourdes. Il s’agit de visiter la Vierge des Pyrénées. Sur le passage on aperçoit d'immenses champs de vignes. Partout les gens sont à émonder, tailler les plants qui nous donnent le bon vin. Qui . lætificat cor hominis. Les scènes pastorales décrites dans Chateaubriand se déroulent à nos yeux: un troupeau de moutons suit un berger en costume qui rappelle les moines des vieux âges. Plus loin, : un jeune pâtre assis sur un tertre joue son picolo pour tuer la monotonie de ses longues heures de

mme

urveille les brebis

l'atmosphère: ]

miers boutons;

desséchés, mais

donnent un aspec

qui coule son eau

font le blanchi

neige est étendu sur les arbrisseaux et sèche au chaud soleil du Midi.

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