‹ Vers la Terre-Sainte [microforme]Chapitre 14 sur 105 · LOURDES · texte numérisé non relu

LOURDES

Nous entrons en gare de Lourdes à cinq heures du soir et, sans perdre un instant, nous courons à la grotte des apparitions de la Vierge Marie. Juste ici! dans ce rocher de Massabielle, la Mère de Dieu

est apparue à une humble enfant nommée Bernadette Soubirous. La jeune Dame, douce et divine-

ment belle, portait un vêtement gracieux: une langue robe blanche retenue Par une ceinture bleue ,dont les bouts flottaient jusqu’au-dessous de ses Jgenoux, un voile blanc, à grands plis, couvrait sa tête et retombait sur ses épaules, sur ses pieds Aus étaient

Ce

des roses jaunes épanouies. A la dernière des dixhuit apparitions, elle s’est nommée L'Immaculée Conception. Nous tombons à genoux; nos yeux pleins de larmes voient à peine la statue de la Bonne Vierge. Nous voulons prier mais nos lèvres restent muettes en présence de ce tableau d’une si incomparable grandeur. L'éclat de lumières qui environnait la Dame le 11 février 1858 semble resplendir encore, et, tout éblouis de cette clarté du ciel, nous faisons une prière incompréhensible aux hommes, mais que Marie, notre bonne Mère, a bien comprise: nos parents, nos paroissiens, nos. amis, ceux qui nous ont demandé des prières: tous sont dans une commune intention auprès de nous. Nous avons au cœur l’Acadie tout entière et la Vierge, qui connaît bien ses enfants acadiens, entend leurs demandes et leurs soupirs... Les centaines de cierges qui brûlent aux pieds de la Madone, à cette heure, où l'obscurité commence à se faire, illuminent toute la grotte. C’est un reflet des clartés du ciel.

Juste à ce moment, une jeune anglaise, artiste aux grands opéras, convertie depuis deux mois au catholicisme, vint, accompagnée de sa protectrice, une dame catholique, dame d’honneur à la cour de. la reine Alexandra d'Angleterre, chanter une hymne à la Vierge. Debout, les mains jointes, immobile comme une statue de marbre, elle chante sa prière; le murmure du Gave l’accompagne”et l'écho

des blanches cimes pyrénéennes la transporte jusqu'aux cieux.

La grotte a entendu des chants plus majestueux. Ici, des invocations pieuses adressées à Marie, ont été répétées en chœur, par des milliers de voix, mais, pour moi, elles rie sauraient avoir une impression plus touchante que ce chant de la candeur et de l'innocence. — J'ai chanté, dit-elle, tant de fois pour les hommes, pourquoi ne chanterai-je pas pour l’Immaculée qui a ouvert mes yeux à la foi? Pour combler ses vœux et manifester notre joie, le petit groupe de pieuses femmes qui prie encore, après la prière du soir en commun, se lève avec nous pour chanter le Magnificat de la reconnaissance.

Suivant les ordonnances de la Dame, nous buvons à la source miraculeuse; nous baisons la terre en disant: Pénitence, Pénitence! Enfin nous collons nos lèvres et nos frorts sur le vrai rocher sanctifié par la présence de Marie Immaculée.

Bien des gens, en me lisant, vous surtout, chers amis de l’Acadie, dont la dévotion est vive envers Marie, vous devez envier notre bonheur.

Le 18 mars, 1909.

Hier nous avons célébré dans la crypte de l’église, creusée dans ke rocher; aujourd’hui le mime bonheur nous est réservé au maître-autel de la Basilique. Que dire des beautés de la Basilique! Outre les autels et les statues de marbre, les bronzes magni-

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fiques et les cristaux étincelants: des richesses extraordinaires sont là, dans des milliers d’ex-voto apportés par la reconnaissance de tous les pays et de toutes les nations. Des bannières de prix sont suspendues à la voûte, des oriflammes, des drapeaux sont accrochés à tous les piliers; des cœurs en vermeil forment, en ceinture, autour de l’abside, l'inscription : « Je suis l'Immaculée-Conception »; les murs disparaissent complètement sous les cadres précieux qui renferment de riches présents: tous redisent la puissanc: de Marie en ce lieu choisi de Lourdes.

Rien n’est plus beau que le panorama qui s'étend devant nous, du haut des rampes en hérnicicle autour de l’église du Rosaire. On y voit: l’esplanade des processions, la statue de Notre-Dame de Lourdes couronnée par Pie IX, le calvaire breton, le Gave et le vieux château fortifié.

Nous sommes ici dans un temps où les pèlerinages sont suspendus et toutes les démon:itrations publiques arrêtées à cause de la saison froide. Il ne nous a pas été donné de jouir du spectacle des grandes foules mais nous avons prié dans l'intimité, et favorisé notre piété envers notre bonne Mère.

Les apparitions ne datent que de cinquante ans, puisque le 11 décembre dernier, on a fêté le Jubilé d'or de Lourdes. Il est facile de trouver encore des contemporains] de Bernadette. Hier après-midi, en compagnie de Mademoiselle Zoé..., notre artiste de

VERS LA TERRE-SAINTE 49 la grotte, et de nos amies américaines, nous avons rendu visite à la vénérable Mère Aurélie, religieuse de la Charité de Nevers. C'est la vieille marraine de Bernadette. Elle nous parle avec effusion d'amour de sa chère petite filleule, l'appelant déjà, sa sainte enfant car, la bonne Mère, prévoit pour elle les honneurs de la béatification. De fait Sœur Aurélie, vient de sortir d’une séance de quatre heures pendant laquelle elle fut questionnée par le tribunal ecclésiastique institué par Mgr Gauthy, évêque de Nevers, pour l'introduction de la cause de la servante de . Dieu à Rome. Nous savons que Bernadette, après avoir accompli sa mission à Lourdes, se fit religieuse à Nevers sous le nom de Sœur Bernard. Elle rendit sa belle âme à Dieu le 16 avril 1879.

Nous avons vu la maison paternelle encore habitée par un de ses frères: une chambrette possède encore le lit de la pieuse enfant: on y voit plusieurs objets à son usage, même son voile de première communion.

L'évangile de la transfiguration nous fait dire qu'il faisait bon de rester sur le Thabor! Nous pouvons répéter les mêmes paroles et dire, sur cette montagne de Marie: «Il fait bon de rester ici» Il nous faut s’en aller à regret, et d'aussi loin que nous apercevons la Vierge de Lourdes nous lui répé tons notre prière, notre chant d'adieu.

ÉTEND QU M TR PR ETS Un TE NN seRe s 50 VERS LA TERRE-SAINTE

Le 19 mars, 1909.

Nous retournons à Marseille prendre quelques jours de repos avant de nous embarquer pour la Palestine.

Le temps s'est mis au froid ce matin, et d’ailleurs les neiges des Pyrénées tiennent toujours le thermomètre à basse température.

Les wagons ne sont pas chauffés en France et porr remplacer la vapeur et l'air chaud, on se sert de bouillottes. — Quoi! Des bouillottes? Oui, l'ami!.. Des traversins de plomb remplis d'eau bouillante qui servent à réchauffer les pieds. Lesdites bouillottes sont renouvelées à intervalles dans les montagnes et disparaissent dans les vallées. C'est drolatique! Ce ne fut pas drôle longtemps: car ayant à voyager par des trains d’accommodation, il nous a fallu dix-huit heures de chemin de fer pour le trajet. Il était minuit lorsque nous sommes rentrés à l'hôtel dé Genève; un peu fatigués mais bien contents de notre voyage, au Midi de la France.

Le 21 mars, 1909.

Marseille vient de perdre son Cardinal. Il est transféré au siège de Bordeaux. Son Éminence donne une réception d'adieu à son clergé et nous sommes admis à l'honneur de présenter nos hommages au Cardinal Andrieu.

À l’arrivée du «Germania», parti de New- York le 6 de ce mois, nous avons le plaisir de saluer

VERS LA TERRE-SAINTE 51 Sa Grandeur Mgr Z. Racicot, auxiliaire de Montréal, monsieur l'abbé Victor Geoffrion, madame Mercile, de Montréal, ainsi que madame et mademoiselle Gillis, de Baltimore.

M. l'échevin Gauthier et M. Médard Paquette sont fidèles au rendez-vous. Ils ont pour compagnons M. l'abbé Durocher, de Joliette, et M. l'abbé Ludger Desjardins, de Montréal, mon ami d'enfance, mon co-paroissien, mon confrère de collège et de séminaire; et le dernier, mais non le moindre, M. le maire Bernard de la Longue-Pointe, dont le poids respectable de 260 1bs bien comptées donnera une idée de la vigueur de notre race canadienne à nos amis de France,

Nous voilà en compagnie de nombreux compatriotes qui, comme nous, se dirigent vers la Terre- Sainte. Le voyage n'en sera que plus agréable,

Le yacht l'«Étoiles sera rempli de passagers. Nous serons deux cents pèlerins; tous heureux d’entreprendre ce long pèlerinage de quarante jours. Nous allons à Jérusalem... à Bethléem... à Nazareth! Nous allons au pays de Notre-Seigneur!!

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