LE JOUR DE PAQUES
Le 11 avril, 1909.
Depuis dix jours nous étions à Jérusalem oc- Cupés aux douloureuses méditations de la passion de Notre Seigneur. Pouvait-il en être autrement dans cette ville des pleurs, pendant cette semaine
des sanglants souvenirs, et cela auprès du tombeau fermé du Sauveur ?
Le jour de la joie devait arriver. Les joyeux Alleluias commencés hier devaient apporter aujourd'hui une surabondance de consolation et de bonheur.
Comme les pieuses Marie,de grand matin, nous sommes allés au tombeau, nous l'avons trouvé vide. Dans la chapelle de l'Ange, la pierre rer versée nous a dit l’heureux événement : « Non est hic; surrexit enim sicut dexit.» (Math., XXVIII. 6.) Il n'est plus ci, il est ressuscité comme il l'avait dit. Il:est sorti glorieux de ce tombeau d'où s'échappent les rayons éblouissants de lumière divine qui illumine le monde. L'humanité qui y a trouvé sa propre résurrection viendra de partout baiser la pierre froide d'où sortit l'espérance qui réjouit tous les cœurs. 4
Qui douterait de cette vérité Hosts! ?
Incrédules, venez voir de vos yeux et, après avoir passé le jour de Pâques à Jérusalem, après avoir entendu les foules de tous les pays chanter le Ressuscité, vous ne douterez jamais plus de l'authenticité du miracle qui survit aux âges et qui sera toujours e triomphe de la foi catholique.
La basilique du Saint-Sépulcre ne m'a jamais apparu si belle: ses milliers de lampes suspendues aux voûtes, aux arceaux et aux galleries répandent une lumière nouvelle. Des centaines et des cen-
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taines de cierges font resplendir les marbres du saint Édicule et jettent une tlarté éblouisante sur 13, scène la plus merveilleuse que l'on puisse voir.
À l'autel d'argent, les pontifes, sous les beaux habits de brocart, célèbrent la messe de la résurrection; les moines et les enfants de la maîtrise du séminaire latin chantent les alleluias de la plus vive allégresse; les cloches latines—revenues de Rome— chantent aussi leurs bruyants alleluias dans toute la ville sainte. Oh! Puissent les échos, en traversant les océans lointains, Pour aller les chanter à la chrétienté, ne pas oublier nos Parents et amis; qu'ils laissent en passant une note joyeuse à chacun d'eux : Alleluia ! Alleluia !
On trouve ici une belle coutume française qui nous fait revivre notre chez-nous. Comme à Noël
Æour l'Happy Christmas : comme au Jour de l'An pour
‘la Bonne et heureuse année, on se salue à Pâques au cri joyeux de l'alleluia; on se sert la main en multi- Pliant les alleluias pour le bonheur de ses amis. C'est gracieux!
On conserve les bonnes traditions à Notre-Dame de France. Piques nous apporta, au déjeûner, des beaux œufs frais, aux Couleurs orientales et fran - Saises. Ce n'était qu’un entremets parmi toutes les bonnes choses qu'on voulut nous servir en ce beau jour. Ilfallait se décarêmer !... Nous avons parfaitement réussi!
L'Évangile lu sur place intéresse énormement ; le récit des apparitions du Sauveur, au jour même de Pâques, tient l'esprit en éveil et 13 foi qui nous transporte au premier siècle nous laisse‘ apercevoir le Christ au milieu de cette auréole de gloire qui l’environnait à sa sortie du tombeau.
La sainte Bible nous donne les preuves de résurrection sans nous révêler certains détails que nous serions heureux de connaître; l'Evangile ne dit pas tout. En s'appuyant sur des dogmes de la foi et d'après les sentiments des docteurs de l'Église, les interprètes ont imaginé différentes hypothèses qui ne manquent pas de probabilités. Bien que Marie- Madeleine, la pécheresse de Magdala, fût la première à voir Jésus, il n’est pas hors de possibilité que Notre Seigneur ait apparu d’abord à la sainte Vierge. Le fils aimant ne pouvait différer de verser dans le cœur affligé de sa mère une consolation qu’elle méritait avant toute autre. Cette apparition a pu, à dessein, être laissée de côté par les évangélistes, comme ils ont voulu mentionner, d'autre part, les autres où Jésus-Christ veut se manifester ouvertement et faire connaître aux hommes qu'il est vraiment ressuscité.
Vers l’aurore, lorsque les ténèbres n'étaient pas encore tout-à-fait dissipées, Madeleineavec ses compagnes Marie et Salomé vinrent au tombeau avec des aromates. Comme elles s'aperçurent que la
mem et A VERS LA TERRE-SAINTE 181
Pierre avait été déplacée, elles s'arrétèrent toutes saisies. La pécheresse Convertie, que l'amour rendait plus hardie, pénètre seule dans le sépulcre. Toute troublée, elle retourne vers ses compagnes et les engage à retourner chez elles jusqu'à ce qu'ellemême ait su des apôtres où on aurait transporté le corps de Jésus. Pendant que les deux femmes re- Sagnèrent leur demeure, elle courut auprès de Pierre et de Jean qui vinrent à leur tour constater la disparition du Maître. Madeleine qui les avait suivis aperçut les anges, et s'étant écartée un peu, elle vit la première (Marc, XVI, 9.) Jésus sous la forme d'un jardinier, il ne tarda pas à se faire connaître et il engagea l'heureuse femme à annoncer sa résurrection aux disciples.
Dans la Basilique, le lieu de cette apparition porte le nom de Noii me tangere. Les latins y ont un autel en l'honneur de sainte Marie-Madeleine. C'est l'autel privilégiée du jour. Depuis minuit on y offre le saint Sacrifice. Des prêtres, pour jouir de ce privilège, sont restés à jeun très tard, n'ayant pu célébrer qu'après midi.
Jeanne, dont parle saint Luc, était la femme de Chusa, l'intendant de la maison d'Hérode. Elle avait suivi le Sauveur pendant sa vie mortelle ; elle fut présente à sa mort sur le calvaire. Etant allée avec ses compagnes au sépulcre, elles entendirent les anges leur annoncer la résurrection, et vinrent en informer les disciples. (Luc, XXIV, 1-9.)
Marie, mère de Jacques, et Salomé qui étaient rentrées chez elles, avaient attendu vainement Madeleine. Elles retournèrent donc seules au tombheau. Elles ne virent que l’Ange qui les envoya vers les apôtres, mais, lorsque les saintes femmes retournaient, Jésus se présenta à elles en chemin. Il les salua et pendant qu'elles l’adoraient, il leur permit de baiser ses pieds. (Math., 28-9.)
Un épisode émouvant de la fête de Pâques est la rencontre faite par Cléophas et Luc sur la route d'Emmaüs. Tout Jérusalem et ses environs étaient dans l'émoi, on ne parlait que du Christ vainqueur de la mort. Les femmes l'avaient vu vivant et les hommes attendaint le moment de le voir aussi... Déjà le soir était arrivé et chacun songeait à rentrer chez soi; les deux disciples cheminaient ensemble, lorsque tout à coup un voyageur les rejoint. On reconnaît qu'il est étranger, car il paraît ne rien connaître des faits étonnants qui font le sujet de la conversation de tous. Comme ils arrivaient tous trois à Emmaüs, une petite bourgarde à une heure de Jérusalem, les deux disciples allaient entrer dans la villa de Jeanne, lorsque l'étranger se disposait à aller plus loin. Captivés par sa parole si douce et attirés par sa grande bonté, ils ne voulurent pas le voir s'éloigner: « Demeurez avec nous parce qu'il est déjà tard et que le jour est sur son déclin.» (Luc, XXIV, 29.)
L'inconnu émerveillait ses amis Par sa conversation ; il parlait du Nabr comme s'il l'eut connu Parfaitement. … Lorsque les serviteurs de Jeanne eurent préparé le repas du soir, tous se mirent à table;ils virent cet homme se lever : sa figure devint alors radieuse, ses traits prirent ceux de Jé- | Se et, de sa main, bénissant le pain, et l'ayant rompu, il le leur donna ‘ C'était son Corps et son Sang. (S. Augustin.) Ils le reconnurent à la fraction du pain et, au moment où ils se prosternaient en adoration, le Divin Jésus disparut à leurs regards...……, Et ils se disaient l’un à l'autre : «N'est-il
Notre-Seigneur apparut au milieu d'eux, ayant pénétré dans cette salle dont les portes étaient fermées Par crainte des Juifs.
Les saintes femmes avaient dit aux apôtres de se rendre en Galilée, car le Ressuscité devait les de- Vancer en ce lieu. (Math. XXVIII, 10.) Une note du chanoine Weber, dans son petit livre, Les quatre
Evangiles en un seul, semble expliquer parfaitement ce passage : «La ville de Jérusalem, trop enserrée dans ses remparts, ne pouvait contenir la multitude des pelerins quise rendaient chaque année aux principales solennités du temple. C'est pourquoi l’on avait assigné, dans les environs de la ville sainte, une contrée à chaque province ; cette contrée portait le nom de la Province. Les Galiléens campaient au nord du mont des Oliviers et ce lieu s'appelait la Galilée. C'est là sans doute que se rendirent les apôtres, sur l'invitation du Sauveur. Une vaste construction destinée aux réunions des Galiléens leur offrait un abri sûr.»
Pour ceux qui connaissent la topographie de la Palestine, i, est certain que la grande distance rend le voyage impossible en un jour et que ce n'est pas dans la Galilée proprement ditr que les apôtres virent Jésus pour la première fois anrès sa résurrection. Entre Pâques et l'Ascension, Jésus se montra aux onze dans la véritable Galilée, dans leur propre patrie. Ce fut à l'occasion de la pêche miraculeuse sur les bords du lac de Tibériade.
Le jour de Pâques eut un beau déclin pour les apôtres : Le Seigneur, qui, le dernier soir avant sa mort, les fit prêtres de l'Eucharistie, veut, le premier soir après sa résurrection, les faire prêtres de la Pénitence. Il souffle sur eux et leur dit : Recevez-le Saint Esprit. Ceux à qui vous remettrez les péchés
ils leurs seront remis : et ceux à qui vous les retiendrez, ils seront retenus. (S. Jean, XX, 23.) Cesoutfle leur Ccommuniqua le don spécial du Saint Esprit, mais ils n'en reçurent la pléni‘ude qu'au jour de la Pentecôte, lorsque le Fils, monté auprès de son Père, leur envoya le Divin Paraclet.
Le jour de Pâques se termina aussi très heureusemen tpour nous. À Notre-Dame de France, on nous avait réservé une agréable surprise : Après le dîner de huit heures du soir, les grâces étaient à peine terminées que nous tombâmes danc une profondeobscurité....Les ténèbres furent de courte durée... Au fond du réfectoire une grande croix lumineuse se détache : 150 lampes électriques à incadescence réunies en un seul foyer font au signe de la rédemption une apothéose merveilleuse !!
Les applaudissements se Continuaient, quand la voix douce et Pure d’une pieuse vierge—les femmes sont à l'honneur aujourd'hui—entonne l'hymne à la croix..…..et tous les Pèleri:s, avec un entrain joyeux, chantent le Christ triomphant:
O Crux ave, spes unica, Mundi salus et gloria.
Salut, O Croix ! Notre unique espérance. Vous êtes le salut et la gloire du monde.