‹ Vers la Terre-Sainte [microforme]Chapitre 43 sur 105 · RE TRE · texte numérisé non relu

RE TRE

€n traversant la Samarie, doivent devancer les autres Pèlerins d’un jour. Le voyage se fait en voiture jusqu’à Naplouse, et de là, il faudra monter à dos de Cheval pour deux longues journées. Comme j'aime les aventures, la vie aux Champs et le plaisir sous la tente, j'ai voulu être un des vingt-six samaritains.

Les Pères René Augustin et Mamert sont les chefs de l'expédition. Ils ont vu aux préparatifs du départ: les drogmans, les moukres et les cuisiniers

Au départ des Samaritains, la communauté, les pèlerins, tous étaient descendus dans la cour pour nous souhaiter un heureux voyage. On nous prend Pour des héros avant d’avoir fait nos premières ‘armes. Les bonnes amies nous disent : vous êtes bien courageux! Le Voyage est pénible. Vous allez souffrir des moustiques ({?), les voleurs sont nombreux sur la route, les bédouins abondent dans les 8orges des montagnes, les précipices sont affreux... Nous craignons de ne plus jamais vous revoir.

Prends bien garde à toi, me dit mon cher Mon- ‘seigneur Hébert, tu sais que tu es brouillon, malgré

Sa, je tiens à te ramener en vie au Nouveau-Bruns-

“wick.

A part les moustiques, il y avait bien de quoi à s’effrayer, n'est-ce pas? Un des héros du groupe

allait battre en retraite, lorsqu'un chef vint le remettre à point : Holà! dit le Père Mamert, où est donc votre confiance envers vos guides éclairés et. généreux? Nous avons votre vie entre nos mains et nous serons à Nazareth avant vos amis désolés ! ! Et moi, dit le Père René Augustin, j'apporte les : intes huiles, et je réponds de votre salut!

À dix heures, nos vieux carrosses prennent la grande route publique, qui serait très bonne, si tout le morde y passait; malheureurement, avec leur horreur du progrès, les Arabes pré:èrent les routes. directes, à travers les champs et les monts. Ils laissent les chemins pierreux aux Européens: ils se feront vigoureusement secouer!

Au sommet du mont Scopus, nous nousarrêtons pour faire nos adieux à Jérusalem. Bientôt, nous ne verrons plus les murs crénelés de la ville sainte, le mont du Cénacle ‘amp des Oliviers. A genoux sur le sol brûlau, nous faisons notre plus fervente prière ; sur nos lèvres expirent nos derniers chants d'amour :

Adieu donc, Saint-Sépulcre, adieu, trône de gloire, Qui du Christ pour toujours proclame la victoire, Seule tombe où la vie a jailli de la mort!

N’as-tu pas palpité sous nos larmes brûlantes Comme sous les baisers de nos lèvres tremblantes? De grâce, à nos adieux, tressaille encore plus fort!

P. MonTAGNoux.

Nous sommes quatre de compagnie : M. le Vi.

conte Moulinet d'Hardemard de Selles-sur-Cher, M. de La Vigne, de Tours, M. Marion, de Toulouse, et moi. Nous passons le temps bien agréablement. Le Paysage, bien que Sauvage, nous offre du nouveau à Chaque instant : 1à, nous Voyons des bourgades qui se nichent sur les rochers, des huttes carrées qui logent la misère ; ici, il y a des laboureurs qui fouillent le sol avec une racine tirée par des bœufs, des femmes qui portent des fagots monstres, des enfants installés à califourchon sur le cou de leurs petites mères. Comme nous descendons un ravin, une litière nous croise. Un pacha était étendu mollement sur des coussins sans couleurs, dans une espèce de boîte recouverte. Deux barres transversales soutenaient la caisse, Un mulet par devant, un mulet par derrière la ‘portaient. Quelques serviteurs costumés et des esclaves nu-pieds formaient le cortège. C'est le faste des anciens Romains, qui vit encore dans la Palestine si Pauvre.

Nous avons vu Rama, Gabaon, et nous voilà à El-Biré, où, d’après la tradition, Marie et Joseph s’aperçurent de la disparition de l'Enfant Jésus en retournant à Nazareth. La sainte dait à Jérusalam aux fêtes Marie et Joseph avaient célébré religieusement les sept jours des azymes et ils retournaient en Galilée

en compagnie de plusieurs familles de leur contrée, lorsque, ils remarquèrent que leur Enfant n'était pas parmi le groupe. Leur anxiété était grande, ils durent reprendre le chemin de Jérusalem et passer la nuit dans de douloureuses angoisses. Ils retrouvèrent le Saint Enfant dans le temple assis au, milieu des docteurs. Tous ceux qui l’entendaient étaient stupéfaits de la sagesse de cet enfant de douze ans. (S. Luc, II, 42-45.)

Nous’ne passons pas à Béthel sans éprouver quelques craintes, du moins pour ceux qui sont dé: plumés. !- ne suis pas seul heureusement, et si les enfants de la localité sont aussi polissons qu’autrefois, je partagerai les insultes avec certains de mes amis. «Lorsqu'il marchait dans lechemin, des petits enfants sortis de Brthel se raillaient de lui en disant: Monte, tête chauve, ruionte, tête chauve.» (IV Rois, LE, 23))

N'est-il pas vrai qu'Elisée maudit alors les petits et les fit dévorer par desours ? Ce fut un bon exemple, car les enfants d'aujourd'hui sont plus sages.

Cette ville s'appelait Luza. «Pendant qu'il dormait en ce liëu, la tête appuyée sur une pierre, Jacob y eut un songe. Il vit une échelle posée sur la terre et dont lesommet touchait au ciel, les anges dé Dieu aussi quila montaient et qui la descendaient. Le Seigneur lui donna la terre où il dormait et bénit

Sa postérité. Jacob prit la pierre qu'il avait sous sa tête, l'érigea en monument et il appela la ville du nom de Béthel. » (Gen. XXVIIL.)

Après avoir traversé les montagnes de la Judée,

i ân, en Samarie. La végé.

tation commence à être plus belle et il nous fait plaisir de trouver de frais ombrages pour notre dé. jeuner champêtre. Sous les figuiers et les amandiers les moukres nous ont servi des écuelles bien garnies : des viandes froides, du vin généreux et des oranges : tel est notre frugal repas. On cause, on fume le narguilé, avec tout le luxe des orientaux, on admire l'habileté des femmes qui viennent remplir leurs urnes à la fontaine, elles portent sûrement sur leurs têtes leurs pesantes cruches de grès sans que jamais le faux pas leur fasse perdre l'équilibre. C’est le jour du grand iavage car tout Y Sont venues battre leur linge.

En voiture, les Samaritains ! Il faut arriver de bonne heure à Naplouse, afin de voir la ville avant diner. On filait bon train lorsque l'arrière garde de la caravane annonce la perte d'un de nos hommes. Nous n'étions plus que vingt-cinq. Etait-ce erreur de compte ou: réalité ? Ce n'était que trop vrai, sous prétexte de se dégourdir les jambes, le Baron Conrad Van der Bruggen avait profité d’une courte halte pour faire du chemin. On dételle les meilleurs chevaux et les deux meilleurs éclaireurs fouillent la

nt fes mea ere SN ep + route deux milles en avant et deux milles en arrière dela colonne. Personne n’a répondu à leurs appels, personne dans les gouffres au bord des montagnes? notre baron est introuvable. Serait-il tombé aux mains des voleurs ou des apaches qui sont si nombreux ici ? Il est impossible d’enavoir des nouvelles, nous sommes en plein désert; il faut donc pousser plus loin .. ec l'hypothèse que, si notre homme est encore vivant, il a pu retourner à Jérusalem, où il a pris des, sentiers plus courts à travers les montagnes et ainsi nous devancer à Naplouse. Dans les deux Cas, il y a grande imprudence de la part de notre ami.

En arrivant au puits de Jacobs nous vimes un bédouin venir à fond de train au-devant de nous. Il apportait un message de l’absent, qui, de son côté, s’inquiètait de notre long retard. L'ami, en piquant au plus court et en nous laissant parcourir les méandres sans fin des incomparables montagnes de la Samarie, avait voulu faire une expérience qui aurait pu lui coûter cher. Tout est bien qui finit bien.

Avant d'entrer dans la ville, nous nous arrêtames au puits creusé par Jacob, lorsqu'il revenait de la Mésapotamie avec sa famille et ses nombreux troupeaux. Nous y trouvons Jésus prêchant à la Samaritaine. Je vous dirai un mot d'évangile : « Jésus vint dans une ville de Samarie nommée Sichem, près de l'héritage que Jacob donna à son fils Joseph.

Or, ily avait là le puits de Jacob. Et Jésus, fatigué du chemin, s’assis sur le bord du puits. Une femme de Samarie vint Pour puiser de l'eau. Jésus lui dit :

«Donnez-moi à boire. Cette femme lui répondit.

le don de Dieu, et qui est celui qui vous dit : Donnez-moi à boire, peut-être lui en eussiez-vous demandé vous-même, et il VOuS aurait donné une eau vive.—Vous n'avez rien pour en puiser et le puits est profond. D'où Pouvez-vous avoir de l’eau vive ΗQuiconque boit de cette eau n'aura jamais soif.» (S. Jean, IV.)

Rien n’est plus beau que les détails de cette scène touchante où le Dieu de toute sainteté converse avec une coupable. Qu'elle fut heureuse, cette femme de Samarie d'entendre sortir de la bouche même de Jésus les paroles si douces qui lui firent Comprendre le don de Dieu et lui donnèrent la grâce du salut

Au XIlième siècle les croisés bâtirent une église au-dessus de ce puits. Des fouilles récentes ayant été faites, on en a sorti de jolies parties de colonnes et de chapiteaux. Ce sont maintenant les moines

constater la vérité d'un détail biblique. Le puits est très profond, il semble avoir 150 à 160 pieds de profondeur sur 8 à 10 pieds de diamètre du haut jusqu'au bas. Un prêtre grec m'a donné de l’eau à boire; elle est limpide, fraîche et très bonne. Oh ! si c'était cette eau vive dont parlait Notre-Seigneur, je n'aurais plus jamais soif !

Non loin du puits de Jacob se trouve le tombeau de Joseph. Jacob, mourant en Egypte, voulut léguer à son fils, en sus de son héritage, le champ de Sichem. Joseph, sur son lit de mort, prophétisant la conquête du pays de Chanaan, fit jurer à ses frères de le déposer dans sa terre de Sichem. (Gen., 50, 24.) Les musulmans ont ce tombeau en grande vénération ; c’est un monument carré coiffé d'une coupole blanchie à la chaux. Ilest videet ne dit rien de l’ancienne grandeur de Joseph, le puissant de l'Egypte.

Sichem, devenue une colonie romaine, sous Flavius, changea son nom en celui de Naplouse. Elle est peuplée de musulmans fanatiques. Il n'y a que quelques catholiques desservis par un prêtre du patriarcat de Jérusalem. C'est chez lui que d'habitude les pèlerins catholiques vont loger. Outre l'accueil charitable de ce vénérable missionnaire, nous trouvâmes, à son presbytère, une table abondamment garnie, nous étions au pays de Chanaan où coulent des rivières de lait et de miel (Nombres, XIII, 28.);

l'appétit ; nous fîmes honneur au menu.

Les guides nous Conduisirent à Ja synagogue,

et nous......Le rabbin allait serrer son étui vermoulu, quand soudain un bruit de pièces d'argent vint changer son intention et éveiller dans son âme juive la plus douce des espérances. Pendant que ses doigts crochus glissaient fièvreusement dans sa longue barbe blanche, un flot d’étincelles jaillirent de ses petits yeux et sa figure resta illuminée d’un reflet

de bonheur. Des écus....! De l'argent ! Dieu d’A- Braham, Dieu d'Isaac et de Jacob, soyez béni !

Après avoir reçu notre offrande, qu'il aurait voulu voir encore plus rondelette, il se décida à sortir des plis de son manteau le fameux parchemin, qu'il nous dit avoir 3700 ans d'existence. C'est l'opinion arrêtée de l'interprète, qui nous parle de Moise, comme s'il l'eut connu intimement. A la clarté des lambeaux qui éclairaient cette scène, il nous semblait voir l'ombre des prophètes s'avancer jusqu'à nous. Ce fut une étrange vision des personnages illustres de l'Ancien Testament.

Le retour à la mission ne fut pas des plus agréables. Les Naplousiens, à la faveur des ténèbres, eurent l'avantage de nous insulter. Des sifflements aigus nous ont suivis et la petite canaille nous aurait fait un mauvais parti, si la police turque ne se fut chargée de nous faire respecter.

Vive le croissant! Vengeance au nom Chrétien!

Le 13 avril, 1909.

Nous avons une terrible journée devant nous.

Nous la commençons par la sainte messe et la communion générale des samaritains. A six heures, nous sommes prêts à nous mettre en route pour Djennine, distance d'environ soixante milles, que nous devons faire à dos de cheval.

J'ai un joli coursier: tête svelte, poil rouge, port gracieux, vif au moindre coup d'éperon. La sellette

os

est décorée de gris POMpons aux couleurs les plus variées, la bride à aussi 50 tes rouges. Que dire perché sur sa monture!

‘sement égaler le en élégance. Tant

régulière, seulement des sentiers très étroits à travers des montagnes arides, des rochers qui S'éboulent, des lits de torrents de-

venus secs. C'est dans ces Passages tortueux, barrés a Chaque instant par des pierres aux Cassures violentes que grimpent nos chevaux. Ils sont habitués , ils choisissent touontée à pic ou d'une

trois pour tenir l'ani bon port. Malgré les Arabes qui nous sui 11 me semble que ça nous à Sébastiyeh ?

cinq longues heures encore la ville. .

externes s'en viennent! Oh! les méchantes selles; elles n’ont de beau que leurs pompons rouges! Mon ami Alfred Gauthier, le seul samaritain du groupe montréalais, est atteint du même mal que moi. Il est aussi de mon opinion: nous aurions dû nous préparer au voyage par quelques exercices au manège. Courage, nous dit-on; il n'y a que les premières difficultés à vaincre; après-midi vous serez plus à l'aise. Mesdemoiselles Guéroult et Byrne font partie de la caravane, elles chevauchent par monts et par plaines avec une rare habileté. Elles semblent heureuses et contentes sur leurs fringants coursiers.

Après avoir traversé un champ d'oliviers, nous vîmes un triste hameau sur le penchant d’une colline: un massif de huttes en boue, un minaret et une coupole au milieu d’une forêt de colonnes à demi enfoncées dans le sol. Ce sont les ruines de l’ancienne Sébaste d’Hérode, la Samarie de l’ancien testament, la capitale du royaume d'Israël. Elle a vu Jézabel, Achab, Ochosias, les prophètes Élie et Élisée. Plusieurs fois cette ville importante fut détruite; plusieurs fois elle fut rebâtie. Les ruines actuelles sont les restes des somptueux édifices d'Hérode. La prophétie de Michée s’est réalisée à la lettre: «Je ferai de Samarie un monceau de ruines et des champs pour planter la vigne.» (Mich., I, 1-7.)

Les croisés ont élevé une belle église, la plus belle de celles qu'ils bâtirent en Palestine après le Saint-

RE memimnne + à rés a

Sépulcre, sur le tombeau de saint Jean-Baptiste, pour lequel les musulmans ont une grande vénération. L'église en ruines fut réparée et elle sert de mosquée. Le tombeau est vide de son trésor.

Les disciples du saint Précurseur ayant réussi à se mettre en Possession du corps de leur maître, voulurent le soustraire aux insultes de ses ennemis, en l’emportant jusqu'à Sébaste, l'ancienne Samarie, qui n'était plus sous la juridiction d’Hérode Antipas. Dieu ne tarda Pas à faire connaître la gloire de saint Jean-Baptiste. Après le tombeau du Sauveur, aucun, Sans contredit, ne fut plus glorieux et n’attira davantage les foules confiantes et empressées; sur le tombeau du fils de Zacharie, il se faisait une multitude de miracles.

Mais le paganisme aux abois voulut se venger jusque sur la dépouille des morts de l'isolement et de l’ignominie où se trouvaient leurs dieux, ses autels décrépits et ses oracles silencieux. Adrien empêche les chrétiens d’accourir de toutes parts au Saint- Sépulcre et Julien l’Apostat suit son exemple à l'égard du tombeau de Saint Jean-Baptiste. Par ses ordres on découvrit les ossements sacrés, on les profana et on s’attacha à les disperser. (Le Précurseur, par l'abbé Barret.)

À quelques milles de Sébastyéh, à la fontaine de Sileh, les moukres avaient préparé le grand repas. Les fruits qu'on nous avait donnés en cours de route

n'avaient fait que nous creuser l'estomac; nous étions prêts à dévorer un agneau. Les femmes de Sileh et leurs enfants, attirés par l'odeur alléchante de la cuisine, étaient à nous regarder; les yeux des petits miroitaient d'envie; ils avaient faim. Plusieurs pèlerins sacrifièrent leur part et firent une distribution substantielle. La joie dilatait les cœurs, et sur les jolies grosses joues des petiots s’épanouissaient des sourires heureux. Les bonnes vivres dilataient aussi les petits ventres! Les modèles nature des séraphins de Murillo n'avaient certainement pas de plus jolies bedaines! C'était amusant!

Un groupe d'hommes, dont une moitié conduit

l'autre moitié, s’avancent vers nous: ce sont des

aveugles qui demandent du pain et de l'argent. Lorsque Notre-Seigneur passait par ces chemins que nous suivons, ce gens criaient après lui: Fils de David, ayez pitié de nous, et le Christ s'arrêtait pour leur donner la vue. En ces temps-là, leur foi les sauvait.

La maladie des yeux est chose très commune en Palestine. On ne s'étonne pas, quand on sait que les Arabes, légèrement vêtus, couchent sur le sol, sans aucune précaution contre les changements si brusques de la température dans les climats chauds. Les refroidissements subits, pendant les nuits humides, amènent l’inflammation purulente qui s’aggrave de plus en plus, par le manque de soins et la

VERS LA TERRE-SAINTE 203 Æ ne

négligence à entretenir la propreté. Les mouches nombreuses qui fant bord

des yeux pitoyables.

À nos chevaux! Le clairon vient d'annoncer le départ. — Ne laissez Pas dormir vos bêtes sur la route, nous dit-on, car il faut faire six bonnes heures de marche avant le Campement. — En avant! La

je me lamente... La vie du VOYageur est dure et je trouve que le plaisir coûte Cher... Mes jambes! Mes pauvres jambes!!!

Les petites villes, qui se ressemblent, se succèdent à distance. Sanour, qui pend au rocher de là-bas, paraît menaçante; c’est l’ hulie, la patrie

iens. (Livre de Judith.) Un peu plus

c'est le village de Dothain, où Joseph fut vendu

par ses frères: «Joseph alla vers ses frères et il les trouva dans la plaine de Dothain. Lorsqu'ils l’eurent

aperçu de loin, avant qu'il se fût approché d'eux, ils résolurent de le tuer. Allons, tuons-le et jetons. le dans cette vieille citerne: nous dirons qu’une bête sauvage l'a dévoré; et après cela on verra à quoi ses songes lui auront servi... et voyant des marchands madianites qui passaient, ils le vendirent vingt pièces d'argent aux Ismaélites qui le menèrent en Égypte. » (Gen., XXXVII, 17-28.)

Un brin de civilisation nous console dans cette nature sauvage. Djennine nous offre du moderne: un hôtel dernier goût, au centre d’un bocage fleuri. Des cactus de huit à dix pieds de hauteur forment de jolies haïes, je dirai plutôt des remparts à la petite ville car leurs grandes mains hérissées de dards semblent menacer les passants. Au tronc des arbres grimpent des lianes dont les sarments entrelacés retombent en guirlandes gracieuses ; un petit ruisseau, qui chatouille en passant les jolies pierres qui l’admirent, nous fait entendre son gai gazouillis. Cette oasis, vraiment, a tout le charme voulu pour un agréable campemen:. Lorsque la tente blanche sera élevée et que les couleurs françaises flotteront au mât d'appui, il sera difficile de rêver un plus joli local pour se reposer.

La tente n'est pas pour les malades, dit le Père René-Augustin. Il faut transporter les blessés... à l'hôtel de Dijennine. Les ambulanciers volontaires sont à l’œuvre et le docteur Régneault suit avec sa

nn VERS LA TERRE-SAINTE

re US S .

trousse et sa pharmacie qui possède, sous toutes ses

Sœur Joséphine. La camomille

aine!! Elle guérira mes jambes

lus à l'efficacité des charitables Caments. — Prenez Courage, monsieur l'abbé, me dit-il; Notre-Seigneur a guéri ici dix lépreux, et — Mais, docteur, ai-je la lèpre, la hideuse lèpre qui nous mange tout vivant? — Pardon, j'établis une plus grande facilité de guérison dans votre cas. Vos jambes seront bien demain, vous aurez une nuit heureuse et je vous promets un réveil magique. — Je le veux bien, docteur. Soyez certain que j’imiterai le lépreux reconnaissant et que je vous rendrai mille actions de grâces. (S. Luc, XVII, 11-19.)

Le 14 avril, 1900.

Dieu soit béni!! Vive la camomille! Vive le docteur Régneauilt! Je suis mieux et je pourrai suivre la caravare, Nous Tépartons, à la fraîcheur du matin, Pour la Galilée. Cette fois le courage se raffermit par l'espérance d'arriver de bonne heure dans la soirée à Nazareth.

La Galilée, comme Sa Sœur la Samarie, est ur. Pays de souvenirs bibliques: les Montagnes »#t les vallées parlent d’un passé lointain et extraordinaire. On y voit le peuple de Dieu avec ses prophètes; on Y voit ensuite la sainte Famille faisant souvent le même chemin que nous pour se rendre à Jérusalem

aux différentes fêtes du temple et plus tard le Galiléen seul, ou avec ses disciples, annonçant sa doctrine et le royaume de Dieu.

Autrefois, cette partie de la Galilée était remarquable par ses villes superbes, ses grandes tribus, ses combattants et ses héros. En passant à Jézraël, on nous fait remarquer que c'était ici que Naboth possédait de grands vignobles. Achab convoitait ce champ. Aidé des moyens perfides, proposés par la reine Jézabel, son épouse, il devint maître de la vigne en faisant lapider le Jézraélite qui n'avait pas voulu passer son héritage à d’autres, même à prix d'argent. Le prophète Élie fut chargé d'annoncer le châtiment. La parole du Seigneur s’accomplit à la lettre. Trois ans après, Achab fut blessé mortellement dans une bataille et les chiens léchèrent son sang. Sur l'ordre du roi Jéhu, Jézabel fut précipitée du haut de la muraille de la ville et les chiens la dévorèrent. (1II Rois, XXI.)

La ville de Jézraël n'a plus rien de sa célébrité, mais le site admirable est le même: à l'est, nous avons les monts de Gelboë, célèbres par les malédicticns de David après la mort de Saül (Z Rois, XXXI.); à l'ouest s'étend la riche plaine de l'Esdrélon où la prophétesse Débora fit périr Sisara, général des armées de Jabin, roi de Chanaan. En ce temps-là, Débora jugeait le peuple. C'était sous un palmier, sur la montagne d’Éphraim, entre Rama et Béthel,

De —————— eg

VERS LA TERRE-SAINTE 207 qu'elle rendait ses jugements. Les enfants d'Israël la considéraient Comme leur principale protectrice. (Juges, IV.) D'un côté on voit la chaîne d'azur du Carmel; de l'autre, les flancs verts du Petit-Hermon.

ses récits. Nous lui en tenons bon compte.

Voici Naim où Notre-Seigneur ressuscita le fils d’une veuve. Peu de jours après son admirable ser.

du Petit-Hermon, à quelques milles du mont Thabor,, sur les bords garnis de lauriers fleuris du torrent de Cison.

mn connue Ein

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