‹ Vers la Terre-Sainte [microforme]Chapitre 48 sur 105 · DE NAZARETH A TIBÉRIADE · texte numérisé non relu

DE NAZARETH A TIBÉRIADE

Le 16 avril, 1909.

La distance entre Nazareth et Tibériade est de 15 milles. C’est un joli parcours à faire en voiture. La route est belle, la campagne fertile. On voit dans les bois d’oliviers des petits pâtres qui font paître leurs brebis, et, à l'ombre des haiesde cactus, des jeunes filles qui folâtrent ; elles jouissent de la vie au grand air; de la liberté sans entraves. La nature est à elles; elles y trouvent le bonheur. Nous arrivons à ‘une source encadrée de pierres brutes: des troupeaux de vaches viennent de s’y abreuver. C’est l’eau de cette même fontaine dit la

VERS LA TERRE-SAINTE 225 tradition, que Jésus changea en vin par le miracle de Cana. La petite ville Où se passa cette belle scène est là tout près: les deux tours et le dôme de la petite chapelle apparaissent à travers une touffe d'arbres, sous les Parasols géants d'une bordure de palmiers.

Nous entrons à l'église pour la bénédiction du très saint Sacrement., L'intérieur a de belles toiles et de jolies fresques représentant des scènes d'épousailles, Le tableau du maître-autel est le festin de Cana par Paul Véronèse (1528-1558);un large ruban se déroule gracieusement autour et nous

.y lisons cette inscription : ce que Dieu a uni, l'homme ne saurait le séparer.

Les noces chez les Juifs étaient célébrées avec grande pompe. Dès que la fiancée avait reçu la bénédiction Paternelle, elle sortait de chez son père, toute parée et parfumée, elle portait une couronne sur latête. Les amies lui faisaient cortège avec une lampe à la main, agitant au-dessus d'elle de longues branches de myrte.

L'épouse, pendant ce trajet, avait les cheveux flottants et le visage caché sous un voile. Devant elle, ses parents distribuaient aux enfants des épis de blé griés. L'époux, également paré d’une cou- Tonne, marchait à côté d’elle, sous un dais, tandis que les tambours et d’autres instruments mélaient leurs rythmes joyeux aux acclamations de la foule.

Puis les matrones coiffaient l'épouse. Alors venait le repas des noces où la joie la plus exubérante était obligatoire. (Stapfer, En Palestine au temps de Jésus-Christ.)

Les pharisiens fidèles à leurs traditions devaient en ces festins extraordinaires se laver les mains plusieurs fois pendant le repas par motif de religion. Chez les particuliers, comme les fontaines d'ablution manquaient, on avait soin de préparer de grands vase ou des urnes contenant de l'eau à cet effet.

Les noces dont il est question dans l'Evangile en cette petite ville de Galilée sont celles, dit-on, de Simon de Cana, l’un de ceux qui fut choisi pour être l’un des douze. Il était fils de Cléophas, frère

- de saint Joseph; par conséquent, Marie était sa tante par affinité et Jésus était son cousin. Marie fut invitée aux noces à titre de parente et de voisine, car Nazareth est tout près de Cana. Jésus y était à cause de sa mère et,les disciples à cause de leur maître ; c'étaient les cinq que Notre-Seigneur avaient déjà choisis pour ses apôtres: savoir Pierre, son frère André, Philippe, Nath?nael et un cinquième que l’écriture.-ne nomme pas. (Jean, I, 35-51.)

Comme le vin commençait à manquer, le Sauveur, à la requête de sa divine mère, veut bien leuren procurer en faisant le premier de ses miracles. — Faites tout ce qu'il vous dira, dit la Vierge aux

serviteurs. —Emplissez d'eau ces six urnes, dit Jésus. Et ils les emplirent jusqu'au bord. Puisez maintenant et portez.en à l'intendant. Quand celui ci en eut goûté, il vit que c'était du vin. (Jan, II, 1-11.

Il nous a été donné de voir une des amphores du miracle, ou au moins un vase ayant la même forme, dans la crypte où est le musée des fouilles de Cana. Elle peut contenir cinq à six gallons. Comme les invités aux noces, nous sommes chagrins de la voir vide. Le vin nous manque à nous aussi et nous voudrions que la bonne Vierge s'occupât de nous. Les Pères gardiens du sanctuaire, sans miracles, viennent à notre secours : ils nous versent à tous un bon verre de vin de Cana, un vin excellent. Ils distribuent des fruits et des gâteaux; on se croirait à un festin de noces. Il ne manque que les mariés? J'ai pourtant Vu, tout à l’heure, un beau veuf canadien, maire d'une paroisse limitrophe de Montréal, passer au doigt d'une jolie veuve marseillaise, une de ces alliances que les enfants nous vendent comme souvenir de Cana. Ces fiançailles à Cana seraient-elles le prélude de joyeuses noces à la Longue-Pointe ? Monsieur le maire, n'oub liez pas d'inviter vos Compagnons de voyage !!

Encore üne heure et nous verrons Tibériade et son lac sacré. Nous sommes dans un coin de terre très aimé de Notre-Seigneur, Puisqu'il n'y a pas de ville en cette localité qui n'ait été témoin de son

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passage et de ses miracles. Où sont ces villes superbes qu’on appelait Bethsaide, Génézareth. Corosain Magdala, Capharnaüm? Elles s'éle.=::nt magnifiques, au pied de la montagne des Béatitudes que nous contournons; elles étalaient leur opulence sur les bords enchanteurs du lac de Génésareth. Leur noms seuls ont survécu aux siècles; elles ont disparu complètement, et, sur des tertes formés par des amoncellements de ruines, il ne reste que des murs crevassés, des constructions en terre abandonnées, tristes monuments où sont gravées les paroles d’anathèmes que le Christ prononça sur ces villes impénitentes: «Malheur à toi, Corosain! Malheur à toi, Bethsaide! Et toi Capharnaüm, n’as-tu pas été élevée jusqu’au ciel ? Tu seras rabaissée jusqu’à l'enfer! parce que, si dans Sodome eussent été produits les miracles qui se sont opérés chez toi, Sodome serait encore debout. Je vous le déclare donc: au jour du jugement il y aura plus de rémission pour Sodome, Tyr et Sidon que pour vous!» (Math., XI, 10-24.) Les guides, soucieux de nous laisser jouir des beaux panoramas ont donné à la caravane l'ordre d'arrêter; entre temps, les pèlerins, qui descendent à cheval par. un autre sentier, pourront nous rejoindre. On voit là-bas les cimes neigeuses du grand Hermon, le sommet conique du Thabor avec ses pentes garnies d'arbres verts ; on voit ici la plaine d'Hattine qui fut, en 1187, le théâtre de terribles

massacres; l'armée française y perdit pour toujours la Terre-Sainte. Après une lutte désespérée, le roi Guy de Lusignan s'était retiré avec ses chevaliers sur les hauteurs de Karoun-Hattine, mais Saladin eut raison de cette suprême résistance. Il n'eut pas la victoire généreuse; il fit, sans merci, mettre à mort les grands maîtres du Temple et de l'Hôpital avec au-delà de deux cents de leurs compagnons.

Ces héros devaient être vengés plus tard. Tout près d’Hattine, sur le versant du Thabor, en 1899, l'illustre Bonaparte et Kléber, avec 4,000 Français firent retraiter 35,000 Turcs.

Nous avons devant nous, entourée de collines comme dans un bassin profond, une grande nappe d’eau limpide: l'azur du ciel s’y reflète, le soleil s'y joue comme dans un miroir, les rivages s’y dessinent avec toute la perfection des formes et du coloris: rochers escarpés, palmiers élégants, lauriers roses qui Secouent leurs fleurs, roseaux qui plient au premier: souffle qui passe: tout apparaît dans une merveil. leuse majesté.

Cette jolie surface ondulée a lenom poétique de mer de Galilée ou mer de Tébériade. On l'appelle aussi lac de Génésareth. Il peut avoir quinze milles de longueur sur quatre milles de largeur, sa profondeur est de 250 pieds et sa dépression est de 900 pieds au-dessous du niveau de la mer Méditerranée,

Nous venons de suivre La rampe d’une dernière

montagne; nous saluons en passant les ruines de vieux châteaux et nous entrons dans les murs séculaires de la vieille capitale de la Galilée. C'est la ville de Tibériade.

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