‹ Vers la Terre-Sainte [microforme]Chapitre 50 sur 105 · EXCURSION ET TEMPETE SUR LE LAC DE GÉNÉSARETH. — CAPHARNAUM · texte numérisé non relu

EXCURSION ET TEMPETE SUR LE LAC DE GÉNÉSARETH. — CAPHARNAUM

Les directeurs du Pèlerinage nous avaient ménagé une excursion sur le lac de Génésareth. Nous auronsle plaisir d’une Promenade en barques, et le souvenir des actes merveilleux accomplis par le Sauveur sur cette mer de Galilée sera une douce jouissance pour nous. Le lac n'a pas changé de lit ; c'est bien le même que sillonnait la barque de Jésus. Sur ses eaux, il a marché comme sur la terre ferme. il a commandé aux poissons d'aller se jeter dansles filets des apôtres ; il a apaisé les tempêtes, calmé les vents et les flots. C'est sur les rivages de cette mer qu'il a multiplié ses bienfaits et ses miracles. Quel lac merveilleux ! La Lumière du monde semble rayonner partout ! Nous voguerons sur ses saux avec un religieux respect.

Nous partons, toujours la même dizaine de bons amis, dans l’une des dernières embarcations. Le calme est complet, point de vent Pour gonfler notre voile, pas même un souffle Pour rider les eaux

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tranquilles. Les bateliers ont beau siffler Eole, il ne vient pas à notre rescousse. — Aux rames, braves marins! nous vous aiderons de nos chants... . Une poussée vigoureuse agite vivement notre petit bateau....et nous glissons sur l'onde. Dans une heure, nous débarquerons à Capharnaüm.

Jésus avait unegrande prédilection pour Capharnaüm, c'était le centre de sa vie de prédication, le lieu choisi pour le plus grand nombre de ses miracles. Il avait fait éclater ici bien des fois les signes de sa puissance et de sa miséricorde ; mais le peuple le méconnaissait, ses proches même ne croyaient pas en lui. (S. Marc. III, 21.)

On sait de quelles malédictions le Christ avait menacé cette ville ingrate et impénitente ; elles se sont réalisées d’une manière épouvantable. La ruine de Capharnaüm est complète; lesol est partout d’égal niveau et du rivage nous ne voyons rien qui puisse localiser une ville autrefois très importante.

Le Christ avait dit : «quand même je me tairais les pierres parlerout». Je constate cette vérité en examinant les fouilles que sont à pratiquer les Pères Franciscains. On vient de sortir de quinze pieds sous terre des chapiteaux magnifiques, des colonnes bien conservées, des pierres finement taillées ; ces blocs, lavés et retouchés, ont l'apparence du neuf. Oui ! ces pierres parlent, elles disent qu’autrefois une magnifique église était élevée ici, sur les murs

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té, en vérité, je vous le déclare, si vous ne mangez

Son sang vous n'aurez Pas la vie en vous. » (S. Jean, VI, 54-55.) Beaucoup de ses disciples, après avoir entendu ses paroles se dirent les uns aux autres : Ce langage est intolérable : et qui peut l'entendre ! (S.

utilisées à la Construction d’une chapelle au Dieu

Le Père Mamert qui dirige les excursio nnistes nous dit de nous hâter Pourle retour.—Vite! aux bar-

Par prudence, nous suivons Le rivage jusqu’ Magdala. Nous prions les bateliers d'attendre quelque temps pour lever l'unique ancre de notre

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Quelques barques, perties avant nous, étaient déjà très loin sur le lac lorsque nous vîmes descendre des montagnes, dans la direction de Tibériade, un nuage noir et blanc. En tourbillonnant, il soulevait tout sur son passage ; bientôt il enveloppa la ville d'une épaisse colonne de poussières.

La mer commençait à s'agiter, la crête des vagues se bordait d’écume, les flots devenaient effrayants: c'était l'ouragan qui s'avançait vers nous.

Dans le ciel chargé d'électricité on voyait jaillir des éclairs qui éblouissaient nos yeux. Les coups de tonnerre se succédaient de plus en plus terrifiants tanu.. qu'un déluge noùs trempait jusqu'aux os. Vite ! Vite ! retranchons-nous dans cette petite baie ! À peine notre barque est-elle amarée aux rochers qui bordent la rive que le siphon nous a rejoint ; tantôt il soulève une trombe d'eau jusqu’à la hauteur des monts, tantôt il creuse des précipices aussi profonds que le lac ; enfin la tempête est affreuse. Malgré notre proximité de la terre ferme et bien que le danger soit moins grave pour nous que pour le restedes excursionnistes qui sesont aventurés vers le large, nous restons saisis d'une grande frayeur. Les femmes sont tombées à genoux; Mde Mercile est à demi-inconsciente au fond du bateau; Mde Gillis, avec son sang froid américain, presse sur ‘on Cœur sa jeune fille et, ainsi entrelacées, toutes deux elles chantent une touchante prière ; Mgr Hé-

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bert récite son Chapelet avec calme : les bateliers invoquent Allah et moi, je vous l’assure, je ne sais trop ce que je faisais. Comme les apôtres affolés nous avons tous prié avec une ferveur facile à concevoir. Comme les disciples nous avons crié: «Domine salva nos perimius». Seigneur, sauvez-nous, Car nous périssons. Notre prière fut entendue du Divin Mattre; après une demi-heure de transes continuelles nous étions complètement hors de danger ; les vent cessèrent sans toutefois apporter de calme aux eaux bouleversées.

Un peu revenus à nous-mêmes, nous songeÂmes aux amis qu'on croyait perdus. Trois bateaux avaient été pris dans la tourmente !Qu'étaient-ils devenus ? Impossible de résister à la tempête, ils sont engloutis Bientôt, un cri de soulagement part de toutes les poitrines. Nous Voyons dans le large une barque... . puis une autre... “enfin une troisième ; elles étaient toutes désemparées, ayant perdu leurs mâts et leurs voiles: mais grâce à Dieuleurs occupants étaient sauvés. Comme les vagues vinrent les jeter sur la plage tout près de nous, nous fûmes les Premiers à leur porter secours. Ils ont tant prié, ces Pauvres naufragés ! le Bon Maître les a protégés.

À Tibériade, le Père Bailly avait appelé à la chapelle de Saint-Pierre tout ce qui restait de pèlerins ainsi que les chrétiens de la ville. Tous priaient les bras en croix pendant que le vénérable Père pro-

mettait aux âmes du purgatoire autant de messes qu'il y avait de pèlerins en danger.

Nous pouvons crier au miracle, car sansla protection du ciel, nous aurions pu compter la perte d'une trentaine de vies.

Le danger est passé : de mémoire de Galiléen on n'avait pas vu une pareille tempête depuis vingt ans. Nous en garderons un souvenir inoubliable !

Le retour à Tibériade se fit par terre, en cotoyant le lac. Outre des sentiers rocailleux nous avons trouvé aussi des flaques boueuses, des gués difficiles à traverser; les plus robustes poussaient alors la charité jusqu’à porter les plus faibles sur leurs dos. à

Quand l'obscurité fut venue, le voyage devint plus pénible : on se heurtait à toutes les pierres, on se blessait aux ronces et aux grands chardons, on se déchirait les mains et la figure dans la brousse.

La situation devenait de plus en plus pénible, lorsque nous vimes une lumière venir vers nous. Le Père Antonin, avec des hommes et des chevaux, venait au-devant de nous. L’espérance revint au coeur de tous et avec les paroles encourageantes de l'infatigable Père Mamert nous trouvâmes assez de force pour nous rendre à Tibériade. Nous marchions depuis 5 heures et il était 11 heures sonnées lersque nous rentrâmes à l'hôtel. Notre fatigue était si grande que nous ne songeâmes à rien autre chose qu’à nos lits. Le sommeil nous remettra de nos émo-

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tions, et, demain, Dieu nous donnera un surcroît de bonheur Pour nous faire oublier l'épreuve d'aujourd'hui,

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