‹ Vers la Terre-Sainte [microforme]Chapitre 51 sur 105 · DE TIBÉRIADE A DAMAS · texte numérisé non relu

DE TIBÉRIADE A DAMAS

Le 17 avril, 1909.

À 5 heures, le réglementaire fait sa ronde.... les portes en tremblent…..Fratres / Hora est jam de Somno Surgere; l'heure est venue dese lever et de faire un peu de toilette car, après le petit déjeuner de 6 heures, nous Partirons pour Damas. En débrouillards, nous procédons à un décrottage général. I] faut rincer notre unique pantalon dans nos cuvettes de chambre, le tordre simplement et le mettre aussitôt à sécher à la chaleur naturelle de notre individu. alité.

Nous sommes dans un état piteux ! On se console les uns les autres, en songeant que, parmi nos Arabes, nous n’avons Pas trop mauvaise mine.

Les belles dames ont laissé leurs dentelles froissées et leurs broderies endommagées aux petites demoiselles de Tibériade, qui s’en feront des Parures de noces. Elles porteront la robe de chambre et, comme nous, elles attendront d’être à Damas pour renouveler leurs toilettes.

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Pour prendre le train à Samach, il faut traverser le lac de Génésareth en gagnant vers le sud.

—1l y a rien à craindre, Mesdames! Après la tempête, il s'est fait un grand calme (Luc, VIII, 24.); la mer est d'huile et les apparences sont bien rassurantes.—Père Antonin! je vous en prie,....j'hésite,....dit une bonne vielle fille, dans la soixantaine environ et dont les nerfs ne s'étaient pas encore remis depuis hier : on n’est point maître de la peur! je crains! —Mademoiselle, quand on est jeune on est audacieux; au bras de deux de nos plus gentils jeunes garçons, vous serez en sûreté. Le point était gagné. Notre pélèrine, flattée à l'excès, devint d'une bravoure incontrolable; elle avait sauté allégrement dans la barque avant même qu'on eût prié les messieurs Eggermont de l'aider !!

Adieu, terre de Galilée! Adieu, Tibériade! Ton lac nous a fait revivre le temps du Sauveur etde ses apôtres.

Je craindrais de tenter une nouvelle expérience ; mais celle-ci faite, sans conséquences malheureuses, je suis content d’avoir pu constater la vérité frappante d’une des plus belles pages de l'Evangile.

Nos commentaires, dans la chaire de vérité, auront un intérêt particulier.

De Samach à Damas, cent-quarante milles de chemin de fer à travers le pays le plus pittoresque l'on puisse imaginer. Le train nous apporte

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avec rapidité dans les 8orges du Yarmouk, où le fleuve du même nom coule Capricieusement: il serpente dans les Montagnes à pic, bondit de rochers en rochers, dégringole en cascades dans des bassins si étroits que l'étreinte le force aussitôt à s'en aller

en gémissant vers des vallées plus caresssantes. En retour, il laissera la fécondité.

Les plaines du Hauran sont d'une fertilité ex. traordinaire. On nous dit que les habitants y font deux récoltes Par an: en hiver, le blé, l'orge, les lentiles et les pois chiches en été, le sésame, graine qui donne une huile très nourrissante,et le sorgho qui produit une bonne farine et un fourrage recherché.

Les champs présentent un beau coup d'œil :

l’activité règne et on croit revènir à la civilisation : les hommes mènent au travail des bœufs et des chameaux, les enfants gardent des troupeaux de brebis et de chèvres dans les prés verts.

J'ai vu des volées de centaines de cigognes s'abattre sur de beaux champs cultivés : ces échassiers yfaisaient un pillage en règle et personne ne les Chassait. J'allais protester contre cette tendresse mal placée lorsque j'appris que la cigogne est ici ce qu'était l’ibis chez les anciens Egyptiens. Ce serait grand péché que de tuer cet oiseau sacré.

On nous attendait pour le déjeuner à la gare de Deraa, une vill. curieuse en plein désert. A une heure de l'après midi, on le croit sans peine, l’esto-

mac criait famine et les plats du buffet oriental allaient être pris d'assaut :—Qu'il est délicieux ce gigot!il est rouge, ferme, tendre comme du poulet, du poulet aux os de chameau, dit entre les dents un voisin qui voit tout sans lorgnons.—De grâce, ne dérangeons pas l'appétit de tout ce monde affamé:; ce serait porter un coup fatal, droit au cœur; gardons la surprise pour le dessert... ..

Tous les voyageurssortirent de table pleinement satisfaits ; chacun vantait le service et les plats. C'était parfait. Le pauvre chameau venait de se faire une grande réputation. Les Parisiens, les Français amateurs de bonne cuisine ont affirmé n'avoir jamais mangé de viande aussi succulente. N'est-ce pas, il était exquis ce pachyderme !

En voiture ! AJ a board ! crient les employés du chemin de fer. Nous continuerons à traverser de vastes déserts en suivant les pentes du mont Liban.

Cette voie de Damas-Deraa-Khaïfa appartient à la Turquie ; c’est la ligne sacrée qu’Abdul-Hamid fit commencer en 1900 pour favoriser les pèlerinages musulmans de la Mecque et de Médine. Bien que le Sultan-Rouge y ait mis ses millions il n'a pas réussi à le faire terminer. Les difficultés les plus grandes proviennent des brigands, des druses et des bédouins qui remplissent de terreur cette partie du pays et causent des ennuis aux caravanes.

Les druses forment le commun du peuple en

Pays ottoman ; ils n'aiment pas le sultan sanguinaire qui les gouverne. Ils Consentent à être les vassaux de la Turquie en COnServant une certaine liberté; ils ne Sauraient la trouver avec le despote actuel.

Le pays est actuellement en révolte; les druses viennent de tue taine de soldats.

rds l'immense jardin qu'arrose rada.

Cette ville d'Orient a la forme d'un ovale dans un bosquet aux milles teintes, et les Arabes la nomment : « Une jonchée de Perles sur un tapis d'émeraude». Elle est dominée par l'Anti-Liban et l’Hermon, et ceinte d’une mer de sables blancs; on dirait un imme.. . verger perdu dans une riche Plaine. Les noyers, les figuiers, les abricotiers enlacent leurs rameaux et mêlent leurs feuillages: les orangers, les citronniers, les 8renadiers, outre les Parfums qu'ils répandent, apportent leur riche décoration de fruits

dorés; la vigne aussi court d'arbres en arbres, et ses pampes vertes forment des jolies berceaux ombragés. C’estdans cetteoasis délicieuseque les musulmans placent l’Eden de nos premiers parents; pour preuve de leur croyance, ils nous montrent sur le flanc d’une petite montagne, à droite, le tombeau d’Abel. Impossible d'ajouter foi à cette légende. Qu'il nous soit permis, dans notre admiration, de se demander si Dieu a choisi un lieu plus enchanté pour le bonheur d'Adam et d’Eve ?

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