UNE JOURNÉE D'ORIENTATION
Le 23 mai, 1909.
€ permettront pas de Nous verrons Superficiellement uments, ses palais et ses places tentant de quelques mots d'exre de la part des guides, comme et les touristes. Nous jetterons un simple coup d'oeil ici et là; nous visiterons par ci par là, et si quelques particularités nous frappent,
je vous le dirai tout bonnement. 1] faudra vous contenter de peu.
Vingt jours à Rome ne m connaître la ville.
ses églises, ses mon publiques, nous con plication et d’histoi le font les pèlerins
Emmanuel II Saint-Ange et le
qe re mo 310 VERS LA TERRE-SAINTE
borgo S. Spirito et je suis sur la grande place en face de Saint-Pierre.
On m'avait dit que la Piazza pouvait contenir 80,000 personnes, que les 162 statues de la colonnade étaient hautes de 20 pieds, que la boule du dôme au-dessous de la croix pouvait contenir 16 personnes; avec ces chiffres, pourtant réels, je m'étais fait une idée fantastique et j'avais imaginé des proportions impossibles. Aussi ai-je eu une déception complète lorsque j'arrivai à la basilique, pour la première fois, hier.
À distance, ce matin, et après l'étude des dimensions, je n'ai pas de difficultés à dire qu'elle est immense la Piazza S. Pietro; elle est d’un effet imposant, et elle forme une entrée digne de cette basilique, mère et maîtresse de toutes les églises du monde entier.
Pour avoir une bonne idée d'ensemble de Saint- Pierre, il faut faire l'ascension du dôme jusqu’à la croix. On s'arrête sur le toit, sur les galeries de la coupole, et la basilique, le vatican, la collonnade, nous apparaissent comme une masse gigantesque ; tellement que tout objet, toute statue, vus de près,
deviennent des monstruosités; ainsi, Saint-Pierre a des clefs de 4 pieds de long, Saint-Mathieu un petit enfant de 8 pieds de haut et l'attribut de Saint-Marc ressemble plus à un éléphant qu’à un lion: tout est colossal! Plus haut, de la balustrade de la lanterne,
On à une vue d'ensemble magnifique sur les jardins, les cours et les propriétés pontificales. On voit le Tibre, les différents Quartiers de la ville avec leurs monts historiques et leurs jolis jardins. La cam- Pagne romaine s'étend très loin; elle se perd au-delà des montagnes jusqu’à la mer. Au milieu de ces merveilles on ne saurait que s’y plaire! Il faut, comme le soleil qui déjà se cache à l’horison, quitter les nuages, ces régions élevées et enchanteresses, Pour descendre à la Piazza et de là aux tramways. Cette ascension fatigante et -ette descente un peu précipitée nous ont épuisés.
Rome a près de 3,000 ans d'existence. Elle était la capitale de l'empire romain. On Y voit encore de la ville payenne, des ruines de temples et le forum. Depuis Pierre, l’apôtre de Jésus-Christ, devenu le Chef de l'Eglise, elle est Ja capitale du monde chrétien par l'univers entier. Elle le fut aussi des Etats de l'Eglise jusqu’en 1871, lorsque Victor Emmanuel en enleva brutalement 1a royauté à Pie IX alors Pontife sur la chaire de saint Pierre et Roi, dans les Etats Romains.
Rome a une population de 450,000 âmes. Elle est belle, très riche en Souvenirs, en antiquités reli. gieuses et paiennes ; Mais je crois qu’elle tire toute son importance de la Papauté même. Au point de vue religieux c'est indiscutable, Rome a tout ce qu'il faut pour en faire l'une des villes les plus Chères au
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nom catholique. L'abbé Boulfroy dit : «Aucune cité ne possède le privilège d'exercer une attraction aussi puissante et de provoquer des attachement s aussi durables. »
«N'est-elle pas la tombe des apôtres, l'arène des martyrs, la demeure des Papes ? N’est-elle pas l'ossuaire le plus complet du christianisme, le reliquaire des plus merveilleux souvenirs et la custode de ce qu'il y a de plus grand et de plus saint ? Rome est la cité de l’âme, la mèfe-patrie de tout disciple de Jésus, le patrimoine Commun et inviolable de tous les peuples !!» (R. Guérin.)
La Ville-Eternelle a 350 basiliques et églises publiques et presque autant de monastères, couvents et chapelles privées. Comme il y a près de 7,000 prêtres, il se célèbre chaque matin 7,000 messes pendant lesquelles un nombre considérable de religieux et religieuses recoivent la sainte communion. Que de prières s'élèvent vers le ciel et que de grâces descendent sur cette ville.
Pour bien comprendre la possibilité de tout cet élément religieux, il faut se rappeler que Rome est le centre de l'unité catholique. Tous les pays chrétiens veulent y être représentés : les communautés religieuses ont ici leurs supérieurs généraux ou leurs Procureurs, les grand ordres monastiques y ont Presque tous leurs maisons-mères, les diocèses de l'univers envoient leurs prêtres et leurs séminaristes
mea — = ns .
se former aux hautes études philosophiques et thoélogiques dans leurs séminaires nationaux établis à Rome. Tous font Couronne autour de l'auguste Pontife qui par eux distribue la saine doctrine à tous les membres épars de sa grande famille.
C’est l'époque de la Chaleur en Italie, Un soleil de plomb ne cesse de nous incommoder. Ceux qui n'ont qu’à se promener et à visiter trou de lutter contre ce
ont toujours une ressource, ils fuient au bord de la meret jouissent des bains et d’un climat très doux. Ceux qui restent dans la ville Peuvent cependant trouver de l'ombre, mais il leur faut aller sur Pincio ou Sur Janicule qui sont à des distances assez considérables.
Il y a partout, dans les grandes villes, des riches et des pauvres ; ici plus qu'ailleurs, la différence de condition sefait sentir plus ouvertement. I1 faut
aux jardins publics, à la tom-
costumes militaires, Madame en grande toilette de sortie est accompagnée de ses
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valets en livrée ; jusqu'aux enfants aux blouses légères qui ont les attentions respectueuses des servi. ve Ars.
Les pauvres, ils sont légions, puisqu'on me dit quil y a 30,000 personnes qui n'ont pas de gîte pour la nuit. Partout, sur les places publiques, à l’entrée des jardins et des musées, le plus souvent aux portes des églises on vous demande l’aumône. Les enfants vous supplient jusqu’à ce qu'ils obtiennent quelques sous ; les ont-ils à peine dans leurs petites mains qu'ils courent à la plus proche boutique acheter un peu de macaroni pour apaiser leur faim.
Comme je passais à la porte des Pères Rédemptoristes, je fus témoin d’un beau spectacle. A l’occasion d'une fête de leur ordre, les religieux faisaient une distribution de vivresà l'entréeducouvent:les femmes et les enfants recevaient des oranges et du pain. La joie des petits et le bonheur des mères valaient la peine d’être vus. Que la charité est belle et consolante ! Qui donne aux pauvres prête à Dieu.
Les gens de condition moyenne sont assez heu- Teux : peu de travail leur rend la vie aisée, l en coûte si peu pour vivre sous ces beaux climats d’Italie, à tel point qu’une lire (20 sous) est suffisante à la dépense d’une journée, y compris les vins succulents. Il faut bien ajouter pour la veillée, c’est la Coutume du pays, un bon litre du fameux Frascati: c'est douze sous seulement, et voilà du vin qui for-