LA FÊTE DES FLEURS
Nous ne pensons pas à nous ennuyer à Rome :
il y a tant à voir et à étudier. La visite des églises et des maisons religieuses a employé la plus grande partie de notre temps, il faut faire diversion ce soir et nous goûterons un peu la vie du monde. Il faut aller à la fête des fleurs. On se rend à la Villa Umberto I où doit avoir lieu ce « Grande Corso di Fiori». C'est la fête de l'aristocratie : tout ce qu'il y a de plus distingué, dans la noblesse, dans l’armée, dans la magistrature s’est réuni au grand amphithéatre Borghèse: les voitures, les automobiles disparaissent sous des charges de fleurs. Chacun s’est surpassé dans la décoration de son équipage : le carrosse est devenu une gondole élégante, une corbeille fleurie, un coussin de mousse où à travers les fleurs émergent des têtes d'enfants qui peuvent rivaliser avec les beaux anges de Raphaël. La procession d'une centaine de ces bouquets monstres défile devant la grande tente sous laquelle est élevé le trône de la Reine-Mère Marguerite d'Italie; elle passe par mille méandres où encore les fleurs les plus variées bordent la route. En une guerre simulée on prend d'assaut l’estrade royalé : les projectiles les plus meutriers sont des gerbes de rose lancées avec force:
MD el. VC JF 77
‘elles se détachent dans leur vitesse et tombent éparpillées aux pieds de la Reine et des nobles qui lui font couronne. D'autre part, les assiégeants reçoivent des décharges habilement dirigées. On se battrait longtemps, car la fumée n'empêche pasles combattants de viser droit au but : elle est diaphane et parfumée ; elle a les senteurs des oeillets, des jasmins et des héliotropes.
Dans cette atmosphère délicieuse, aux accords de trois fanfares italiennes, aux chants nationaux des étudiants, aux applaudissements de la Rome joyeuse se fit la distribution des bannières aux vainqueurs du concours. Comme fin de fêtes, il y eut procession des lauréats. Ils avaient 40,000 voix Pour chanter leur gloire.
J'aurais voulu avoir avec moi le Rév. M. Le- Blanc, curé de Shédiac ; après la bataille, nous aurions pu faire la levée du butin et parmi cet amoncellement de roses nous aurions bien trouvé tout ce qu’il faut pour une de nos belles parures du mois de Marie. La Vierge en oublierait facilement la provenance pour penser aux pieuses intentions de ceux qui décorent son autel.
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