UNE CANONISATION SAINT JOSEPH ORIOL, SAINT CLÉMENT HOFBAUER
Le 20 mai, 1909.
Nous avons fait, à Rome, un séjour plus long qu'on se l'était proposé d'abord. C'est la fête d’aujourd’hui qui nous a retenus. Nous avons préféré sacrifier quelques villes de notre itinéraire et rester aux grandes cérémonies papales de la canonisation des Bienheureux Joseph Oriol et Clément Hofbauer.
La canonisation est un acte par lequel le Pape, en vertu de son magistère suprême, déclare solennellement sainte une personne décédée, qui a exercé pendant sa vie les vertus chrétiennes à un degré héroïque et par l'intercession de laquelle Dieu a daigné opérer des miracles.
Sous Pie IX, surtout après les luttes contre la papauté et les vicissitudes politiques survenues depuis, la piupart des cérémonies qui provoquaient l'admiration du monde furent réservées pour des temps meilleurs. C'était dans l'étroite enceinte du Vatican, où il s'était renfermé, que le souverain Pontife accomplissait le rite solennel d’une canonisation. Léon XIII les faisait dans la grande loggia au-dessus du portique de Saint-Pierre. Dans les derniers
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VERS LA TERRE-SAINTE 347 temps de son règne il consentit à célébrer ces fêtes dans la basilique. Pie X, répondant aux désirs et Aux voeux du peuple catholique et voulant donner tout l'éclat possible à un des actes les plus solennels -de notre religion, a consenti, lui aussi, à déployer la magnificence et la beauté du culte en procédant à la Canonisation de saint Joseph et de saint Clément, ‘dans la riche et immense basilique Saint-Pierre,
De grand matin nous étions sur pied et, après avoir célébré la messe de l'Ascension, nous nous diri- &eâmes vers Saint-Pierre, Rome est en mouvement: les rues dégorgent d'ecclésiastiques et de fidèles; tous s'empressent Pour arriver les premiers. Il faut
bien songer qu'aujourd'hui 45,000 personnes veulent avoir des places sous la Coupole de la basilique pour
présentant nos billets, nous fûmes COnduits aux tribunes spéciales près de l'autel papal, en vue du trône et aussi de l'estrade où était la ”-schola de Mgr Pérosi. Nous avons des places d’honneur et nous les devons à l'influence et à l’'amabilité “du vénéré Père Clapin. «Vous êtes bien chanceux, nous avait-il dit hier: votre Court séjour à Rome
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est marqué d'une béatification, d'une canonisation et de plusieurs audiences papales! Il y a des prétres qui sont ici depuis plusieurs années et les circonstances n'ont pas permis qu'ils soient témoins de pareilles fêtes. Vous allez partir contents, car vous aurez tout vu.»
En attendant l'arrivée de la procession, nous. étudierons la vie des nouveaux saints.
Joseph Oriol est né à Barcelone en Espagne. I! devint prêtre et se sanctifia en accomp': sant fidèlement les devoirs de sa belle vocation. Ses principales vertus furent l'humilité et la pauvreté. Par ses mains, Dieu fit de très grands miracles: il guérissait toutes sortes d'infirmités, pénétrait les esprits, convertissait les cœurs. Quand il fut sur le point de mourir, il fit venir les petits chantres de l'église Notre-Dame-du-Pin et les pria de chanter autour de lui le Stabat Mater. Il les interrompait dans l'exécution de cette prose qu'il aimait tant, par ses élans d'amour et de foi. Il expira le 22 mars. 1702. Les prêtres espagnols l'ont pris pour leur patron et leur modèle,
Clériént-Marie Hofbauer naquit à Tarvitz, en Autriche. Il fut d'abord ouvrier boulanger avant d'être ermite dans les forêts de Poelz. Forcé d’abandonner sa cabane, il retourna à Vienne et ensuite à Rome. D'heureuses circonstances le conduisirent chez les R édemptoristes à l'église Saint-Julien, au-
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jourd’hui disparue, dans le voisinage de 1: …. Merulana où est établie leur maison généralice. Clement se décida aussitôt à entrer dans cette cougré. £ation qui répondait à ses aspirations. Il se dévous. POur sa communauté, en Poméranie, à Varsovie, en Pologne, en Suisse et à Vienne où il revint sur la fin de sa vie. 11 fonda plusieurs maisons de son ordre
Plissement des règles de sa Congrégation. Clément- Marie mourut en odeur de sainteté le 15 mars 1820,
dernières béatifications, si ce n'est que le luminaire est de beaucoup Plus brillant. Huit lustres de cristal, composés chacun de trois Couronnes dont la plus grande a vingt-cinq pieds de diamètre, et garnis de plusieurs centaines de lampes électriques, ont été
‘dans l’abside, La lumière est éblouissante et répandue à profusion dans tout le temple. Des toiles, en forme de bannières, rappelant quelques
Casas, de Earcelone, souffrant d'une maladie incurable à !'épine dorsale, et &uérie tout-à-coup en
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1896, et de Soeur Marie Bonaventure Tragant, de- Urgel, malade de phtisie pulmonaire, et dans un état désespéré; elle se sent guérie et plus fortequ'avant la maladie par l'application d'une relique: du Bienheureux.
Les deux autres toiles représentent les miracles de saint Clément. Amalia Conti, de Naples,. Italie, avait un mal au genou qui dégénéra en ankylose incurable; elle eut recours au Bienheureux qui. lui rendit miraculeusement la santé en l'an 1905. La Sœur Vigora, tertidire franciscaine, en Bavière, &agna la tuberculose en soignant ses compagnes. Rien ne pouvait enrayer le mal et elle se préparait à mourir lorsque, à l’étonnement de tous, elle fut guérie en trois jours par l’intercession du saint Rédemptoriste. Ce miracle arriva en 1898 et la religieuse est encore vivante à Ratisbonne.
Pendant que nous sommes occupés à regarder toutes ces peintures expressives et à lire ees inscriptions placées au-dessous des étandards, la grande procession s'organise dans les différentes chapelles du Vatican. Les dignitaires qui ont rang au palais pontifical se préparent et revêtent les ornements sacerdotaux : les cardinaux-évêques sur leur costume cardinalice prennent la chape; ceux de l’ordre des prêtres, la chasuble : ceux de l'ordre. des diacres, la dalmatique. Tous portent la mitreen damas blanc. Les patriarches, les archevêques.
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pelle Sixtine en Soutane et ceinture blanches la mosette rouge sur le rochet.
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neurs-réformés, Ermites. Augustins, Carmes dé. Chaussés, Servites de Marie,
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20 larme à
Citerciens, Bénédictins, Camaldules, Chanoiïnes réguliers du Sauveur. Viennent ensuite les collé- ” giales, les chapitres des basiliques mineures et patriarcales, les iembres des congrégations romaines.
Les étendards spéciaux des Saints du' jour sont portés par des nobles. Six religieux Rédemptoristes, de l'ordre auquel appartient saint Clément ; six prêtres espagnols, de la patrie de saint Joseph, les précèdent en tenant à la main des torches allumées. Les cordons de soie des bannières sont soutenus par des parents des canonisés ou par des. ee religieux qui ont obtenu cet honneur. à
Ensuite prend rang la Chapelle Pontificale avec ses Camériers secrets laïques, Camériers de cape et d'épée, Procureurs-généraux, Avocats consistoriaux, Chapelains d’honneur, Chantres jé tificaux, etc, etc.
Je ne nommerai pas les nombreuses sites tions, confréries et sociétés qui font partie de la suite: j'en arrive à la plus belle partie: voilà les 150- Evêques, les 16 Cardinaux et enfin Sa Sainteté- Pie X . De sa main gauche il tient un cierge et de la droite il bénit de tous côtés. A son passage les fronts s'inclinent, les foules s’agenouillent et se signent. Le Pape est accueilli avec respect ‘et vénération : sous le vestibule résonne le chant du Tu es Petrus ; dans la nef on chante le Regina Coeli, et des. fenêtres intérieures de la loggia les trompettes exécutent des marches triomphales.
Lorsque le saint Père fut au trône monumental élevé devant l'autel de la Chaire de Saint Pierre, il y monta Pour procéder aux cérémonies dites de la Canonisation ; elles sont trop longues pour les relater ici. J'en arrive au moment solennel où le Pape, les yeux et les bras élevés vers le ciel, déclare ex Cathedra que le ciel compte de nouveaux élus :
«En l’honneur de la sainte et indivisible Trinité, pour l'exaltation d- la foi catholique et pour l'ac- Croissement de la religion chrétienne, par l'autorité
‘de Notre-Seigneur Jésus-Christ, des bienheu reux apôtres Pierre et Paul et la Nôtre ; après une mûre délibération et ayant souvent imploré le secours divin, de l'avis de Nos vénérables Frères les cardinaux de la sainte Eglise Romaine, les patriarches, archevêques et évêques présents dans la ville, nous décrétons et définissons saints et Nous inscrivons au Catalogue des saints les Bienheureux Joseph Oriol et Clément-Marie Hofbauer, confesseurs, statuant que leur mémoire devra être célébrée tous les ans, avec une pieuse dévotion dans l'Eglise universelle, au jour anniversaire de leur naissance au ciel : celle de Joseph le 23 mars et celle de Clément-Marie Je 15 mars. Au nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit. Aisi.soit.il. »
À cet instant, la Gloire s’illumine de mille feux et les Saints y apparaissent tout auréolés de
clartés célestes. En même temps retentissent les fanfares placées dans la coupole, les cloches de la basilique donnent le signal et les joyeux carillons. de toutes les églises de Rome annoncent partout la bonne nouvelle.
Le Pape entonnele Te Deum et les majestueuses. voûtes de Saint-Pierre retentissent des chants de jubilation et d'actions de grâces.
Orate pro nobis, Sancti Joseph et Clementis.
Alleluia ! avait chanté le cardinal diacre assistant, et toutes les voix de répondre avec =ntrain: Ut digni efficiamur promissionibus Christi. Alleluia !
L'oraison des saints confesseurs et la bénédic. tion papale terminent la partie essentielle de 1a canonisation.
C'en est trop; le cœur voudrait sortir de la poitrine ; la joie est trop grande; le bonheur ne saurait être plus parfait ici bas. Impossible de chanter, deprier, l'émotion étouffe ! ! Le surnaturel vous gagne et vous montez jusqu'aux cieux pour fêter le triomphe des nouveaux élus. Gloria coronasti eos! La gloire les a couronnés dans les cieux ; c’est la récompense de la vie sainte qui se continue là-haut !!
Il était onze heures et demie lorsque notre très saint Père commença les prières de la messe à l'autel papal ou à l'autel majeur au-dessus des corps des S. S. Apôtres. Le Pape était assisté du cardinal Vincent Vanutelli comme prêtre assistant. Le cardinal
VERS LA TERRE-SAINTE 355 Cagiano était l'officiant particulier et les cardinaux Segna et Della Volpe étaient assistants au trône. Le messe Papale est peu différente des messes pontificales ordinaires. L'évangile est chanté en deux langues par des di
semble de ces belles c le saint Père. Pie
Sa marche est sûre, sa Il se fait entendre
Partout, malgré l’immensité du lieu.
Après le repors du Per omnia par les milliers
de fidèles, il se fit un grand silence : seule la voix du vénéré Pontife modulait les notes solennelles de la préface de l’Ascension. Dans un moment d'enthousiasme, :] me semble voir les anges. de la coupole se pencher vers l'autel Pour écouter
Au moment d'argent se font genou et la foul dictus qui n le Pape va à son trône où il se met à genoux. Un des ministres sacrés lui apporte la sainte Hostie tandis qu'à son tour le cardi-
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nal diacre lui présente le calice. Pour prendre le précieux Sang, le saint Père se sert d’un chalumeau d'or.
Pendant la messe, les postulateurs de la cause de canonisatson ont offert au souverain Pontife des cierges aux =rmes papales, des pains dorés et argentés, des perss barils renfermant de l'eau et du vin des cages afermant des colomhes et des petits, oiseaux de. lérentes espèces. À la fin de la messe l'archipr tre cela basilique vaticane, accompagné de deux chanoin-<, s'approche de la sedia gestatoria sur laquelle est :jà le Pontife et il lui présente une bourse de soie blanche renfermant vingt-cinq jules, ancienne monuaie, lui disant : Très saint Père, le chapitre et les chanoines de votre sainte basilique offrent cet honoraire à Votre Sainteté pour la messe qu'elle a bien chantée, pro missa bene cantata.
Il était deux heures après midi lorsque le saint Père rentre dans ses appartements.
Puissent ces détails intéresser ceux qui me liront et leur faire aimer la religion, l’Église et son chef suprème. Il n'y a que dans l’Église catholique que l'on trouve des fêtes qui fassent tant de bien au cœur et qui laissent de si doux souvenirs.
Le temps est venu de retourner au pays, il faut donc partir de Rome dès demain. Nous sommes satisfaits et bien contents. C'est à regret que nous quittons la Ville Éternelle et tous les bons amis que nous y avons rencontrés.
Nous gardons un souvenir bien reconnaissant des bontés de Monsieur Clapin, le Supérieur du Séminaire Canadien.
Adieu Rome, ville des Papes! Adieu bon et saint Pontife Pie X ! Vivez longtemps, soyez Je
Pasteur, nous serons les brebis fidèles ! !