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les promeneurs et les particuliers: d’autres à formes variées sont pour le commerce; elles remplissent les canaux pendant le jour au temps du travail.
Ce moyen de communication donne à la ville son cachet particulier. De prime abord Venise m'a déconcerté; je l'ai trouvée lugubre : je me suis senti envahir par un malaise indéfinissable : des gondoles noires comme des chariots d'entrepreneurs de pompes funèbres nagent sans bruit sur des eaux croupissantes ; des gondoliers aux cris rauques comme des basses d'orgue anhonçent un danger à prévoir, au coin des lagunes ; un silence de mort plane partout : on n'entend ni le sabot d’un vif coursier frapper gentiment le sol, nile carrosse élégant rouler sur l’asphalte durci, ni le train grincer sur ses rubans d'acier, encore moins le {uf-tuf bruyant, dernier réveil, de nos villes à la mode. Il faut attendre, dit-on: la première impression est souvent trompeuse ! Prenons un peu de repos; demain nous serons plus disposés à jouir des plaisirs si vantés de Venise surnommée la Reine de l’Adriatique.
La place Saint-Marc est le centre de Venise ; elle est en face de la basilique Saint-Marc, au milieu d'une rangée de palais magnifiques. Après le coucher du soleil, c'est le rendez-vous du monde élégant; c'est là que les Vénitiens vont jouir de la fraîcheur et
entendre de la belle musique.
La piazza est animée d'une multitude de pigeons
qui voltigent au-dessus de nos têtes, ils se perchent même sur nos bras ou sur nos épaules pour manger les grains qu'on leur donne. Aux pieds des grands mâts, le sol en est complètement couvert; ces rouvoulants se becquètent à qui mieux mieux en se disputant les grains de mais que les voyageurs prennent plaisir à leur distribuer. L'usage était autrefois de laisser un certain nombre de colombes devant le parvis de l'église Saint-Marc, le dimanche des rameaux, et la coutume depuis ce temps a été de les garder et de les protéger pour le plaisir des visiteurs.
C'est à Venise que résidait le cardinal Sarto, devenu depuis le grand Pape Pie X. Ilsuffit de se Promener sur la Piazzetta et d'y voir la haute colonne avec le lion de saint Marc pour comprendre tout de suite combien le pontife de Rome aime son ancienne ville patriarcale. Il a voulu avoir sur ses armes papales son lion chéri de Venise.
Nous sommes allés faire une agréable excursion au Lido, île voisine, qui est pour Venise ce que Connay Island est pour New-York et Revere- Beach pour Boston. Cette fois c'est un gazoline qui passe comme un éclair à travers le grand canal et nous conduit aux bagni du Lido.
La plage est couverte de baigneurs ; nous joindre à eux, ce fut l'affaire d'un instant ! Nous ‘voilà à la mer jusqu'au cou, plongeant, nageant comme des poissons; on se croirait aux bains de chez
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nous, moins nos chères falaises et nos dunes tant aimées.
Le beau soleil d'aujourd'hui a changé mes dispositions d’hier, la vie se présente sous un jour nouveau et je dois avouer avoir été trop sévère à l’endroit dax ille dont la renomnée est faite depuis longtemps.
Nous avons réservé, pour notre dernière soirée, la promenade sur ie grand canal et les sérénades au clair de la lune. L'onde est couverte de gondoles ; c'est sur l'eau, au grand air, qu'est joué l'opéra et que sont donnés les concerts les plus charmants; les répertoires populaires sont aussi exécutés avec un brio qui entraîne, car la foule enthousiaste souvent vient s'unir aux chanteurs et former des chœurs puissants. Les lanternes vénitiennes et la lune d’Italie illuminent cette scène qui : a pareille nulle part ailleurs. On peut s’etforcer d'imiter, mais jamais le tableau aura la richesse de décors qu'on trouve ici.
A Venise, nous dit-on, c'est er le carnaval joyeux; sa splendeur éblouit tous les yeux, enivre tous les esprits et réjouit tous les cœurs. J'en conviens, c'est l'endroit idéal pour les promeneurs : on y trouve la vie facile, heureuse, dans cette ville aux mille plaisirs et aux mille jouissances.
‘Chaque pays a ses mets locaux, son plat particulier : Marseille, vante sa bouillabaisse : Cette, ses
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fricots . de clovisses; Naples, son macaroni, Venise 8 Sa soupe au pidocchi. Les pidocchi sont des espèces de crabes qui se recueillent dans les lagunes et les canaux mêmes; ces crustacés ressemblent aux <ancres qu'on trouve dans tes trappes de homard de nos pêcheurs du Nouveau-Brunswick. La soupe ‘aux pidocchi est classique dans tous les hôtels, et tout voyageur épris du pays doit en manger une, “accommodée de la main même d'un vieux pêcheur de l’Adriatique. Je déclare, la main sur l'estomac, préférer notre potage à la baillarge et nos poudings râpées d'Acadie, à ces ragoûts étrangers.
En gondoles encore, en gondoles toujours à
Venise, nous allons vers la gare en route pour