LE MONT SAINT-MICHEL EN NORMANDIE
Le 5 juin, 1909.
Avant de quitter la France, nous voulons faire un petit voyage en Pays breton et normand. L'oc- Casionéest bonne: nous profitons du pèlerinage au mont Saint-Michel sous la direction des Pères de
Pères Assomptionnistes.
Le samedi matin à huit heures, nous étions à la gare des Invalides, faisant partie d'un groupe consi-
En entrant en gare d'Evreux, on nous dit que nous Sommes en terre Normande. I] suffit de regar-
Canadiennes. Voyager en Normandie, c'est voyager dans le Canada-français.
On vante beaucoup le bétail Normand ; cela ne
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m'étonne pas, quand je sais les bons soins qu'on lui donne : les vaches paissent dans des parcs où le trèfle et le foin leur vont au ventre, les jeunes poulains fringuent dans des pâturages tout aussi beaux que des prairies. On voit que les fermiers ont le légitime orgueil d'élever de beaux sujets, de là vient facilement l'abondance des recettes, avec leur exportation si renommée.
Les gens sont à faire les foins: les hommes soulèvent ce fourrage avec des fourches en bois prises aux saules qui servent de haies; les femmes, aux mantelets de futaine, aux cottes et aux tabliers de toile de ménage, aux capelines de calicot, sont à rouler des «ondains », pendant que les petits enfants s'amusent autour des meules. Quel temps agréable que ces heures passées au travail des champs !
Avant d'arriver au mont Saint-Michel, on nous fait voir de Pontorson, sur les côtes bretonnes, l'ile de Jersey, Cancales, Saint-Malo ; ces lieux font revivre en nous mille souvenirs. C'est en Bretagne, dans le Finistère, qu'est la petite ville de Morlaix, celle qui nous intéresse tout particulièrement, car on le sait bien à Cocagne et dans ses environs, c'est de là que nous est venu le vieux Joseph Gueguen, le trissaieul de Mgr Hébert. Ce fut le premier colon de ma paroisse. Je ne puis dire quand il vint en Acadie. Joseph avait 15 ans lors de la tourmente de 1755, et il fut jeté avec bien d’autres Acadiens sur
VERS LA TERRE-SAINTE | y: 401 les fles Saint-Pierre et Mignelon où ilse maria en 1760. Le jeune Prescrit vint s'établir à Cocagne en
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me génération.
Une lettre intéressante de l'abbé Manach, (4 mars 1763) ancien missionnaire à la Baie-Verte en Acadie, l'appelle son fils adoptif. Il lui écrit de Paris, du Séminaire des Missions-Etrangères : «J'ai vu votre père à Morlaix bien Portant, et il m'a conduit à mon retour avec ses chevaux jusqu'à Guinquamp; je lui ai dit l'état où je vor s ai laissé et le parti que Vous avez pris par l'alliance honnête que vous avez faite. »
M. l'abbé Toulon, curé de Pleines-Fougères, à qui je fais part de ces détails, veut bien nous porter une attention toute spéciale. I] nous inté-esse sur les noms du pays breton et nous affirme que les Gueguen y sont encore nombreux ; comme preuve de ses avancés il nous amène au pied d'une humble croix de cimetière, et nous lisons des noms d'Acadiens, tels que ceux de Gueguen de Gallant et de Thébault.
Nous serions heureux d'avoir un jour de plus Pour aller en compagnie de cet aimable confrère faire une petite excursion à Morlaix. Nous découvririons des parentés certaines et à la façon bretonne, nous baiserions sur les deux joues ces frères doublement nôtres par le sang et l'origine.
Il n'est pas toujours facile d'aborder à Saint- Michel : le temps, la mer a ravagé les rives, et le Mont, à mer haute, est inaccessible par le tramway. Cette fois, la digne étant à sec nous pûmes arriver heureusement jusqu’à l'iot.
En l’an 708, l’archange saint Michel apparaissait à trois reprises à saint Aubert, évêque d'Avranches, et il lui ordonnait d’édifier sur le mont Tombe un temple qui lui fut consacré parce qu’il voulait y être honoré en ce lieu. Le saint évêque fit la dédicace de ce temple en 709, à partir de ce moment le mont Tombe s’appela le mont Saint-Michel et devint très célèbre dans la France entière. Ce sanctuaire fut bientôt le lieu de pèlerinages considérables.
Cette année, à l’occasion des fêtes du douzième centenaire des apparitions du saint Archange, le Pape a accordé l'indulgence d’un jubilé à ceux qui se rendraient à la sainte montagne. Nous allons en profiter.
Le mont Saint-Michel a tous les attraits possibles; outre le sanctuaire, les pèlerins y trouvent un site pittoresque et y voient des merveilles qui constituent le plus sublime poème de pierre élevé par la main des hommes.
L'impiété des sectaires se fait sentir ici, comme partout, en France ; elle & :nlevé à la basilique superbe les droits du culte et les portes ne sont ouvertes que pour y laisser voir les sculptures, l’architecture et la vieille abbaye abandonnée.
Saint- , et le tram-
ee
C'est dans une humbie petite chapelle, o4 su r la place publique que se font les grandes cérémo nies religieuses.
Lors des 8rands inventaires imposés par le gou- Vérnement français, il Y à quelques années, on a Chargé les officiers publics de faire leur devoir et de s'enquérir des Propriétés appartenant à l'église; bien plus, ils devaient chasser les pré
ecclésiastiques.
que j'ai l'honneur épée et une croix de la légi
Dieu.» Si ce nob la France actuelle tions religieuses.
Au retour de ce beau vo n0' ‘a été donné de faire un court arrêt en Bretagne, dans la ville de Rennes. A Ja gare, nous attendait un ami, dans la Personne de M. le Docteur Régneault, comme je vous l'ai déjà dit, cousin du Père Régneault, de Rogersville, Nous avons le temps
Yage en Normandie, il
d’aller dire un Ave à Notre-Dame de Bonne-Nouvelle, qui a sauvé Ja ville de Rennes d'une grande peste en 1632. Nous faisons une courte visite à l’église Notre-Dame, elle était remplie de fidèles, réunis pour fêter les gloires de Jeanne d'Arc. On bénissait une belle statue de la vierge de Domremy.
Il se manifeste un enthousiasme extraordinaire chez les Français, quand on parle de la Pucelle d'Orléans, et les croyants ont bien l'espoir que la Bonne Jeanne, libératrice de la France, deviendra la Sainte de la Patrie. On dit que Pie X, enla plaçant sur les autels, espère que par son intercession l’église de France verra des jours meilleurs.
La raison de notre court séjour à Rennes était une attente forcée de quèlques heures, entre deux trains de chemin de fer: elles ont passé bien vite, trop vite. Il ne nous tardait guère de quitter Rennes et surtout le religieux et aimable Docteur Régneault.
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