‹ Vers la victoireChapitre 3 sur 17 · BOULEVARD S.4INT-GERMAIN · texte numérisé non relu

BOULEVARD S.4INT-GERMAIN

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Qui donna à la France ce double et inappréciable gage d'amour : la Loi de Trois Ans et le ieune sang d’un (ils unique,

La littérature qui est née de la guerre est déjà abondante . et variée. Elle vient de s'enrichir avec le nouveau volume de M. Paul Fiat d’un livre impartial, élevé et profond dont le titre Vers la Victoire suffit à marquer les tendances et à annoncer les conclusions. Quoiqu’elles aient été écrites par intervalles, et sous l’inspiration directe des événements, ces études ont une unité réelle. Elles procèdent d’un haut désintéressement qui leur donne toute leur valeur morale. Elles témoignent aussi de cette confiance tranquille, prête, pour vaincre, à tous les sacrifices, qui fait la force de la France et assurera, peut être plus tôt qu’on ne le pense, le triomphe du droit cyniquement outragé.

La Prusse a créé l’Allemagne à son image, disciplinée et brutale, violente et hypocrite, gloutonne et dévote, avide de conquêtes maté-

rielles et de domination intellectuelle. La victoire, la richesse et l’ambition ont fait perdre la tête à l’Empire. Ses historiens, ses philosophes et ses écrivains militaires lui avaient offert le monde comme une proie destinée par les desseins dune Providence complice à satisfaire ses besoins et à s’y asservir. Il a envahi, puis il a affronté le monde. « L’Empire, a écrit Karl Lamprecht. riest plus aujourd’hui un corps politique enfermé dans les limites territoriales ; il est une puissance vivante agissant dans l’univers ; il est partout où les intérêts économiques allemands étendent leurs tentacules : il est tentaculaire. )) Un professeur de l’Université de Berlin, Willamovitz-Mollendorf, exaltant contre la race slave la civilisation germanique, a dit : (( Nous sommes la race des grands et des puissants. Schiller l’a proclamé : le jour du peuple allemand sera une moisson pour le monde entier. )) Schiller et Fichte, que les Allemands invoquent, sont leurs prophètes, mais ils mettent Dieu dans leur jeu avec une aisance dont l’expression ne laisse pas parfois d’être grotesque. (( On entend approcher les pas de Dieu », écrivait, il y a troié^ ans, le général von Bernhardi, qui n’a pas eu un mot de protestation depuis qu’on a entendu sur les terres de la Belgique et de la France les pas des in-

PRÉFACE

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cendiaires, des voleurs et des assassins portant un uniforme à tout jamais déshonoré.

Henri Heine lui-même ne s*était pas assez libéré de l’esprit et du caporalisme prussien, que pourtant il détestait, pour échapper au rêve d’une domination universelle de l’Allemagne.

Nous savons trop, hélas ! comment, installés en maîtres sur notre territoire, miné de plus d’une façon, les Allemands, hospitalisés sans méfiance ou naturalisés sans précaution, ont préparé leur conquête. Ce n’est pas que les avertissements nous aient fait défaut. Dès 1872, un écrivain admirable, dont l’œuvre est supérieure à la renommée, Paul de Saint-Victor, nous donnait dans Barbares et Bandits des conseils singulièrement prophétiques. Il est tel chapitre sur Paris Grand Hôtel, où l’espionnage est dénoncé et flagellé avec vigueur, qu’on ne peut pas relire sans un sentiment de tristesse, d’amertume et de remords. Tandis que l’Allemand a la rancune tenace, nous avons la mémoire courte. Son obséquiosité provoque et trompe notre générosité. Il n’est servile que pour devenir arrogant. Il n’oublie rien. Henri Heine racontait qu’un jour dans un cabaret de bière de Gœttingue, un jeune Vieille-Allemagne criait qu’il fallait venger dans le sang des Français le supplice de Konradin de

Hohenstaufen, décapité à Naples en 1268! Et l’auteur de Germania ajoutait, en 1844! a Je vous conseille d’être sur vos gardes. Qu’il arrive ce qu’il voudra en Allemagne, tenez-vous toujours armés, demeurez tranquilles à votre poste, l’arme au bras. Je n’ai pour vous que de bonnes intentions, et J’ai été presque effrayé quand j’ai entendu dire dernièrement que vos ministres avaient le projet de désarmer la France.., ))

Insensible au conseil d’Henri Heine, comme elle fut indifférente aux rapports de Stoffel, la France se laissa surprendre par l’agression combinée de Bismarck et de Moltke. Et une fois encore, la leçon, quoique tragique, risqua d’être perdue. 11 me souvient dun maître laïque de mon enfance qui avait apposé sur les murs de son école deux grands écriteaux avec ces mots : ((Enfants, n’oubliez jamais 1870-1871. » Je crains que trop peu d’écoles aient lu des écriteaux semblables. Nous n’avons pas oublié, mais nous n’avons ^as assez haï. A force de nen pas parler, nous avons risqué de n'y penser plus et de méconnaître que les nobles revanches du droit tiennent plus au sort dès armes qu’aux arrêts problématiques d’un incer-

PREFACE

tain tribunal de justice internationale. L’hypocrisie allemande nous enveloppait et nous assoupissait peu à peu. Entre le Congrès de Berne et la déclaration de guerre, il s’est écoulé, en 1914, tout juste le temps qui sépara le printemps de l’été. Et c’est à Vienne que devait avoir lieu, le 15 septembre dernier, un nouveau congrès des sociétés pacifistes internationales, qui s’était assuré les bonnes grâces du comte Berchtold, ce Janus de la monarchie austro-hongroise, occupé sans doute au même moment à préparer contre la Serbie le perfide et odieux guet-apens d’où la guerre a surgi, préméditée et inévitable.

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L’^agression a mis toute la France debout. Ce miracle d’union agissante a déconcerté l’Allemagne. Le prince de Bülow, dont M. Paul Fiat analyse le livre célèbre avec une pénétrante finesse, a été sans doute le seul allemand qu’il n’ait pas surpris. N’est-ce pas lui qui a constaté (c Fîndestructibilité des forces vitales de la nation française » et n’a-t-il pas noté comme un de ses traits essentiels sa tendance à (( placer les besoins psychiques avant les besoins matériels » } Entre l’Allemagne et la

France, il y a toute la différence d’une machine à une âme. Notre âme est vivante, passionnée, frémissante. Ceux qui la jugeaient du dehors se réjouissaient ou s’affligeaient, selon qu’ils étaient nos adversaires ou nos amis, de ses hésitations, de ses soubresauts et de ses contradictions. Les uns et les autres se laissaient tromper par les apparences. Et peut-être nousmêmes, partageant cette erreur, aidions-nous à la répandre. On nous connaissait et nous nous connaissions mal. Nous étions divisés : on nous croyait irréconciliables. Nous étions légers : on nous disait corrompus. Nous amusions le monde : on nous proclamait incapables de défendre la France. Nous la défendons et nous la défendrons jusqu’au bout. Et ce jusqu au bout, qui est le cri de ralliement du pays unanime, sera fait,jusqu’au triomphe final et vengeur, de toutes les disciplines et de tous les sacrifices, de toutes les résignations et de tous les héroïsmes. C’est la France qui fera la victoire de la France.

Elle ne sera pas l’œuvre d’un homme, d’un gouvernement ou d’un parti. Voulue, poursuivie, obtenue par ^us, elle rejaillira sur tous en honneur et en gloire, depuis les soldats admirables qui ont écrit en lettres de sang une épopée sublime jusqu’aux mères stoïques dont la douleur a exalté le devoir et dont le cœur

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