‹ Vers le cœur de l'AmériqueChapitre 23 sur 37 · UN JOUR A BETHANY-CHURCH I · texte numérisé non relu

UN JOUR A BETHANY-CHURCH I

biblique, nous fûmes dans la grande salle de culte où se pressait un public très nombreux, parmi lequel beaucoup de jeunes gens et de jeunes filles. Les pasteurs firent de brèves allocutions, et de beaux chœurs furent chantés. Ces chants me remplissaient de bonheur, et je répétais en moi-même certains refrains qui, à eux seuls, sont des prières pleines d'àme et de puissance: nearer io theeî Tout l'ensemble de ces cultes me frappait par les éléments de vie qui s'y manifestaient partout. L'élément liturgique, traditionnel, y a sa large place; mais il se renouvelle tous les jours au contact de la piété actuelle. Le culte du souvenir s'y mêle à la réalité présente, en une heureuse proportion. Dans l'intervalle de deux chants, il se fit un silence. Absorbé dans les pensées que me suggérait cette musique, j'ignore pourquoi, juste à ce moment, j'eus le sentiment qu'il ferait bon entendre un solo. Comme une réponse immédiate au désir secret de mon cœur, je vis

Io8 VERS LE CŒUR DE l'aMÉRIQUE

s*avancer près de moi; sur la plate-forme, une dame vêtue de blanc, et pour moi une inconnue. D'une voix d'alto magnifique, mais toute pénétrée de cette intensité de vie religieuse que le plus bel art seul ne peut jamais atteindre, el!e chanta : Si fêtais une voix ! Depuis que j'avais entendu à Kœnigsfeld, à l'église des frères moraves: Herr wie du willst, chanté par une sœur inconnue, je n'avais plus entendu avec pareille force ce son direct de l'âme. Il me prit, il m'emporta sur les hauteurs de l'Évangile éternel où les morts sont vivants, où les aveugles ouvrent leurs yeux, où les langueurs sont guéries, le péché vaincu, l'espérance des saints accomplie. Cette voix me donnait en cette minute un don royal de bonheur supérieur, de pur et divin pressentiment de la vraie vie à travers nos terrestres obscurités. Les vers de Schiller chantaient dans ma mémoire:

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