LE QUAI AUX FLEURS
l'hiver
A Théodore Maiirer.
Cet hiver-ci n'est pas manqué; Il n'est misères qu'il n'invente; — Mais, comme en avril, sur le quai Les fleurs esclaves sont en vente.
En ce temps de neige, les fleurs Semblent par quelque charme écloses ; L'air gris fait valoir leurs couleurs, Et l'on embrasserait les roses.
Voici des lilas blancs pour vous, Les bien chères et les frileuses, Aussi jolis que vos bijoux Sur vos robes miraculeuses.
Les orangers qui fleuriraient Mieux, loin de notre bise infâme, Les camélias qui seraient Si bêtes, sans leur chair de femme.
Les muguets aux grelots d'argent, Les cyclamens, les clématites, Que j'admire, tout en songeant Qu'elles sont plus belles, petites.
Tous les bouquets de nos jardins, Les herbes même des prairies, L'orchidée offrant aux mondains Ses malsaines orfèvreries;
Toutes ces fleurs, sans liaisons Apparentes, d'été, d'automne, Et presque des quatre saisons, Chantent sur ce gris monotone.
Elles sont pâlottes un peu, En serre longtemps demeurées, Ces compagnes du coin du feu Qui vont être claquemurées.
LE Ql'AI AUX FLEURS l'hIVER. 23
Sans ce joli printemps fleuri, L'hiver déjà long serait pire.
— Les yeux des fleurs nous ont souri; Notre cœur leur rend ce sourire.