LES ENFANTS AU LUXEMBOURG. I
Les tout petits, déjà plus grands,
Sortent, déjà bien différents,
De la chrysalide laissée;
Et l'éveil est délicieux,
Sur le front, la bouche, les yeux,
Du mystère de la pensée.
Entendent-ils, étant élus, Ces voix que nous n'entendons plus, L'âme obscure et vague des choses ?
Sont-ils plus près, étant petits, Des feuilles vertes et des nids.
Des bêtes dans l'herbe et des roses?
Les petites filles enfin!... .
Le grain de la fleur est si fin Sur le front pur et sur la joue, Et si limpide, qu'on dirait Une poussière de duvet Où l'aube candide se joue.
Celles-là, belles aux yeux clairs, Qui minaudent et font des airs Comme les grandes demoiselles, Et celles qui tout simplement Sont dans un éblouissement Des chansons, des roses, des ailes.
J'en connaissais une, un amour, A qui j'aurais fait une cour Toute pleine de déférences, Rien que pour ses cheveux dorés, Pour ses chapeaux démesurés Et pour ses belles révérences.
Et tout cela joue au soleil ; C'est l'aube claire, c'est l'éveil, La lumière sans la nuée.
Pour nous qui touchons au déclin C'est dans des yeux couleur de lin La vie au loin continuée.