NOUVELLE ANNÉE
A François Coppée.
A la fin du siècle placée, Année à peine commencée, Nous gardes-tu des jours meilleurs?
Quel vent soufflera dans nos voiles?
Aurons-nous pour nous les étoiles?
L'été donnera-t-il des fleurs?
Seras-tu bonne? Es-tu Tamie Qui nous réserve l'accalmie Après tant de ciels nébuleux ?
Nous voudrions cueillir encore, Quand viendra mai qui les colore, Quelques bouquets roses et bleus.
Permettras-tu que nos pensées, Oubliant les laideurs passées, S'allument encore au flambeau Qui fait qu'on suivait notre race Lumineusement à la trace Vers les cimes pures du beau ?
Sois-nous clémente ! que ces choses Ténébreuses, pour toujours closes, Ne se rouvrent pns désormais.
Mais que se rouvrent les corolles De nos lèvres, pour des paroles Harmonieuses à jamais !
Comme la sève fleurit l'arbre, Statuaire, anime le marbre ; Qu'il vive et devienne la chair.
L'argile pure de la femme, Dont la forme vaut presque l'àme Et par qui vivre nous est cher!
Peintre, regarde la lumière !
Que la voix de l'aube première Te parle ; ou que le geste humain, Dans sa misère ou dans sa gloire, Le nôtre ou celui de l'histoire, Se transfigure sous ta main !