METAMORPHOSES
A Sully Prudhomme.
Maudire la vie, un blasphème!
Quand, à l'âge jeune où Ton aime,
On a l'extase du baiser,
Et quand on garde la pensée,
Jamais lasse ni dépensée,
Et par qui l'on peut tout oserl
Qu'importe la mort, si la vie Douloureuse, mais poursuivie Avec courage par les forts, En ses détresses, a des heures Si belles, et dont les meilleures Sont conquises par nos efforts?
Et puis, il se peut qu'on renaisse, Que les fleurs de notre Jeunesse Comme de beaux papillons d'or, Psychés pures, âmes des choses.
Vivent dans les métamorphoses Et soient nos jeunesses encor!
Après tout, qu'importe où l'on aille?
On est rouge de la bataille; A peine a-t-on senti les coups.
La mort a déchiré les voiles...
Si Dieu vivait! si les étoiles Étaient faites aussi pour nous !