A NOS FRERES DE PROVENCE
Et VOS cigales incessantes Musicales et caressantes Qui, pour sonner du tambourin, Sur vos pins aux cimes ardentes Frottent leurs élytres stridentes A leur fin corselet d'airain ;
Les doigts roses de votre aurore, Dont la mémoire vibre encore Pour les avoir vus une fois, Vos soirs si clairs dont Tâme errante Vient des orangers de Sorrente Et votre mistral aux cent voix ;
Vos filles d'Arles, ces statues Qui vivent, et qui sont vêtues, Ainsi que le veut leur beauté, D'un costume qu'une déesse Eût composé pour la jeunesse De son sein de marbre sculpté.
Dans vos campagnes éclatantes Chantez vos syllabes chantantes, Belles de leurs voyelles d'or!
Nous nous chauffons à votre flamme; Vos Mireilles ont eu notre âme.
Et leurs yeux la gardent encor.
Si notre ciel est un peu pâle,
Il est si doux! Nos soirs d'opale
Luisent sur le même chemin.
Nous avons la même folie...
L'Ile-de-France est bien jolie!
— Mes frères, donnons-nous la main.
Envoi
Et toi, bon poète de France, Qui, sans oublier la Durance, Voulus bien chanter parmi nous.
Mon ami de la première heure, Que la Muse, Arène, te pleure, Comme, hélas! nous te pleurons tous
A LÉOPOLD DAUPHIN, l3