A LEOPOLD DAUPHIN
Vous rappelez-vous, mon ami,
Ces Jours heureux, non à demi,
Que j'ai passés sous vos grands arbres,
Chez défunt Monsieur de Louvois,
Où l'on croyait ouïr des voix,
Les voix lointaines des vieux marbres ;
A la marge de la forêt Dont l'âme diverse userait.
Dans sa splendeur joyeuse ou triste, Avec ses chênes et ses fleurs, Toutes les boîtes de couleurs D'un poète paysagiste ;
Ses chênes de quatre cents ans,
Ses beaux sables éblouissants,
Ses bouleaux blancs comme des femmes,
Ses Bas Bréaux presque sans bruit,
Aux profondeurs qui sont la nuit,
Aux clairières qui sont des flammes.
Vos arbres comme vos buissons Avaient sans doute des pinsons, Des moineaux pour sûr et des merles, Qui pouvaient se mettre en émoi, Mais qui n'égrenaient pas pour moi Leurs vocalises et leurs perles.
Ils pouvaient bien être envieux :
Vos trois fillettes aux beaux yeux Chantaient bien mieux, je vous assure.
Je préférais les écouter ; Et vous, leur bon maître à chanter.
Battiez doctement la mesure.
Il fallait les voir, le matin.
Graves, malgré leur air mutin.
Je voulais dire les entendre, Chantant en chœur, à l'unisson, En suivant des yeux la leçon Du maître sévère mais tendre.
A LÉOPOLD DAUPHIN. l5
La Venise de Porpora, Que toujours mon cœur adora, Revivait avec sa lagune :
Vous aviez, c'était plus joli, Dans votre Corte Minelli Trois Consuelos au lieu d'une.
Jeannette, Tonton, Manitou, Déjà belles à rendre fou, Quoique encore toutes petites.
Se suivant à moins d'un empan Et comme une flûte de Pan Joignant leurs grâces inédites.
L'une se marie aujourd'hui Et ce clair souvenir a lui Tout justement dans ma pensée Pour aller lui dire merci, Et par justice, à vous aussi.
Sœurettes de la fiancée.
l6 IMPRESSIONS ET SOUVENIRS.