ARRIERE-SAISON
Pendant que l'arrière-saison Sonnait sur la mer sa fanfare, Dans cette petite maison Nous étions comme dans un phare ;
Pluie et vent et flot déferlé, Elle tremblait à leur secousse, Mais, lorsque vous m'aviez parlé, Je n'entendais qu'une voix douce,
Une voix qui me rappelait Celle des lointaines amies.
Et qui dans mon cœur réveillait Des notes d'amour endormies.
Malgré l'heure qui fait mon âge Si loin de votre mois de mai, Là-bas, dans ce grand paysage, Je crois que vous m'avez aimé.
Alors que pour la poésie Les femmes n'ont que de l'effroi, Votre âme, gentille et choisie, Par elle était venue à moi ;
Et je connus la fleur sincère, La fleurette d'un cœur charmant, Plus douce que la fleur de serre Qui n'est pas plus belle et qui ment.
Pendant que nous allions près de la mer mauvaise, Je sentais votre bras, mignonne, qui ne pèse Sur le mien que le poids juste de votre cœur ; Et les vieilles chansons se réveillaient en chœur Qui furent le concert de mes jeunes années. Précieuses encor, blanches et pardonnées, Les belles d'autrefois qui furent mes amours, Celles de qui je n'eus ni grâce ni secours, Qui tinrent si longtemps esclaves mes pensées, Etaient par la petite amoureuse effacées; Et c'était un bouquet léger et parfumé Fait d'un brin d'aubépine et d'une fleur de mai.
Les vagues à nos pieds roulaient démesurées. L'équinoxe, qui fait hurlantes les marées, Comme un fouet de terreur faisait claquer le vent. Les blanches visions qu'on appelle en rêvant S'envolaient de mon front, ailes effarouchées. Vos paroles d'amie alors sur moi penchées Étaient parmi le bruit despotique et mauvais Comme un chant de douceur caressante et de paix. Le soir vint et tomba sur les vagues calmées. De longs frissons de sable envolés en fumées Venaient à nous, légers, cinglants, harmonieux. Et nous baissions la tête et nous fermions les yeux.