FIGURINE
Ni de se rappeler Venise Et les marbres doublés par l'eau, Où ma mémoire divinise L'image de Consuelo,
En écoutant ces notes graves Qui dorent la couleur du son Et qu'elle donne sans entraves Avant sa première leçon.
Petite femme aux yeux plaisants, Exquise pour une amourette, La bonne odeur de tes seize ans Est le parfum d'une fleurette.
Est-ce épine blanche ou muguet Ou bien corolle d'églantine?
Tant est indécis le bouquet Qu'exhale ta grâce enfantine ;
Indécis, mais délicieux, D'une qualité fine et douce, Fait d'un mélange harmonieux De boutons naissants et de mousse.
FIGURINE. l35
Rare de forme et de couleurs, Rien qu'à regarder ta peau d'ambre, On s'imagine que des fleurs Sont auprès de vous dans la chambre ;
Et c'est un printemps en effet Que l'on respire et que l'on touche, Et dont le souffle pur est fait Du soutHe jeune de ta bouche !
l36 PETIT POÈME.
Rien ne vaut le printemps de ta jeunesse en fleur.
Avril vient seulement de poser la couleur,
La rose de ton sein charmant et de ta bouche :
C'est moins une couleur complète qu'une touche,
Mais si fraîche et si fine à la fois, qu'on dirait
Un bouton s'entr'ouvrant où l'abeille boirait.
C'est plus une lueur légère qu'une flamme.
Le passage est divin de l'enfant à la femme,
Et la forme n'a pas, quand a mûri l'été,
La grâce que l'on voit à la gracilité.
C'est le matin, c'est la lumière, c'est l'aurore;
Mais plus harmonieux et plus jolis encore!
Parce que c'est la vie elle-même, et la chair,
Le poème déjà chantant qui nous est cher,
Qui s'anime, qui luit, et vibre et s'évertue
Et fait la statuette annonçant la statue !
FIGURINE. l37
Petite Tanagra vivante,
Reste variée et mouvante,
Et dans des trouvailles d'accords
Redresse, courbe, change et plie
En des jeux de grâce accomplie
La jeune forme de ton corps.
Statuette fine et fragile, Bouge, fais parler ton argile, Tu n'offenses pas la beauté; Puisqu'au lieu d'une, c'est dix poses.
Poème de métamorphoses, Stances qui n'auraient pas chanté.
l38 PETIT POÈME.
Le mouvement qui rompt les lignes Fut proscrit en des vers insignes :
Il les déplace, mais aussi S'il les décompose, il en crée D'une formule inespérée, A qui le rythme dit merci.
Ma strophe se plaît à t'atteindre :
Tu vois bien que Je peux te peindre Comme si tu ne bougeais pas :
Voici, pures et dévêtues, Un rang de petites statues, Chantantes et marquant des pas.
Ou souriantes et penchées, De quelque frise détachées, Sur leur tète levant les bras.
Offrant la fleur de leur poitrine.
Et tu deviens une vitrine Tout entière de Tanagras,
ARRIÈRE-SAISON. iBq