UN TABLEAU
Au peintre Roybet.
D'autres blessés que nous laissent toute espérance ! Nous demeurons toujours le bon terroir de France : Nous gardons notre esprit, notre rêve, et jamais Nos femmes ne seront moins belles. Désormais, Pour être égaux à nous, nous ferons double tâche. L'homme qui s'abandonne et doute n'est qu'un lâche Et nous ne doutons pas de nous, étant Français, C'est-à-dire à moitié chemin de tout excès, Ayant le goût, ayant la force, ayant la grâce. Nous marchons notre pas et nous avons la trace De ceux qui jusqu'à nous marchèrent glorieux : Donc faisons aussi bien, ne pouvant faire mieux.
La Hollande au ciel bas enfanta des merveilles. Nous avons aujourd'hui des palettes pareilles.
l68 HOMMES ET CHOSES.
Franz Hais, qui fut très grand, saluerait sans hauteur
Un des nôtres qui peint, étant un créateur,
La vie et la figure humaine, ce prodige,
Où tout se trouve, l'âge et la fleur sur sa tige
Aussi bien que le fruit qui touche à son déclin ;
Puis l'esprit, quelquefois à se cacher enclin.
Mais qui souvent aussi se laisse si bien lire
Sur ces fronts que l'idée ardente vient élire
Et dont l'enseigne semble écrite avec des mots :
Ceux-là qui sont ici nous consolent des sots.
Maître, pour qui tressaille et pense la nature,
Tu fis cette vivante et royale peinture
Pour prouver qu'entre tous nous gardons notre rang :
Tu fus simple, tu fus sincère et même grand;
Et c'est pour la pensée une joie infinie
De sentir à jamais vivant notre génie !
PRIXnEROME. 169