PRIX DE ROME
A Emmanuel des Essarts.
Pour la main qui vise au trophée C'est la grande lyre d'Orphée Qu'on décroche encore une fois ; Ce sujet a son auréole.
Nos jeunes ténors de l'école Peuvent y donner de la voix.
Ils auraient pu, par un sort pire, Avoir quelque histoire d'empire Quelconque ou seulement romain, Quelque fait divers hébraïque, Ingrate et sèche mosaïque A rebuter l'œil et la main.
Ne pourrait-on changer de thème, Ne pas faire toujours le même Inévitable Scœvola, Trouver, fût-ce dans notre histoire, Quelque brûlure aussi notoire, Plus plaisante que celle-là.
Sans vouloir que la fantaisie. Pauvrette par l'aile saisie, Aille à sa guise dans le bleu, Trop d'habits verts Pont poursuivie ; Laissez-la regarder la vie Et souffrez qu'elle vole un peu.
O vénérables compétences, Imposer ces lourdes pitances A ces appétits de vingt ans !
Quand on est affamé de rêve, Quand l'aube de l'esprit se lève Sur les merveilles de ce temps !
Orphée ou non, il faut apprendre, Aller à l'école, pour rendre Ce qui vous hante, prose ou vers.
Tableau, palais, hymne ou statue, Qu'à marcher droit l'on s'évertue Puisqu'on va d'abord de travers.