‹ Vers le soirChapitre 79 sur 108 · A UN PAYSAGISTE · texte numérisé non relu

A UN PAYSAGISTE

A Paul de Frick.

Voici que rOrient se teinte de lueurs :

L'aube charmante va se lever sur les fleurs

Et perler en rosée aux cils des étamines.

Le bois dessine et peint le versant des collines;

L'air agite l'argent des feuilles du bouleau ;

Le ciel en souriant se regarde dans l'eau.

— Tressaille au pur loucher de cette heure première!

Le seul dieu qu'on ait vu Jamais, c'est la lumière !

Tressaille, et ne va point, si tu ne le sens pas, Traduire le concert qui chante sous tes pas. Il faut qu'en ton esprit vibre la symphonie, Ou le temple se ferme et ta tâche est finie.

A UN PAYSAGISTE. lOI

Phases du ciel, splendeur divine de l'été,

Il faut que ton pinceau transforme leur beauté,

Que Tor de la moisson ou la pourpre des roses,

Tout en restant exacts, deviennent d'autres choses.

Le modèle, qui pose infini sous tes yeux,

Doit se transfigurer pour être glorieux.

C'est toi, ton sentiment, qu'il t'importe de suivre :

A ce prix seulement ta peinture peut vivre!

l82 HOM M ESET CHOSES.

A Jean Mariel.

Jeune homme, voyageur poète, Je t'envie :

Le voyage est la porte ouverte sur la vie

Avec la clef des champs du rêve et du réel.

11 est des ciels charmants autres que notre ciel.

Le monde ne tient pas aux rives de la Seine :

Le drame humain comporte au loin plus d'une scène;

Tout ne s'y passe pas dans le même décor.

Après Venise, il est des Venises encor;

Des jours, des soirs qu'on n'a pas vus en sont les toiles :

Un charme est dans les yeux des nouvelles étoiles.

LES STATUES. l83

Page 1