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LES STATUES

^1 Gabriel Vicaire.

Assez de marbres, trop de bronzes!

Où va-t-on chercher tous ces bonzes Dont personne ne sait le nom?

Et dont on fait une statue, Où Rien du tout se perpétue, A qui l'histoire dira : Non !

Le préau vague d'une école, Le sein d'un comice agricole Pour ces bustes seraient assez; Au lieu de couronne murale Un profil d'urne électorale :

Ne regardez pas, et passez.

Mais on les dresse, ces faux marbres, Sur des places, parmi les arbres.

Dans le triomphe de l'été, Pour que s'y puisse reconnaître Homais, ou Pécuchet peut-être, A Trinqueville réputé !

Oh! cette gloire n'est pas mince!

— A quoi pense donc la province, La province qui vaut Paris, Nord ou Midi, que l'on renomme, Où naît aussi bien un grand homme Que ces pitres ternes et gris!

Quand deux de nos Titans attendent.

Vers les âmes de qui se tendent Toutes les forces de nos cœurs, Hugo dont la face est divine, Balzac qui crée et qui devine.

Ces géants, ces rois, ces vainqueurs !

Quand tant d'autres, bien grands encore. Dont notre France se décore.

Et qui la font belle toujours, Sont de ceux-là que l'on délaisse Pour des gens que tiennent en laisse Des programmes et des discours!

LES STATUES. l85

Quand notre Panthéon est vide,

Quand, près de nous, un peuple avide,

Avide aussi de ses héros,

Leur a partout dressé des temples,

Et, pour en faire des exemples,

Ne laisse pas blanchir leurs os !

Avons-nous perdu toute trace De ces vertus de notre race, Le goût, la mesure, l'esprit; Et voulons-nous sur quelque place Rencontrer, hélas ! face à face, Un grand ancêtre qui sourit!

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