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LA VOIX HUMAINE

Si nous aimons, si nous pensons, c'est un répit.

Le mal est là qui plane ou se pose accroupi

Sur ce que nous avons de noble. La pensée

Est, pour un point qui cède, une chose passée.

Ingénieux à naître à chacun de nos pas,

11 nous guette à toute heure et ne nous manque pas.

Tant mieux si vous avez des assises plus dures :

Torquemada savant, il trouva des tortures

Que l'homme qui ne fit jamais que l'imiter.

Moins habile que lui, ne sut pasMnventer.

Contre sa cruauté nous sommes sans défense,

Il nous menace, il nous mutile, il nous offense.

La jeunesse, il en fait bien vite des débris.

Soyez stoïque avec fierté, taisez vos cris.

Il vous assaille ou bien, tueur ami des ombres,

Il fait d'une figure altière des décombres.

Soyez certain qu'il veille alors que vous rêvez ;

Il est jaloux de nuire, et si vous écrivez

Ces poèmes par qui la vie est ennoblie,

N'ayez crainte qu'il vous épargne et vous oublie;

Il vous arrachera la plume de la main :

Tant mieux pour vous si c'est seulement pour demain.

— Pauvre homme ! sans le ciel d'aimer qui te rend ivre,

Que serait l'inconnu formidable de vivre?

A Georges Lafenestre.

C'est entendu, c'est très joli les âges morts :

A remuer leur cendre il en fut de très forts.

Mais notre époque, à nous, infinie et mouvante,

Vaut-elle moins pour eux parce qu'elle est vivante?

Se pourrait-il qu'un fait, présent à notre cœur,

Ne méritât de nous qu'un sourire moqueur,

Et pas le moindre accord de pensée ou de lyre ?

C'est fini du Permesse et du sacré délire,

Ou du moins quand on joue à dire : « Qu'y met-on ? »

De répondre toujours le même Marathon.

La Grèce, notre mère, est et demeure sainte;

Mais j'étouffe à rester priant dans son enceinte.

Et je demande l'air et le ciel de chez nous,

Pour relever la tête ou plier les genoux

Devant le vrai, devant le beau, devant le juste.

Ces dieux restent debout et leur socle est robuste.

Poète, l'uir le jour n'est pas en ton pouvoir :

La laideur et le mal, il faut aussi les voir ;

Crains les morts, et d'une âme ample et non asservie,

Parle-leur, mais surtout interroge la vie !

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