SOUVENIR DE
A Albert-Lefeiivre.
Cette mer sans bateaux et si peu maritime Manque de majesté comme de grâce intime. Pas de roc que le flot blancliisse d'un élan : Du sable, et puis du sable encor, sans premier plan. Pas le moindre profil de dune ou de falaise. Le kilomètre plat, à gauche, à droite, à l'aise, Se déroule, avec l'heure ou plus ou moins couvert. Pas un brin d'algue d'or ou de goémon vert. L'universel suffrage, à qui je rends hommage, En ces traits sans accent retrouve son image Et s'y complaît. D'ailleurs quelque dieu lui fit don D'une digue. La digue!... et digue, digue, don ! Pour le plus grand profit de la bêtise humaine, On s'y rencontre, on s'y retrouve, on s'y promène,
Et le souci des snobs et des atrophiés
Fait qu'on a de la peine à se mouiller les pieds.
Sous les feux plutôt frais de notre canicule Mouille-toi cependant sans trop de ridicule; Mais penses-tu vraiment qu'il faille à ta beauté L'hyperbolique excès de cette immensité?
Baigne-toi simplement, baigne avec bonhomie Ton spleen intermittent et ton anatomie, Sans exiger, rapide ou lent à te mouvoir, Que tout un littoral s'allonge pour te voir; Et souffre qu'une plage ait moins de quatre lieues. Si, dans un cadre étroit, les vagues sont plus bleues ?
Au Docteur Ch. Weiss.
Allons à Carteret vers les Iles Normandes. Les prés, le ciel, la mer, c'est ce que tu demandes, O mon vieux cœur, lassé des autres et de toi. Ce qu'on dit, ce qu'on fait, suscite non l'effroi Mais un dégoût nouveau des hommes et des choses. Un souffle desséchant a passé sur les roses. Parmi cette moisson d'ivraie où sont les fleurs ? La Vérité n'est plus dans son puits, mais ailleurs, Quelque part, on ne sait pas où, dans une étoile. Qui verra dans ses yeux, qui lèvera son voile ? Car elle n'est plus nue ainsi qu'on le disait : L'âme moderne fond et se perd au creuset Des trahisons, des faux, des parjures, des haines. Allons vers la beauté de nos côtes prochaines Où l'on contemple, où l'on passe, sans y songer, Les jours, à ces rumeurs infâmes étranger. Regardant les soleils sur l'étendue éclore, Etonné de sentir et de penser encore.