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CHAPITRE I

ACCROUPIE sur son rocher gigantesque, Constantine T Algérienne voit se creuser au long d'une de ses faces un ravin profond aux berges verticales et abrupies. Au fond de cette brèche étroite, le Rummel roule ses eaux tumultueuses, à une profondeur telle, que Tœil les aperçoit difficilement.

Une arche de fer, jetée sur le précipice, met en communication la ville avec les premières pentes du mont Mansourah. En face commencent les habitations de plaisance du faubourg de Mansourah, semées çà et là irrégulièrement au gré de la fantaisie des constructeurs. Plus haut, un peu à Técart, s'étagent cinq villas, avec jardin sur la route grimpante. La plus éloignée de Constantine, la plus importante, possède deux étages avec véranda et terrasse supérieure à la manière arabe. Cet ensemble de constructions appartient au commandant Gœrmain, le célèbre explorateur, l'officier distingué, dont l'audace, servie par une fortune de plusieurs mil* lions, a doté la France de nouveaux territoires dans ce nordouest du centre africain, pendant longtemps soumis seulement sur la carte à notre influence*

La dernière des villas, la plus grande, sert au logement de

la famille du commandant; là, entre deux expéditions, il vient se reposer au milieu des siens. Les quatre autres sont louées, et comme sur ce penchant de la colline on jouit d'un panorama admirable, les trois premières d'entre elles restent rarement inoccupées. La quatrième touche & la demeure de la famille Gœrmain ; en face d'elle un rideau d'arbres barre la vue, aussi demeure-t-elle quelquefois sans locataire. Ses propriétaires ne regrettent qu'à demi de la voir inutilisée, car les fenêtres de son premier étage dominent leur jardin, et les Gœrmain se sentent moins chez eux quand la villa voisine est habitée.

Depuis le 1" octobre, ce cottage, resté longtemps vide, avait un nouvel hôte, vivant seul avec un domestique nègre. Rentré d'une excursion dans la Tripoli laine et le Fezzan, il avait choisi, disait-il, cette habitation pour s'y reposer et classer dans la solitude de la campagne les notes et les collections rapportées de son expédition.

Ce voisin était peu gênant pour les Gœrmain. Jamais, depuis son arrivée, ils n'avaient aperçu de figure indiscrète à l'une des fenêtres d'où l'on pouvait voir dans leur jardin, et cependant le locataire, M. Hénoch, laissait fréquemment errer un regard inquisiteur dans l'enclos, voisin à travers les rideaux baissés de son premier étage.

Certes, la famille de l'explorateur se serait moins réjouie d'avoir un semblable locataire si elle avait connu le manège inquisiteur auquel il se livrait, surtout si elle avait été informée des véritables motifs de cet espionnage.

Cet Hénoch était en effet un agent secret d*une société étrangère dont le but était l'extension de la puissance coloniale de l'Italie en Afrique. Un traité liait Hénoch à cette société et lui assurait une prime assez forte s'il contribuait à faire échouer la mission française dirigée par le commandant Gœrmain et depuis peu parvenue au lac Tchad.

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Sortant peu, le locataire de la villa assistait, invisible spectateur, aux jeux quotidiens des enfants du commandant, qui, en compagnie de leur mère et de leur oncle, le jeune docteur Pennoël de Castillhon, passaient une partie de leurs matinées dans le jardin voisin-. Outre la grâce, un peu masculine peutêtre, de Mlle Renée, Taînée de ces enfants, accoutumée depuis Fâge de quinze ans, c'est-à-dire depuis quatre années, à prendre sa part de tous les sports auxquels se livrait son frère, une autre cause aurait pu encore attirer sur les deux adolescents l'attention d'un observateur moins intéressé, mais aussi peu discret qu'Hénoch; cette cause était leur ressemblance frappante. De même taille, ayant tous deux hérité die leur père une constitution robuste sous un aspect un peu frêle, tous deux bruns avec des traits d'une régularité parfaite et des yeux bleus d'une grande douceur d'expression, ils se distinguaient seulement par la dissemblance des costumes et la longueur de leurs chevelures; leurs noms même étaient semblables et le timbre de leurs voix était identique, René, plus jeune que sa sœur, rachetant la différence de sexe par la différence d'âge.

^ Dès les premiers jours de son installation, Hénoch avait été frappé par cette ressemblance extraordinaire du frère et de la sœur ; cette remarque avait accru son désir de ^e rapprocher de ses voisins et il s'était promis, tant pour satisfaire sa curiosité que pour servir sa politique, de saisir la première occasion d'entrer en relation avec eux.

Cette occasion devait lui être fortuitement offerte le 22 octobre de cette même année.

Ce jour-là, vers midi, on sonna à sa porte. Son domestique nègre étant absent, il alla lui-même ouvrir. Sur le seuil se tenait un Arabe d'une taille au-dessus de la moyenne. Vêtu à la façon des cavaliers des goums à la solde de la France, ce

représentant de la race superbe des frontières algériennes du Sahara paraissait âgé de trente-cinq à quarante ans, autant qu'il était permis d'en juger sous son ample costume et aux traits amaigris, par de longues épreuves récentes, de son visage fortement bronzé.

11 salua Hénoch et, dans un mauvais français à peine com* préhensible, il demanda Mme Gœrmain; Hénoch, très versé dans les divers idiomes mauritaniens, lui répondit en arabe que la femme du commandant demeurait dans la villa voisine; il lui proposa de l'accompagner chez elle h titre d'interprète. L'Arabe, joyeux de parler sa langue maternelle et croyant avoir affaire à un ami de la famille Gœrmain, accepta et entra chez Hénoch, pendant que ce dernier échangeait ses vêtements d'intérieur contre des habits moins négligés.

En flattant son hôte et sachant lui inspirer conflance, Hénoch parvint assez facilement à connaître le but de sa visite. Grand enfant, faisant exception & la majorité de ses compatriotes dont le caractère est peu expansif, l'Arabe était heureux, par son récit, de montrer l'importance de la mission dont il avait été chargé.

Hénoch avait devant lui l'un des indigènes qui, au nombre d'une soixantaine, avaient suivi le commandant Gœrmain et ses deux compagnons français, de Biskra au lac Tchad. Après avoir vaincu mille obstacles dans sa traversée du Sahara par le pays des Touareg, le commandant Gœrmain se trouvait en ce moment à Barroua, sur la rive septentrionale du Tchad; il y avait fait alliance avec le sultan du pays : mais, entouré de tribus hostiles à lui et surtout à son hôte, il se trouvait bloqué dans les États du roi de Barroua; tout moyen de quitter les rives du lac lui était interdit tant qu'un secours, dont il indiquait la nature dans une lettre adressée à Mme Gœrmain, lui ferait défaut. Il avait chargé le plus fidèle de ses compa-

Un « navire du désert ».

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gnons indigènes de la porter à destination, et le Zibânaîs* Sbâdjeri, parti à dos de méhari* et entré à Biskra la veille, après avoir traversé le désert au milieu de privations et d'épreuves de toutes sortes, n'avait pris que le temps de revêtir le costume de son goum, et, par la voie ferrée de Biskra à Constantine, était arrivé peu d'heures auparavant.

Suivi de Sbâdjeri, Hénoch alla sonner à la grille de la villa voisine. Toute la famille Gœrmain se trouvait réunie dans le jardin, et Hénoch, après avoir expliqué par suite de quelle méprise l'Arabe était venu frapper à sa porte, motiva sa visite.

« Sbâdjeri, dit-il, s'exprime difficilement en français, aussi ai-je cru bien faire en venant vous offrir mes services comme interprète, ignorant si vous seriez à même de pouvoir causer avec lui dans sa langue maternelle. »

Aucune des personnes présentes ne connaissait le pur arabe parlé dans les environs de Biskra, aussi la venue d'Hénoch, loin d'être importune, fut-elle accueillie avec joie; grâce à lui, on pourrait avoir des nouvelles du chef de la famille, de la bouche même de l'un de ses compagnons.

Mme Gœrmain s'était aussitôt emparée de la lettre portée par Sbâdjeri. Après l'avoir parcourue rapidement, elle en donna une lecture presque complète, oubliant I9, présence d'un étranger, dans sa hâte de faire partager à ses enfants la joie d'avoir enfin des nouvelles de l'absent.

Après avoir exposé succinctement les diverses péripéties de sa traversée du pays des Touareg, le commandant décrivait la situation de sa troupe, immobilisée sur les rives du Tchad par le mauvais vouloir des chefs voisins; il s'adressait à son beau-frère et le priait d'organiser une expédition de secours d'un genre spécial,

1. Zibânàis, Arabe natif des Zibans, région semée d'oasis autour de Biskra.

2. Méhari, chameau de course, auquel ses qualités exceptionnelles ont fait donner le nom de « navire du désert ».

« Mon beau-frère, écrivail-il k sa femme, ira trouver mon. ami le capitaine d'Ex, le hardi aérostier qui, dernièrement, a lancé de Gabès un ballon de son invention; lequel ballon, après avoir traversé le Sahara en sept jours, est allé se faire capturer à Tombouctou par nos compatriotes. Pennoël demandera au capitaine de se porter à mon secours. D'Ex m'a affirmé qu'il lui serait possible d'atteindre le lac Tchad par voie aérienne au moyen d'un aérostat; maintes fois il a regretté devant moi que le manque d'argent ne lui permit pas d'en tenter l'aventure. Pennoël mettra à sa disposition les fonds nécessaires h l'entreprise et je ne doute pas que, conduit par d'Ex, un ballon ne puisse parvenir jusqu'ici.

« Je saurai utiliser l'impression produite par cette arrivée sur mes superstitieux ennemis, et tous les obstacles disparaîtront, j'en suis persuadé. J'ai une si absolue confiance en d'Ex et en une expédition de ce genre conduite par lui, que je n'hésiterais pas à confier à son navire aérien un membre de ma famille et même ma fille Renée, car, à bord de l'aérostat de mon ami d'Ex, tous les dangers ordinaires courus par l'explorateur disparaîtront; on y sera autant en sûreté que sur le pont d'un bon navire commandé par le meilleur des capitaines.... »

Le commandant Gœrmain s'étendait ensuite longuement sur les conditions les plus favorables à la réussite d'une tentative de cette nature ; il priait son beau-frère de ne rien négliger pour s'assurer le concours du capitaine.

Au moment où Mme Gœrmain avait lu la partie de la lettre de son mari dans laquelle il était dit que le commandant n'hésiterait pas à confier même sa fille au hardi aérostier, l'esprit imaginatif d'Hénoch entrevit une combinaison qui, s'il parvenait à se faire agréer comme membre

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LA GENÈSE D'UN VOYAGE AÉRIEN AU LONG COURS. i5

de la future expédition, pourrait lui permettre d'avoir en Renée Gœrmain un précieux otagç pour l'entreprise qu'il méditait.

Peu scrupuleux sur le choix des moyens quand il s'agissait de servir ses intérêts, Hénoch, dont le caractère entêté était servi par une volonté persistante d'arriver quand même au but, résolut d'utiliser sa situation d'interprète pour persuader aux Gœrmain que, par la bouche de son messager, le commandant exprimait le désir de voir sa fille Renée accompagner son oncle au cours du voyage vers le Tchad.

Il eût été fort difficile à Hénoch d arriver à convaincre MmevGœrmain d'une pareille chose, même en prêtant à Sbâdjeri un rapport exact des propres paroles du commandant, si un autre passage de la lettre n'avait pu être habiier ment interprété dans le même sens, ce qu'Hénoch s'empressa de faire, sans trop insister toutefois, de façon à ne pas laisser percer son secret désir. Il comptait surtout sur le temps pour amener la persuasion et déterminer l'acceptation de la mère, car il ne doutait pas de celle de la jeune fille, que la perspective d'aller rejoindre son père par un moyen extraordinaire allait certainement enthousiasmer.

Les mots qu'Hénoch se promit d'exploiter en vue de la réussite de son plan se trouvaient dans une partie de la lettre qui, on le devinait, avait été écrite rapidement par l'absent, sous l'empire d'une certaine mélancolie due à l'éloignement des siens. Après avoir décrit le lieu où s'était installée sa petite troupe et en avoir vanté les beautés, M. Gœrmain ajoutait :

« Malgré cette magnificence de la végétation, malgré le peu de loisirs que me laissent mes occupations, souvent une grande tristesse m'envahit à me sentir loin de vous tous, et je me dis que tout serait parfait à l'heure présente si nous étions

réunis ou si au moins Tun de mes enfanls, ou toi, ma femme chérie, éliez près de moi. Je pense alors combien souvent ma chère Renée me témoigna son désir de m'accompagner dans mes expéditions; je me ressouviens aussi que, pour combattre mes objections, elle me citait de nombreux exemples d'explorations faites par des femmes, et il me vient des regrets de n'avoir jamais voulu prendre sa proposition au sérieux. Que n'est-elle près de moi, cette chère Renée! ici elle verrait le pays féerique de ses rêves.... »

Lors des commentaires que chacun fît des divers passages de la lettre du commandant, Hénoch demanda, comme en plaisantant, à la jeune fille si elle se rendrait au vœu exprimé par son père, et s'informa si elle était résolue à faire partie de la future expédition. En entendant Hénoch émettre lopinion que le commandant demandait à sa fille de le rejoindre, chacun se récria, disant que pareille idée n'avait pu venir à un père, et affirmant que les phrases contenues dans sa lettre étaient la simple expression de ses rêveries. Seule la jeune fille protesta : ces deux passages où son père parlait d'elle n'étaient-ils pas une preuve éclatante de son désir de la voir entreprendre un voyage qu'il considérait sans danger?

Hénoch, tout en paraissant fort peiné d'avoir soulevé cet. incident et induit la jeune fille à demander à partir, sut habilement, sans inspirer la défiance, la soutenir dans son interprétation de la lettre de son père. Puis, tout à coup, et comme pour réparer la faute qu'il avait commise, il proposa d'interroger Sbâdjeri afin de connaître si le commandant Gœrmain lui avait parlé d'une participation possible de Renée à l'expédition de secours. Mme Gœrmain y consentit aisément, le résultat de cette épreuve devant être, à son sens, d'enlever à sa fille cette pensée inouïe que son père avait pu

songer à réxposér à des périls tels que peu de femmes. faites ont encore osé les affronter.

Comme seul Hénoch connaissait la langue arabe, il lui fut facile dé placer dans la bouche de Sbâdjeri des paroles dont ce dernier ne pouvait contrôler la traduction, et le dialogue suivant s'établit entre eux :

Hénoch (s'exprimant en arabe et s'adressant à Sbâdjeri). — Le conamandant Gœrmain vous a-t-il quelquefois parlé de sa fille?

Sbâdjeri (répondant dans sa langue maternelle). — Bien rarement, peut-être jamais ; je ne connaissais pas la famille du chef.

Hénoch (traduisant en français). — Sbâdjeri me dit que le commandant Tentretenait fréquemment de sa fille et de son désir de l'avoir près de lui.

Pennoel. — Demandez, je vous prie, à cet Arabe si mon beau-frère lui a exprimé la volonté de voir Renée le rejoindre.

Hénoch (en arabe à Sbâdjeri). — Voyons, faites un effort, et tâchez de vous rappeler ce que le commandant vous a dit de sa fille Renée.

Sbâdjeri (cherchant). — Je ne me rappelle point.... Cependant si. Au moment de mon départ il m'a recommandé de lui dire qu'il appelait sur tous les siens les bénédictions d'Allah ; il m'a recommandé aussi de leur dire qu'il était en bonne santé. Le commandant n'a jamais été malade, c'est un homme de fer.

Hénoch (traduisant). — Voici les propres paroles du commandant rapportées par Sbâdjeri,... j'en suis au désespoir, mais la vérité avant tout : « Tu diras à ma fille que si elle « veut me rejoindre, comme elle en a maintes fois manifesté « l'intention, je ne m'y opposé pas. Elle n'a rien à craindre

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n en employant pour venir à moi le chemin suivi par les « nuages. »>

— Vous le voyez, s'écria Renée triomphante, mon père le veut; je partirai. Merci, monsieur. Merci, Sbftdjeri. »>

Mme Gœrmain et son frère étaient stupéfaits ; par quelle aberration le commandant avait-il pu prononcer de pareilles paroles? Ils prièrent llénoch de renouveler ses questions à Sb&djeri. Il le fit, reçut la même réponse de TArabe étonné et traduisit de la même façon infidèle conforme à ses vues secrètes.

« C'est incroyable! s'écria Pennoël, comment mon beaufrère, un homme si sage?... 11 faut que véritablement!... Enfin, je n'y puis rien comprendre. »

Mme Gœrmain faisait peine à voir. La pauvre femme se croyait l'objet d'un cauchemar affreux. Devant la volonté si nettement exprimée de son mari, elle sentait bien qu'elle ne pourrait résister. Il lui faudrait se séparer de sa Renée, plus que jamais désireuse de se lancer à travers des périls peu faits pour être affrontés par son sexe et forte maintenant de l'autorisation paternelle.

Celle autorisation donnée à sa fille par le commandant Gœrmain, l'infortunée mère ne pouvait y croire; cependant comment douter de la parole de Sbâdjeri que, elle s'en souvenait maintenant, son mari lui avait maintes fois vanté comme un modèle de loyauté? Comment aurait-elle pu songer que cet Hénoch, cet inconnu de la veille, eût pu ne pas traduire fidèlement les paroles de l'Arabe? Puis la lettre de son mari n'était-elle pas là, semblant affirmer son désir de voir Renée le rejoindre?

Tout son être se révoltait à la pensée de permettre à son enfant une pareille folie; cependant, en épouse soumise, elle savait bien qu'elle ne pourrait résister à la volonté de l'ab-

sent. Aurait-elle le cœur de lui faire la cruelle surprise de lui envoyer le secours désiré sans sa Renée qu'il appelait et qui voulait le rejoindre? Ne serait-ce pas un crime de sa part de le priver de la consolation qu'il demandait au milieu de ses tristesses d'exilé?

Hénoch ayant produit l'effet qu'il cherchait ne tarda pas à quitter la villa des Gœrmain en emmenant avec lui Sbâdjeri; mais il ne s'éloigna pas sans emporter la promesse qu'on s'adresserait à lui à titre d'interprète toutes les fois que les Gœrmain désireraient avoir de l'Arabe de nouveaux détails.

Hénoch tenait à ne pas s'imposer. Il avait su se rendre nécessaire et comptait sur le temps pour arriver à conquérir peu à peu la pleine confiance de ses voisins; au moment voulu, il offrirait ses services comme interprète de l'expédition.

Sbâdjeri n'accepta pas de loger sous le toit des Gœrmain, qui eussent été heureux d'avoir auprès d'eux l'un des compagnons du chef de la famille. L'Arabe se proposait de rejoindre bientôt les rives du Tchad soit par la voie de la Tripolitaine, soit par la route qu'il avait déjà parcourue deux fois avec succès, lui l'enfant du désert, et il avait hâte d'aller retrouver les siens près de Biskra et de passer au milieu d'eux les quelques jours qui s'écouleraient avant son départ. Il donna le moyen de le prévenir si on avait besoin de lui, et promit d'accourir au premier signal.

Pennoël, sans perdre un instant, descendit à Constantine s'inquiéter de la garnison actuelle du capitaine d'Exj le chef désigné de la future expédition, avec lequel il voulait aussitôt entrer en relation. Il apprit avec joie qu'il résidait à deux heures de chemin de fer seulement, à Philippeville, et par un télégramme il lui annonça sa visite pour le lendemain à midi,

se recommandant auprès de lui du nom du commandant Gœrmain.

Peu d'heures après, la réponse de d*Ex arrivait. Il attendait Pennoël au jour et à Theure dits, et se réjouissait d'avoir par lui des nouvelles récentes de son ami le célèbre explorateur.

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