Scène v
Nous nous entretenions comme de gais amants. Je t'aimais, tu m'aimais. Oh! quels enivrements!
Henriette.
Comme vous passiej vite, adorables soirées!
C'était l'hiver, la nuit abrégeait les vesprées.
Henriette.
Et comme nous courions, parlant à demi-voix. Dans la neige, ignorant si les vents étaient froids!
Henri.
Je t'aimais en ce temps où les portes sont closes, Où l'on s'embrasse, où l'on dit mille folles choses Près de l'âtre où souvent le feu ne flambait plus. Mais nous n'en savions rien tous les deux! Tu me plus Dans la morne saison où le grand ciel s'ennuie D'être toujours rayé par la bise et la pluie. 0 folle! tu jouais avec mes vieux bouquins. Lorsque je regardais tes petits brodequins Revenir au logis, crottés et tout humides. Je disais : Espérons! quand les bourgeons timides Annonceront avril et les prés refieuris. On pourra s'envoler pour un jour de Paris.
Les arbres j enivrés de leur nouvelle sève, Ombrageront la mousse. Oui, j'avais fait ce rêve. Je nous voyais tous deux marcher, jeunes et fous, Eveillant les échos bruyants autour de nous. L'hiver est loin déjà; les chansons éclatantes Agitent le rideau des feuilles palpitantes. Je suis seul! Et pourtant, voilà bien le décor Rêvé pour le bonheur!
Henriette . Un jetant ses bras autour du cou.
Nous sommes deux encor!
Que me dis-tu!
Henriette.
Henri, c'est l'époque des roses :
Les roses auraient peur devant nos fronts moroses, Aimons-nous et rions! Ecoute dans mon sein Mon cœur se ranimer et battre le tocsin. Oui, tu verras mes pieds vagabonder dans l'herbe Et mes mains entasser les pervenches en gerbe. Viens! l'air retentira du cri de nos amours, Je suis folle de joie, et je t'aime toujours!
Henri.
Ah! reste dans mes bras ! Reste, que je la baise Cette tète adorée. Ah! mauvaise! mauvaise!