Scène preisiière
Quand on se pend longtemps après une sonnette. Le cordon, un beau jour, se casse.
Blondtne.
Grand malheur!
On en achète un autre. Après?
Henri.
0 lèvre en Jleur !
Vous riei! Le moulin, haut perché sur la butte, Sait où votre bonnet, hier, fit sa culbute Au bruit des rires fous et des claires chansons. Et, si nous cherchions bien, dans les prochains buissons Les rubans du bonnet se trouveraient encore. Abeille, vous savej où le miel se picore : Ce corsage, ces yeux vifs, témoins éclatants, Vont proclamer partout vos Jeunes dix-huit ans. Mais moi! comme un vieillard dont la nuque grisonne, En matière d'amour, hélas! je déraisonne. Et, malgré les appels de vos yeux embrasés. Ma lèvre ne sait plus où nichent les baisers!
Blondine.
Les cantonniers sont là pour indiquer la voie.
Henri.
Non! ils se cachent tous, de peur qu'on ne les voie.
Blondine.
Ecoutei! à me voir on dirait^ je le sais.
Une cervelle en l'air. Pourtant j'ai des accès
De bonté qui parfois traversent ma folie.
Je connais les sentiers de la mélancolie.
Vous souffrei, je l'ai vu ; car^ par les jours d'été.
Celui qui s'en va seul est un être attristé.
Lorsqu'on entend frémir les airs de la guinguette,
Que le plaisir à deux vous appelle et vous guette,
Et quil fait du soleil, il faut souffrir, vraiment,
Pour se complaire ainsi dans son isolement!
Or, moi qui ris toujours, je n'aime pas qu'on pleure.
Je vous suivais depuis quelque temps. Tout à l'heure,
Quand vous avej Jeté ce cri désespéré,
Je nais, et mon cœur s'est tout à coup serré.
Cela m'a fait du mal. Et puis je suis venue
Tendre à votre douleur une main, inconnue
Il est vrai, mais qui peut rendre vos maux moins lourds.
Allei-vous repousser ma patte de velours?
Henri.
Cette petite main, je l'aime et je la baise, Mais elle ne peut rien pour moi. Je suis obèse, Triste, cassé. Mon âge est absurde.
Blondine.
Ah! vieillard!
Votre hâtif hiver est formé de brouillard ;