‹ Vers les temps meilleursChapitre 26 sur 50 · SÉPARA TION DES ÉGLISES ET DE L'ÉTA T · texte numérisé non relu

SÉPARA TION DES ÉGLISES ET DE L'ÉTA T

charte d'Angleterre ; Innocent X refusa de reconnaître la paix de Westphalie, qui garantissait aux réformés le libre exercice de leur religion. Grégoire XVI accueillit la constitution belge de 1832 par une encyclique qui déclarait absurde la liberté de conscience, et pestilente la liberté de la presse. Rome fulmina contre les lois espagnoles sur la liberté du culte et même contre la constitution de la catholique Autriche, qu'elle déclara abominable, ahominahilis , parce qu'elle permet aux protestants et aux Israélites d'ouvrir pour eux-mêmes des établissements d'instruction et d'éducation. Rome enfin condamne tous les États actuels de l'Europe, hors la Russie. Le Syllahus dit au § 80 : « Ceux-là sont plongés dans une erreur coupable qui prétendent que le pape peut et doit se réconcilier et composer avec le progrès, le libéralisme et la civilisation moderne ».

Tout pouvoir indépendant du pape est un pouvoir illégitime, tout pouvoir qui lui désobéit est un pouvoir criminel. Dans la lutte récente des moines contre la République française, quand le dominicain Didon avertit, au nom de l'Église, les généraux que les pouvoirs trop débonnaires devaient être déposés, quand il menaça de déchéance le pitoyable Félix Faure et ses ministres, coupables de mansuétude envers des hommes odieux, qui avaient en propre une idée de la justice, ce moine était dans la tradition ecclésiastique et se conformait à la vingt-troisième proposition du Syllabiis, portant que les papes peuvent, aujourd'hui comme autrefois, déposer les rois à leur gré et

faire don à qui bon leur semble des nations et des royaumes.

Sans doute, les rois très chrétiens, les rois catholiques, les ministres des gouvernements pieux qui sont tombés dans la désobéissance et l'infidélité, s'ils se repentent et s'il en est temps encore, elle les reçoit à merci. Mais vous, républicains, socialistes, libres penseurs, vous, ministres et représentants d'une République qui refuse de se soumettre à l'autorité du pape, vous n'avez pas de pardon à attendre d'elle, vous êtes à ses yeux comme si vous n'étiez pas, puisque vous n'êtes plus catholiques. Elle vous a irrévocablement jugés et condamnés. Elle hâte le moment d'exécuter la sentence. Vous êtes ses vaincus et ses prisonniers. Elle augmente tous les jours son armée d'occupation ; elle étend tous les jours ses conquêtes. Elle vous a pris déjà le gros de votre bourgeoisie ; elle enlève des villes entières, assiège les usines ; elle a des intelligences, vous le savez bien, dans vos administrations, dans vos ministères, dans vos tribunaux, dans le commandement de votre armée.

Votre propre Église, l'Église des Gaules a passé à l'étranger. Vous n'avez plus chez vous qu'une milice ultramontaine, des prêtres, des moines, soldats du pape, qui campent dans la République démantelée.

Vos évêques sont vos ennemis irrités. L'Église de Rome les instruit et les anime à vous combattre.

Ne lui demandez pas la paix, elle ne veut pas, elle ne peut pas vous l'accorder. Si vous suivez à son égard les règles de vos prédécesseurs, la politique de

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