‹ Vers les temps meilleursChapitre 25 sur 50 · SÉPARATION DES ÉGLISES ET DE L'ÉTAT · texte numérisé non relu

SÉPARATION DES ÉGLISES ET DE L'ÉTAT

bras séculier à Tobéissance. En vertu du Concordat, M. Loubet, successeur de Charlemagne, est, dans la Gaule chrétienne, le vicaire temporel du pape. Si la soumission du président de la République à l'Église n'est pas entière et pleine, s'il ne tire pas l'épée pour restituer à Pierre son patrimoine, son mauvais naturel et le malheur des temps en sont cause. Cette calamité peut cesser. Mais si le Concordat est déchiré, le Saint-Siège perd le seul titre qui lui reste à participer au gouvernement de la République. Il n'a plus de prise sur la France.

Rome veut maintenir le principe concordataire comme un reste de son vieux droit inquisitorial.

II ne faut pas dire de l'Église qu'autrefois elle faisait exécuter ses sentences par la justice laïque et qu'elle y a renoncé. Elle ne renonce jamais. Il ne faut pas dire qu'elle a changé. Elle ne change jamais. Tout se meut, elle demeure immobile ; et, quand on s'en étonne, elle répond qu'elle est un miracle. Aujourd'hui, comme autrefois, elle s'attribue une puissance temporelle, directe et indirecte, ce qu'elle appelle le pouvoir pénal politique et corporel. L'Église considère toujours que le bras séculier a le devoir de brûler les hérétiques et que la méchanceté des hommes est seule cause qu'il ne le fait plus. Les papes actuels pensent du Saint-Office exactement ce qu'en pensaient leurs prédécesseurs, Innocent III et Paul III. Au milieu du dix-neuvième siècle (en 1853), cette même Civiltà Caitolica, organe du Gesù, présentait l'inquisition comme le couronnement de toute

perfection sociale. Et, dans le même temps, V Univers, de Louis Veuillot, en admirait ce la justice sublime » et la célébrait comme « un vrai miracle » .

Il en appelait de tous ses vœux l'heureuse restauration, affirmant le droit et le devoir du pape de la restituer à tous^les peuples.

L'Église de Rome prétend à l'autorité civile et politique sur tout l'univers. C'est parce qu'elle est une puissance spirituelle, qu'elle est une puissance temporelle. C'est pour que les âmes lui soient effectivement soumises qu'elle entreprend la soumission des corps. Il est vrai qu'elle s'élève au-dessus de toutes les choses de ce monde ; 41 est également vrai qu'elle les enveloppe et les pénètre. Elle domine la terre, mais elle est de la terre. Et quand nos hommes d'Etat et nos législateurs lui demandent de se renfermer dans son domaine spirituel, et nous assurent qu'elle le fera sans faute et s'en trouvera bien, à moins qu'ils ne soient vraiment trop simples, c'est apparemment qu'ils se moquent ou d'elle ou de nous.

Si l'infaillibilité du pape en matière de dogme est d'ordre théologique, l'infaillibilité du pape en matière de morale est d'ordre politique ; c'est la mainmise sur toutes les consciences, c'est la direction temporelle des sociétés, c'est le Syllabus imposé aux États comme acte constitutionnel.

Il faut admirer la constance des papes à combattre les gouvernements qui ne se mettent pas tout entiers dans leur obéissance et réservent aux peuples quelque liberté. Innocent III condamna la grande

Page 1