DROIT SYNDICAL DES INSTITUTEURS
11 n'importe. Ces minisires- là passeront aussi. Et vous demeurerez. Vous ne vous lasserez pas de réclamer la capacité syndicale pleine et entière. La capacité syndicale peut seule vous affranchir de la tutelle des bureaux. Vous ne le savez que trop: la direction de l'enseignement primaire est aux mains des politiciens qui nomment et révoquent les instituteurs, par le moyen des préfets.
« Quelle confiance, demande douloureusement l'un des vôtres, le citoyen Glay, quelle confiance pouvons-nous avoir dans une administration qui avoue très sincèrement qu'elle ne peut pas administrer ? ))
Citoyens instituteurs, vous vous faites du syndicalisme l'idée la plus haute. Vous ne considérez pas seulement que cette institution vous fournira les moyens de défendre vos intérêts professionnels. Vous y recherchez surtout des avantages d'ordre public.
a Les syndicats, est-il dit dans votre manifeste, doivent rendre profitable à la collectivité la fonction sociale que ses membres remplissent.
« Les syndicats doivent se préparer à constituer les cadres des futures organisations autonomes auxquelles l'État remettra le soin d'assurer sous son contrôle et sous leur contrôle réciproque les services progressivement socialisés, d
C'est avec celte hauteur de vues et celle générosité que vous demandez à appartenir effectivement à la Confédération générale du travail.
Vous voulez enjrer, à titre d'instituteurs, dans les bourses du travail. Et vous avez raison. Parce que les bourses du travail sont les organes nécessaires de la classe ouvrière et que le droit et le devoir des travailleurs organisés est d'en faire partie.
Vous savez d'avance, Citoyens, quelle opposition vos desseins rencontreront de la part des défenseurs de Tordre actuel. Je devrais dire du désordre actuel. Les employés de l'État syndiqués et fédérés, s'écrient les journaux conservateurs, c'est le pouvoir, c'est la volonté nationale répartie entre de grandes associations, constituées à l'instar de ces grands corps de l'ancien régime, contre lesquels l'absolutisme royal avait lutté vainement durant plusieurs siècles et qu'il a fallu frapper à coups de révolutions.
Et voilà nos libéraux bourgeois, nos hommes de 89, partis en guerre contre les parlements corporatifs.
Pour nous, socialistes, qui croyons que les services publics doivent être autonomes, et qui demandons que l'exploitation en soit remise aux mains des corporations pour que celles-ci les exploitent en toute indépendance, sous la surveillance de l'Etat, nous vous suivrons jusqu'au bout de votre magnifique effort.
Que fut l'État jusqu'ici? Une direction.
Que doit-il être ? Un contrôle.
Il est de principe parmi les nôtres que l'avancement des fonctionnaires, leur déplacement, leur traitement soient débattus entre leurs délégués et
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leurs chefs hiérarchiques, comme le salaire d'un ouvrier d'usine est débattu entre son syndicat et son patron.
Et quels mauvais prétextes on allègue pour vous dénier la capacité syndicale. On va jusqu'à dire que vous en pourriez user pour vous mettre en grève, comme si (à supposer que le droit de grève découle de la capacité syndicale) vous ne jugiez pas tous unanimement que votre devoir, dans les grèves qui se produiront d'année en année plus vastes et plus fréquentes, sera de garder avec sollicitude les enfants des prolétaires.
Citoyens instituteurs,
Par votre action qui se combine avec l'action du prolétariat tout entier, les forces éparses se réunissent, une pensée commune les anime, et bientôt à la vieille loi de l'arbitraire et de l'autorité brutale succédera la loi nouvelle, la douce loi d'harmonie, la loi de solidarité féconde.
Saluons le syndicat des instituteurs.
Dépêche lue
à la troisième conférence internationale
de Londres en faveur de l'Arménie,
le 23 février 1906.
Je vous prie d'affirmer notre communion avec le noble peuple anglais pour la défense des Arméniens, des Macédoniens en qui sont violés, malgré les traités, tous les droits humains.
Je porte la santé du très illustre et très vénéré James Bryce.
Anatole France.
Note. — Cette conférence eut lieu au Westminster Palace Hôtel, sous la présidence de M. d'Estournelles de Constant.
Discours prononcé à la réunion
organisée en l'honneur de Théophile Braga,
le 24 février 1906.
Citoyennes, Citoyens,
Cette réunion a été organisée par la Société des Études portugaises, avec le concours de l'Association générale des étudiants, de la Société positiviste d'enseignement et des Universités populaires. Je dois des remerciements très respectueux à ceux qui m'ont élevé à la présidence de cette fête : aux positivistes qui savent que je ne suis pas des leurs, mais qui savent aussi l'estime que je leur porte et qui surtout n'ignorent pas qu'on peut, sans èlre positiviste, tenir Auguste Comte pour la plus
Note. — Cette réunion, organisée par la Société des Études Portugaises de Paris, avec le concours de la Société positiviste d'Enseignement, de l'Association générale des Étudiants, et des Universités populaires, pour le jubilé intellectuel de Théophile Braga, eut lieu dans la salle de la Société de Géographie. M. Anatole France présidait, assisté de MM. le général André, Xavier de Carvalho, Emile Corra, Bartholomeu Ferreira, conseiller de la Légation de Portugal, représentant le ministre, Maxime Formont, Louis Havet, Auguste Keufer, Paul Painlevé, Edouard Pelletan, Jean Psichari et Gabriel Séailles.
puissante intelligence philosophique du xix» siècle. Je dois des remerciements à l'Association générale des étudiants, pour laquelle je sens la plus vive et la plus tendre sympathie. Je crains seulement que les étudiants ne me trouvent trop jeune. Qu'ils m'excusent. Ils atteindront à leur tour l'âge où les esprits sereins rencontrent, dans le calme et la liberté, leur fontaine de Jouvence. Je dois enfin des remerciements à la Société des Études portugaises qui, célébrant les noces d'or d'un savant avec la Muse, a permis qu'un fidèle serviteur de la Muse présidât à cette auguste cérémonie.
Braga est poète dans un peuple de poètes. Il est aussi philosophe, critique, jurisconsulte et toujours uni à la Muse, car la Muse, chez les modernes, s'appelle Encyclopédie.
Theophilo Braga, comme on l'a dit, est l'homme des grandes tâches. Poète, il chanta l'épopée humaine en quarante mille vers; crilique,ilécrivit l'histoire de la littérature portugaise en trente-deux volumes.
Il est le fondateur de l'École dite de Coïmbre qui procède à la réforme intellectuelle par la philosophie positive. Comment il a interprété et développé la doctrine d'Auguste Comte, c'est ce qu'Emile Corra va nous apprendre. Je veux seulement marquer les deux traits caractéristiques de cet esprit qui exerce dans son pays un puissant empire sur les intelligences. Theophilo Braga est libre penseur et républicain.
Qu'il reçoive par ma bouche le salut des républicains et des libres penseurs de France. M. Maxime
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Forment et le généreux promoteur de cette fête, M. Xavier de Carvalho, vous diront comment aux plus hautes facultés de l'esprit Theophilo Braga unit les plus belles qualités du cœur.
Il fit connaître, comprendre, admirer dans son pays la pensée française. Il aima la France en Diderot, en Michelet, en Auguste Comte. Qu'à notre tour nous connaissions, nous aimions en Theophilo Braga la grande famille de langue portugaise.
Et ce n'est pas assez ; connaissons, aimons ce peuple portugais, ce peuple brésilien, dont Braga est, à cette heure, plus que tout autre, la lumière et la conscience. De tout temps, sans doute, un commerce d'esprit s'est formé entre les peuples. Les littératures nationales se sont toutes les unes les autres pénétrées et mêlées. Les chants ont traversé les airs et les philosophies franchi les frontières. C'est ainsi, pour prendre un exemple dans le sujet même de notre réunion, que la poésie portugaise, à son origine, s'est pénétrée de poésie provençale et italienne.
Mais, dans l'état présent de la civilisation et au point où nous sommes parvenus de l'organisation des sociétés, il ne suffit plus que les peuples échangent entre eux la fleur de leurs langages et l'essence de leurs pensées. Il faut encore, et ce sera l'œuvre de ce siècle, il faut encore qu'ils échangent, autant que les produits de leur sol et de leur industrie, leurs pensées intimes sur le travail et la vie. Il faut que les prolétaires de l'Europe et du monde instituent la puissante communauté de leurs craintes, de leurs
espérances et de leurs desseins. Il faut que, en même temps que les cerveaux des peuples correspondent, leurs entrailles s'émeuvent dans une mutuelle sympathie. Et c'est pour cela que nous avons voulu que le prolétariat fût représenté à cette fête intellectuelle et qu'Auguste Keufer, le secrétaire de la Fédération du Livre, y prît la parole. Il faut aux vieilles rivalités des princes substituer l'union des travailleurs et créer pour les peuples, par les peuples, l'amitié réciproque des patries.
Les patries ! Gardons, respectons, soutenons ces organisations nationales qui sont pour nous, en l'état actuel de l'humanité, les formes nécessaires de la vie sociale. Songeons que la désagrégation des peuples de liberté, la déchéance des nations intellectuelles amèneraient bientôt un régime d'autocratie barbare sur l'Europe latine, loin de préparer l'union des peuples libérés.
Les patries doivent entrer, non pas mortes, mais vivantes dans la Fédération universelle. C'est par la vertu des peuples fidèles à leur génie, respectueux des autres peuples, respectueux d'eux-mêmes, que se réalisera un jour le rêve du vieux prophète d'Israël : La maison d'Iaveh sera établie sur le sommet des montagnes et s'élèvera au-dessus des collines. Alors toutes les nations s'y rendront ; les peuples innombrables la visiteront, disant : a Montons à la montagne d'Iaveh, afin qu'il nous enseigne ses voies et que nous marchions dans ses sentiers *. laveh jugera entre les nations. Il jugera entre les peuples
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innombrables. De leurs épées, ils forgeront des boyaux et de leurs lances, des faucilles.
Ce jour, quand il se lèvera, qu'il trouve. la France n'ayant perdu ni son nom, ni le souvenir d'ellemême, ni sa puissance, ni son génie. Qu'il la trouve debout, le front ceint de la couronne d'olivier, armée et vêtue de justice et d'intelligence, fière d'être une bonne ouvrière et jalouse seulement de n'être devancée par aucune de ses sœurs sur les cimes radieuses de la concorde et de la paix.
TABLE ONOMASTIQUE
TABLE ONOMASTIQUE
Les volumes sont indiqués par des chiffres romains ; les pages par des chiffres arabes.
ABD-EL-HAKIM(Sidi),III, 64.
Abd-ul-Hamid II, II, 30.
Abraham, I, 87.