FÊTE DES « SOIRÉES OUVRIÈRES » DE MONTREUIL
fanatisme sous toutes ses formes ; elle nous apprend à construire nous-mêmes notre idéal de justice sans en emprunter les matériaux à des systèmes erronés ou à des traditions barbares ; elle nous invite enfin à défendre comme le plus cher des biens notre liberté menacée. Vous l'avez trop noblement aimée,Citoyens, pour méconnaître sa voix.
Lettre lue au meeting organisé (1) par la « Raison prolétarienne dans la salle de la rue Blomet, le 25 février 1900.
Je regrette sincèrement de ne pouvoir aller ce soir parmi vous, Citoyens, qu'une question de tendresse humaine, de justice et de pitié rassemble.
Vous demandez grâce pour de malheureux enfants. Puisse votre voix être entendue.
Salut et fraternité.
Anatole France.
(1) En faveur des jeunes gens condamnés pour laflfaire de l'Église Saint-Joseph.
Allocution prononcée
à la Fête inaugurale de l'Université populaire
« Le Réveil » des I^r et II® arrondissements,
le 4 mars 1900.
Citoyens,
En poursuivant sa marche lente, à travers les obstacles, vers la conquête des pouvoirs publics et des forces sociales, le prolétariat a compris la nécessité de mettre dès à présent la main sur la science et de s'emparer des armes puissantes de la pensée.
Partout, à Paris et dans les provinces, se fondent et se multiplient ces universités populaires, destinées à répandre parmi les travailleurs des richesses intellectuelles longtemps renfermées dans la classe bourgeoise.
Votre association. Le Réveil des I^r et 11^ arrondissements, se jette dans cette grande entreprise avec un élan généreux et une pleine conscience de la réalité. Vous avez compris qu'on n'agit utilement qu'à la clarté de la science. Et qu'est en effet la science ? Mécanique, physique, physiologie, biologie, qu'est-ce que tout cela, sinon la connaissance de la nature et de l'homme, ou plus précisément la connaissance des rapports de l'homme avec la
nature et des conditions mêmes de la vie ? Vous sentez qu'il nous importe grandement de connaître les conditions de la vie afin de nous soumettre à celleslà seules qui sont nécessaires, et non point aux conditions arbitraires, souvent humiliantes ou pénibles, que l'ignorance et l'erreur nous ont imposées. Les dépendances naturelles qui résultent de la constitution de la planète et des fonctions de nos organes sont assez étroites et pressantes pour que nous prenions garde de ne pas subir encore des dépendances arbitraires. Avertis par la science, nous nous soumettons à la nature des choses, et cette soumission auguste est notre seule soumission.
L'ignorance n'est si détestable que parce qu elle nourrit les préjugés qui nous empêchent d'accomplir nos vraies fonctions, en nous en imposant de fausses qui sont pénibles et parfois malfaisantes et cruelles, à ce point qu'on voit, sous l'empire de l'ignorance, les plus honnêtes gens devenir criminels par devoir. L'histoire des religions nous en fournit d'innombrables exemples : sacrifices humains, guerres religieuses, persécutions, bûchers, vœux monastiques, exécrables pratiques issues moins de la méchanceté des hommes que de leur insanité. Si l'on réfléchit sur les misères qui, depuis l'âge des cavernes jusqu'à nos jours encore barbares, ont accablé la malheureuse humanité, on en trouve presque toujours la cause dans une fausse interprétation de la nature et dans quelqu'une de ces doctrines théologiques qui donnent de l'univers une explication atroce et stu-