LES LILAS
Après la pluie et le grésil Voici les jours pleins de lumière ; Salut, lilas, bouquet d'avril Dont la grâce rit la première!
Simples de forme et de couleur.
Vous demandez bien peu de chose.
— Un peu d'azur et de chaleur, là la douce fleur est éclose.
On trouve partout des lilas.
Dans les jardins et dans les haies.
Et le regard n'est jamais las
De leurs touffes vives et gaies.
CHANSONS D ETE
Chaque sentier nous en fait don !
Aumône jolie et légère ; On les rapporte de Meudon, On les pose sur l'étagère.
Ne dérangez rien autour d'eux, Ce printemps tient si peu d'espace Ils embaument un jour ou deux.
Puis leur fragile beauté passe.
Ayez l'esprit malicieux :
Le ciel a fait, sans vous le dire.
Les lèvres roses pour sourire Lorsque l'on a de si grands yeux.
Votre grâce invente des poses Pour lire les lettres des sots.
Ht vous en déchirez les mots Aux pointes de vos ongles n
Il ne vous plaît pas que le cœur Fausse les notes éternelles.
Et vous raillez ces ritournelles
Sur un ton juste, mais moqueur.
Pour moi, dites, que dois-je attendre ? Je crois bien que je VOUS écris ; J'aime aux tristesses d'un jour ^ris I ne teinte de couleur tendre.
36 CHANSONS 'd'ÉTÉ.
Un vilain soir, souvenez-vous.
Vous étiez seule, j'étais triste.
Et je rêvais comme un artiste Aux pieds menus, frêles et doux.
Je fus charmé, vous le dirai-je ?
Vos petits pieds marquaient si peu Que je crus voir un oiseau bleu De ses pas étoiler la neige.
Je n'ai souci que de cela :
Les moineaux tremblent dans les branches: L'un d'eux, les ailes toutes blanches, Me voyant passer, s'envola,
Disant : « C'est un poète sombre
Qui voudrait bien un peu d'amour.
Avant l'Avril, avant le jour
Où les bois profonds sont pleins d'ombre. >
SORT] l DE l.'oi'i in . 3y
SORTIE DK L'OPÉRA.
Le rideau s'est baissé sur le noir dénouement. La salle aux 1\ res d'or se \ ide lentement ; ,ards aussi sont des él< Sortent dans un frisson de la pourpre des loges ; Et les mères, le cou chargé de diamants. Ont près d'elles l'éclat des visages charmants De leurs filles, chez qui quatre siècles de race En pâleur affinée et rare ont mis leur trace ; Belles de leurs seize ans. délicats et nerveux, là que pare une fleur mise dans les cheveux. Sous un manteau la blanche épaule se dérobe. Et dans le mouvement de vague de la robe Passe l'empressement galant des cavaliers. Et la foule descend les larges escaliers.
Ces mondaines seront d'exquises fiancées : Leur frivole regard qui semble sans penses D nt la -race est légère et qui rêve au hasard. Déchiffre un peu Hugo, mais sait lire Mozart.
38 CHANSONS d'été.
Les toilettes de bal ne sont pas des chimères; Elles les oublieront quand elles seront mères. Peut-être, ô célibat stérile et raisonneur, Si tu l'oses jamais, sont-elles le bonheur?
INK IKTH.
Pour quelques-uns touchés du baiser de la .Muse, Que le papillon d'or élu rêve hante et suit,
sommes des entants : un jouet nous amuse. Pourvu qu'il soit brillant et qu'il fasse du bruit ;
Et nous oublions tout, souci, douleur ou joie Et le bien le meilleur de la terre, l'amour. Pour un peu de fumée étrange qui flamboie, Et que nous attendons dès le milieu du jour.
( )n mènera toujours les hommes par des fêtes, Des fêtes sans beauté, sans soleil et sans Heurs; Aux étoiles pour qui les nuits d'été sont faites Leur goût préférera des verres de couleurs ;
Au soir limpide, à l'ombre étendue et profonde Qui font les horizons beaux et prodigieux. Quelque ligne de gaz, oblique, droite ou ronde Qui rapetisse tout et qui blesse les veux.
40 CHANSONS D E l i:
Et, le spectacle vu jusqu'à l'apothéose,
Bien qu'il soit assez laid, et soit toujours pareil,
Dans la ville lassée enfin qui se repose
Nul ne verra demain se lever le soleil !