‹ Vers oubliésChapitre 26 sur 34 · SOIR D'HIVER · texte numérisé non relu

SOIR D'HIVER

De flottantes vapeurs estompent l'horizon. Clochers, dômes et toits en arêtes moins pures Sur un ciel assombri dressent leurs découpures: Les arbres ont semé leurs feuilles à foison.

Les moineaux tout penauds regardent le gazon

Où le givre en cristal a taillé ses guipures.

Dans l'àtre où le feu flambe avec de clairs murmures

Parfois un jet bleuâtre éclate d'un tison.

Reste au logis, mon corps, et toi, mon âme, vole; Va trouver la beauté pensive en son boudoir, .Mets l'amant à la porte, et souille le bougeoir.

Olissc dans un baiser l'enjôleuse parole, déclame, prie et pleure, et presse tour à tour, Prolonge ta victoire et ne pars qu'au grand jour.

Était-ce sa jeunesse, était-ce le printemps? Était-ce son œil pur et doux avec finesse ? Était-ce le concert des bois verts et chantants? Était-ce le printemps, était-ce sa jeunesse?

Je devins amoureux de ses quinze ou seize ans, Et je la dominais, fort de mon droit d'aînesse; Mais comme je trouvais ses caprices charmants, Je crois bien que c'est eux qui me tenaient en laisse.

Comme elle en avait tant, elle eut aussi celui

De délivrer son cœur de l'invincible ennui

Qu'un vieil amour d'un mois si justement inspire.

Je la revis hier et la vis peu d'instants,

Mais mon cœur fut repris, rien qu'à la voir sourire.

Était-ce sa jeunesse, était-ce le printemps?

Sur la foi d'un serment fait par deux lèvres : Ainsi vous vous donnez, mon cœur, naïvement. Sans regarder plus loin et sans songer comment S'effeuilleront la joie et les amours décloses.

Parce qu'on vous aura, penchée en douces poses, Dans le mol abandon d'un long embrassement, Chuchoté de ces mots qui charment un amant. Trouvant cela joli, vous croyez à ces choses!

Avez-vous pu soulfrir sans vous être aperçu Que la femme en amour est une passagère, Ou'ainsi que le poète, elle est chose légère?

Donc, si vous m'en croyez, de peur d'être déçu, Laisse/, mon cœur, laissez vos portes longtemps closes... Jusqu'au prochain serment fait par deux lèvres roses.

ai

Hier, lorsque je t'eus coiffée A ma façon, cheveux épars, Roulant à flots de toutes parts.

Tu fuyais, rieuse, étouffée.

Je froissais, cruel et joyeux, Avec tous mes doigts, ma mignonne.

Sans écouter tes cris de nonne, Tes noirs bandeaux longs et soyeux ;

Et, hardi, je cherchai ta bouche Que tu me dérobais, farouche, Derrière ce rideau mouvant;

Enfin je mordis par surprise, Après m'être trompé souvent.

Ta belle lèvre de cerise.

A quoi rêvez-vous, mon amour?

Que votre marraine Morgane A t'ait de vous une sultane?

Que vous êtes la Pompadour?

Rêveriez-VOUS, par aventure.

Que je suis un vieil empereur Dont la barbe vous fait horreur,

.Mais qui dore votre ceinture?

Ciel! que vais-je l'aire au réveil Que baiser votre sein vermeil.

Notre bouche qui sent la menthe ?

Elle, ouvrant les yeux à son tour Tout ensommeillée et charmante:

« Je rêvais de vous, mon amour ! »

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