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LA BONNE CHANSON

Avant que tu ne t'en ailles, Pâle étoile du matin,

— Mille cailles

Chantent, chantent dans le thym. —

Tourne devers le poète,

Dont les yeux sont pleins d'amour,

— L'alouette

Monte au ciel avec le jour. —

Tourne ton regard que noie L'aurore dans son azur;

— Quelle joie

Parmi les champs de blé mûr! —

Puis fais luire ma pensée Là-bas, — bien loin, oh, bien loin!

— La rosée Gaîment brille sur le foin. —

Dans le doux rêve oîi s'agite Ma mie endormie encor . . .

— Vite, vite.

Car voici le soleil d'or. —

La lune blanche Luit dans les bois; De chaque branche Part une voix Sous la ramée . . .

O bien-aimée.

L'étang reflète, Profond miroir, La silhouette Du saule noir Où le vent pleure . . .

Rêvons: c'est l'heure.

Un vaste et tendre Apaisement Semble descendre Du firmament Que l'astre irise . . .

C'est l'heure exquise.

Le paysage dans le cadre des portières Court furieusement, et des plaines entières Avec de Teau, des blés, des arbres et du ciel Vont s'engouflfrant parmi le tourbillon cruel Où tombent les poteaux minces du télégraphe Dont les fils ont l'allure étrange d'un paraphe.

Une odeur de charbon qui brûle et d'eau qui bout, Tout le bruit que feraient mille chaînes au bout Desquelles hurleraient mille géants qu'on fouette; Et tout à coup des cris prolongés des chouette.

— Que me fait tout cela, puisque j'ai dans les yeux La blanche vision qui fait mon cœur joyeux. Puisque la douce voix pour moi murmure encore. Puisque le Nom si beau, si noble et si sonore Se mêle, pur pivot de tout ce tournoiement. Au rythme du wagon brutal, suavement.

Donc, ce sera par un clair jour d'été : Le grand soleil, complice de ma joie, Fera, parmi le satin et la soie, Plus belle encor votre chère beauté;

Le ciel tout bleu, comme une haute tente, Frissonnera somptueux à longs plis Sur nos deux fronts heureux qu'auront pâlis L'émotion du bonheur et l'attente;

Et quand le soir viendra, l'air sera doux Qui se jouera, caressant, dans vos voiles. Et les regards paisibles des étoiles Bienveillamment souriront aux époux.

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