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ROMANCES SANS PAROLES

Le vent dans la plaine Suspend son haleine.

(Favart)

C'est Textase langoureuse, C'est la fatigue amoureuse, C'est tous les frissons des bois Parmi l'étreinte des brises, C'est, vers les ramures grises, Le chœur des petites voix.

O le frêle et frais murmure !

Cela gazouille et susurre.

Cela ressemble au cri doux Que l'herbe agitée expire . . .

Tu dirais, sous l'eau qui vire, Le roulis sourd des cailloux.

Cette âme qui se lamente En cette plainte dormante.

C'est la nôtre, n'est-ce pas?

La mienne, dis, et la tienne, Dont s'exhale l'humble antienne Par ce tiède soir, tout bas?

11 pleut doucement sur la ville.

(Arthur Rimbaud)

Il pleure dans mon cœur Comme il pleut sur la ville.

Quelle est cette langueur Qui pénètre mon cœur?

O bruit doux de la pluie Par terre et sur les toits!

Pour un cœur qui s'ennuie O le chant de la pluie!

Il pleure sans raison Dans ce cœur qui s'écœure.

Quoi! nulle trahison?

Ce deuil est sans raison.

C'est bien la pire peine De ne savoir pourquoi, Sans amour et sans haine, Mon cœur a tant de peine.

Son joyeux, importun, d'un clavecin sonore.

(PÉTRUS Borel)

Le piano que baise une main frêle

Luit dans le soir rose. et gris vaguement,

Tandis qu'avec un très léger bruit d'aile

Un air bien vieux, bien faible et bien charmant

Rôde discret, épeuré quasiment.

Par le boudoir longtemps parfumé d'Elle.

Qu'est-ce que c'est que ce berceau soudain Qui lentement dorlote mon pauvre être?

Que voudrais-tu de moi, doux chant badin? Qu'as-tu voulu, fin refrain incertain.

Qui vas tantôt mourir vers la fenêtre Ouverte un peu sur le petit jardin?

O triste, triste était mon âme A cause, à cause d'une femme.

Je ne me suis pas consolé

Bien que mon cœur s'en soit allé,

Bien que mon cœur, bien que mon âme Eussent fui loin de cette femme.

Je ne me suis pas consolé,

Bien que mon cœur s'en soit allé.

Et mon cœur, mon cœur trop sensible Dit à mon âme: Est-il possible?

Est-il possible, — le fût-il — Ce fier exil, ce triste exil?

Mon âme dit à mon cœur : Sais-je Moi-même, que nous veut ce piège

D'être présents bien qu'exilés, Encore que loin en allés?

Dans rinterminable Ennui de la plaine, La neige incertaine Luit comme du sable.

Le ciel est de cuivre, Sans lueur aucune.

On croirait voir vivre Et mourir la lune.

Comme des nuées Flottent gris les chênes Des forêts prochaines Parmi les buées.

Le ciel est de cuivre, Sans lueur aucune, On croirait voir vivre Et mourir la lune.

Corneille poussive Et vous, les loups maigres.

Par ces bises aigres Quoi donc vous arrive?

Dans l'interminable Ennui de la plaine, La neige incertaine Luit comme du sable.

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