‹ VersChapitre 61 sur 74 · EPIGRAMMES · texte numérisé non relu

EPIGRAMMES

J'admire Fambition du Vers Libre,

— Et moi-même que fais-je en ce moment

Que d'essayer d'émouvoir l'équilibre

D'un nombre ayant deux rythmes seulement?

Il est vrai que je reste dans ce nombre Et dans la rime, un abus que je sais Combien il pèse et combien il encombre, Mais indispensable à notre art français

Autrement muet dans la poésie Puisque ce langage est sourd à l'accent. Qu'y voulez- vous faire? Et la fantaisie Ici perd ses droits: rimer est pressant.

Que l'ambition du Vers Libre hante De jeunes cerveaux épris de hasards!

C'est l'ardeur d'une illusion touchante.

On ne peut que sourire à leurs écarts

Gais poulains qui vont gambadant sur l'herbe Avec une sincère gravité!

Leur cas est fou, mais leur âge est superbe. Gentil vraiment, le Vers Libre tenté!

Après les chants d'église et les airs militaires Plus près d'être pareils qu'on ne croit en effet, Les uns vous pénétrant de délices austères, Les autres, feu puissant, clair, pur, dans les artères, Dès le premier soupir jusqu'au dernier chevet.

Après, dis-je, ces deux entières préférences. Ce que j'aime parfois en fait de bruit humain C'est l'instrument qu'un pauvre éveille sous sa main, Bruit humain, fait de cris et de lentes souffrances Dans le soleil couchant au loin d'un long chemin,

Rue ou route, emplissant la banlieue ou la ville De son chant toujours triste en dépit du morceau: Est-ce espoir qui s'endort, est-ce révolte vile? Ah! plutôt n'est-ce pas l'escorte qui défile Des rêves, revenus de la tombe au berceau

Et qui vont du berceau retourner à la tombe. Sans fin, sans lieu, soleil couchant, jamais éteint. Rue ou route qu'un horizon d'automne étreint. Perpétuel, heure arrêtée, âme que plombe Et surplombe un ennui qu'on ignore et qu'on craint.

Il ne me faut plus qu'un air de flûte, Très lointain en des couchants éteints. Je suis si fatigué de la lutte Qu'il ne me faut plus qu'un air de flûte Très éteint en des couchants lointains.

Ah, plus le clairon fou de l'aurore!

Le courage est las d'aller plus loin.

11 le veut et ne peut marcher encore Au son du clairon fou de l'aurore:

C'est d'un chant berceur, qu'il a besoin.

La rouge action de la journée N'est plus qu'un rêve courbaturé, Pour sa tête encor que couronnée, Et la victoire de la journée Flotte en son demi-sommeil lauré.

Femme, sois à ce héros qui bute D'avoir marché sans cesse en avant, L'huile sur son corps après la lutte, — Plus du clairon fou: la molle flûte! La paix dans son cœur dorénavant.

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