Vers pour la patrie, 1914-1918
... Ceux-là, je leg portaU loujourt êur moi c/, chemin faisant, je leâ (lonnam à lire à men rompagnom de lutte. Plus (lun lieutenant d'infanterie les écoula, lea larmes aux yeux, avant de monter à l'attaque
AvRO^tF.H
Non, lu n'as pas été, ma France, assez chérie 1 N'avons-nous pas, aux temps qui déjà sont lointains, Préféré d'autres ciels au ciel de tes matins, Murmuré d'autres chants que ceux de la patrie ?
Sur la route étrang-ère et parfois ennemie. Que d'erreur complaisante et de pas incertains ! Et comme une jeunesse ignora ses destins Qui crut trouver sans toi les règles de sa vie I
Sois désormais Tunique amour de tous ces cœurs Où tu t'es révélée au jour de tes douleurs; Tes fils en t'adorant ont essuyé tes larmes ;
Et quelle autre merveille éblouirait leurs yeux, A présent qu'ils t'ont vue, ô sainte France en armes, Tirer ton juste glaive et conjurer les dieux 1
Le vent de tes plateaux, de tes monts, de ta plaine, Le nuirmure cnclianté qui monte de tes bois. Les souffles d'océan remj)Iis de sourdes voix Et la brise au soleil devant la mer romaine,
Tous les hymnes du ciel chantent sur ton domaine. Tous disent ta splendeur, ô cher pays g-aulois ! Qui dans tes siècles d'or as fait naître à la fois Sur le sol le plus beau la plus belle œuvre humaine.
Ton manteau triomphal porte en ses plis dorés La richesse des champs, des vignes et des prés ; Et, parmi ces trésors que jamais tu n'épuises,
Pour mieux sanctifier le fruit de tes saisons. Tu sèîiies par milliers à tous les horizons Le miracle sans fin de tes nobles églises.
Je ne veux plus chanter que Ion divin visage, L'ouvrage de ton âme et celui de tes doigts, Et ton front couronné d'honneur par tant de rois. Le saint, le bâtisseur, le guerrier et le sage;
Ta généreuse histoire, où rêve sur la page L'enfant qui croit y lire un poème parfois; La sagesse latine inscrite dans tes lois, Et tes erreurs qui font qu'on t'aime davantage;
L'ordre subtil et sûr qui règne en ta maison ;
Ton art où le caprice écoute la raison ;
Tes jardins embaumés par les plus belles roses;
Et surtout - ô mon cœur! sache te souvenir - Ce peuple chevalier né pour les justes causes Et sa jeunesse en fleur toujours prête à mourir.
Quelle étrange auréole est sur vos jeunes têtes, Beaux enfants qui venez relever notre orgueil, Alors qu'en souriant votre cœur fait accueil Au risque des combats cherchés comme des fêtes !
Nous n'apportions, nourris dans les jours de défaites, Qu'un hommage sans flamme à des drapeaux en deuil; Quel mystère est en vous qui chante à notre seuil Et vient rasséréner nos âmes imparfaites !
0 jeunes gens ! plus fiers que nous et plus croyants. Une image de gloire entre en vos yeux brillants, Qui vous laisse en tombant cette face ravie ;
Et votre mort ardente atteste en vérité Qu'ils valent mille fois le don de notre vie, Ces rêves immortels dont nous avions douté.
Ceux qui savent mourir nous enseignent encore Qu'un tel savoir suffit et que tout autre est vain, Qu'au-delà du tombeau rayonne un seuil divin Et qu'à sa nuit succède une vivante aurore.
C'est pour servir ailleurs à des fins qu'on ignore Que cet enfant succombe à son premier matin, Et nous croyons à tort s'achever son destin Quand le sillon sanglant l'étreint et le dévore.
Mais, quel que soit le sort de ceux que vous pleurez,
Mères et veuves, sœurs et filles, deuils sacrés,
La douleur de vos cœurs par soi-même est féconde :
Vos larmes ont leur part aux rachats infinis
Par où le sacrifice équilibre le monde.
0 chers yeux qui pleurez nos morts I soyez bénis.