VERSAILLES TRIOMPHANT
La France d'autrefois a laissé son image Faite de pierre et d'eau, de marbres et de fleurs ; Versailles lui compose un livre de grandeurs Où l'art de ses enfants l'exalte à chaque page.
Par lui sous notre ciel s'attestent d'âge en âge Les grâces d'un génie où se prennent les cœurs ; La volonté d'un seul ordonna ces splendeurs Et le pays entier se mire en son ouvrage.
Mais ces Français vaillants dont nous sommes les fils Savaient entremêler les lauriers et les lis ; A cueillir la victoire ils excellaient naguère ;
Et l'on voit, aux plafonds que Le Brun déroula Du Salon de la Paix au Salon de la Guerre, L'Allemagne trembler lorsque Turenne est là.
VEUSAILLKS SAUVE
Septembre 1914
L'été resplendissait au miroir des fontaines ; Le triomplie des eaux chantait dans les conduits ; Aux degrés du palais, le parterre et le buis Unissaient les parfums qu'avaient aimés les Reines.
Ce beau jardin paré de tant de grâces vaines Brusquement, en un jour, fut désert et, depuis, Notre oreille anxieuse écouta dans les nuits L'approche du canon sur les routes lointaines.
Nous t'aimions doublement, chef-d'œuvre menacé, Trésor de notre gloire et de notre passé Dont le sort se liait au risque des batailles...
L'impur Barbare a fui sans pouvoir te saisir; Mais quelle autre victime a-t-il osé choisir. Puisque Reims a payé la rançon de Versailles !
A l/lTALIi:
Mai VJ]b.
Nous savions l)ieii que lu vi(Midiais, noble Italie I Au rendez-vous sacré du droit et de l'honneur, Et que ton ferme esprit éclairé par ton cœur Risquerait à son jour l'héroïque folie.
Puisqu'une fois de plus la bataille nous lie Et mêle les drapeaux à la triple couleur, Unissons nos espoirs pour un âge meilleur Où notre effort commun croisse et se multiplie.
Nos peuples, héritiers des domaines romains, Sauront garder la paix du monde entre leurs mains. Aujourd'hui, verse encor le sang- qui t'éternise ;
Et gloire à ces vaisseaux chargés de tes destins, Qui s'en vont sur la mer où gouverna Venise Délivrer à jamais les rivages latins !
POUR l'aiglk blanc
Quand vous reconstruirez le monde qui s'écroule, Ce vieux monde bâti d'injustice et d'erreurs, Maîtres des temps nouveaux, peuples demain vainqueurs, Devant (jui l'avenir apaisé se déroule,
Les tristes nations que la conquête foule Suivront de leurs espoirs vos pas libérateurs Et, dans vos combattants acclamant leurs vengeurs, Les droits ressuscites se lèveront en foule.
Mais déjà, dominant les autres de son deuil.
Celle qui sort toujours vivante du cercueil,
La Pologne martyre aux grands yeux de lumière
Vous a crié, parmi ces races en courroux :
« N'ai-je point mérité de parler la première
Par l'innombrable sang que j'ai versé pour vous ? »
MUNICH ET D1U:SDE
Je ne ^^^oùlcrai plus les paisibles merveilles, O Munich I ni tes arts aimables, ni tes chants ; Ton accueil a caché trop de desseins méchants ; Nous te refuserons nos yeux et nos oreilles.
Les vieux ressentiments dormaient, tu les réveilles ; La fureur qui s'allume au cœur de tes marchands Guide les lansquenets lâchés parmi nos champs, Brûlant Gerbéviller comme autrefois Bazeilles.
Mais toi, Dresde ! comment t'oublier sans chagrin?
Tu conservais pour nous le rêve de Poussin,
Ses saints les plus touchants, ses nymphes les plus chastes ;
On te trouvait le ton français, l'esprit subtil, Et ton perfide ciel prête à tant de contrastes Que lui-même Watteau semblait moins en exil.