NOTICE
SUK I, l£S Ë AUX DE VERSAILLES.
if n homme qui avait la passion des jardins et des constructions de , campagne, qui avait possédé et embelli plusieurs belles terres, finit ^ÜCJpar acheter une propriété au milieu des plaines arides de la Beauce, « afin , disait-il , d'y créer la plus belle habitation connue. » On s'étonnait de ce " choix , et il répondit : « Je trouve dans ce lieu la seule chose que l’art et la déii pense ne peuvent point donner, c'est-à-dire l 'abondance , la hauteur et la pureté « de l’eau. Je suis maître de tout le reste. — Mais il n'y a point de château. — « Tant mieux ; j’en bâtirai un entièrement à mon goût et de l'aspect Se plus conve- « nable dans les jardins. — Mais il n’y a point de pays. — Tant mieux, je m’en- « tourerai d’une forêt 1 avec des points de vue variés ; » et il créa en effet la plus belle habitation qui soit au monde. Il en fut ainsi de Versailles, célèbre autrefois par ses belles eaux , quoique le palais fût situé à la hauteur des tours de Notre- Dame , mais parce que tout le pays environnant étant encore plus élevé , il était possible de réunir avec beaucoup de dépense tous les affluents, tous les dépôts d’eau de pluie, et enfin on eût fini par avoir, si un eût persévéré dans les travaux,
Il ne put planter que six cent.'- arpents : il en eût planté <|iiatre mille, s il eût vécu
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la totalité île la rivière de l'Eure; et alors il est certain qu’il n’eût pas existé au inonde de plus royale et de plus merveilleuse habitation.
Nous ne parlerons pas des travaux qui ont été faits pour acquérir celte rivière , puisqu’ils onl été abandonnés. Des années y furent employées, ainsi que bien des millions. Nous passerons également sous silence la machine de Marly, aujourd'hui détériorée, mais nous vanterons avec raison les admirables et utiles travaux laits pour rassembler en deux réservoirs immenses tout ce qui était possible d’eaux de cinq , six et dix lieues à la ronde. Le sol sur lequel on marche dans le parc de Versailles est une sorte de parquet, porté sur des voûtes innombrables. Des pierrées, des canaux, des aqueducs souterrains reçoivent de tous côtés les eaux, qu’ils versent après dans d’immenses réservoirs, d’où, par des milliers de tuyaux, elles se répandent dans les différents bosquets du parc, au grand Canal et à la pièce des Suisses. C’est ici que l’on pourrait chercher à repousser tout sentiment d’admiration en calculant ce que cela a pu coûter, manière de raisonner qui exclue toute grande entreprise. Le mouvement des eaux à Versailles consiste dans les petites eaux, qui vont constamment, et les grandes eaux, qui, par un art admirable, se multiplient à commencer par les points les plus élevés, et se répandent dans les autres. Ainsi on les voit parcourir d’abord le Parterre d’eau de l’Orangerie , les deux Fontaines d animaux, et une partie du bassin d’Apollon; puis elles alimentent la Salle de Bal, l'Allée d’eau, la Fontaine du Dragon, les Bains d’Apollon et les différents bosquets. Pour juger de leur effet successif, il faut suivre du bassin d’Apollon au bassin de Latone, aux bosquets de l’Obélisque, l’Allée d’eau, et attendre là que la totalité des masses amoncelées de tous les cctés viennent produire dans le bassin de Neptune le plus merveilleux effet. Le réservoir du château est décore d’une façade élégante, qui correspond à une partie de théâtre.
Fontaine du Dragon.
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Grand parc de Versailles.
Louis XÏV conduisant sa calèche, d’après Vandermeulen.
our compléter la superbe habitation de Versailles, il fallait comme w£> dépendance une ville , comme entourage un parc immense , en s quelque sorte un pays tout entier. Nous parlerons plus loin de la ville ; disons un mot seulement du parc. Il comprenait environ six mille arpents, et avait de cinq à six lieues de tour, presque entièrement en bois percés et disposés pour la chasse. Il avait coûté en différentes acquisitions environ douze millions. Louis XIV aimait à en parcourir les avenues dans une calèche qu’il menait lui-même, et où il réunissait quelquefois ses maîtresses et la reine ; plus tard, ses seules maîtresses, et surtout madame de Montespan, qui vécut avec lui dans le temps de sa plus grande activité. Il était entouré de ses gardes et des seigneurs que leur charge appelait auprès de sa personne. Le reste de la cour se répandait dans les allées, lorsque la symétrie des jardins de Versailles leur faisait rechercher quelque apparence de sites naturels , d’aspects de campagne, où ils pouvaient fuir l’étiquette et la représentation. Que ne pouvons-nous décrire dans cet ouvrage les différentes scènes, les brillantes réunions de ce monde d’hommes illustres et de femmes célèbres par leur esprit et leur beauté, et, depuis une certaine époque, le renfort des gens de lettres1, que leur supériorité mettait au-dessus de ce que la cour appelait avec dédain, les bourgeois et surtout les provinciaux! Cette société, subdivisée suivant
1 Non-seulement ces derniers étaient bien accueillis, maison leur permettait un genre de familiarité (|ue les grands seigneurs n'auraient point souffert entre eux. si Voiture était de notre sorte, disait le grand (fondé, on no saurait vivre avec lui.