Salle des Gardes du
Roi
Plan de l’escalier de marbre et des salles qui l’entourent
ANCIEN ET MODERNE
SALI.E DES GARDES ( N" 1 du |.lau, 140 ) Un mousquetaire lii l’ordre du loi de frapper une médaille eu l’imun
Cette pièce, la première en sortant du grand escalier, était destinée aux gardes composant la maison du roi. Là étaient rangées les pertuisanes, les carabines sans baïonnettes, les hallebardes. On y rencontrait un jour les gardes delà Manche en hoquetons blancs, semés de papillons d’or ou d’argent, avec la devise du roi. Un autre jour c’étaient les gardes écossaises et françaises, avec le juste-au-corps bleu, la bandoulière d’argent plein. Dans un coin de la pièce on voyait des tables sur lesquelles chaque matin des valets déposaient le vin du guet, c’est-àdire vingt-quatre bouteilles de vin et autant de pains. Vous ne trouvez plus rien de tout cela ; mais regardez les parois des murs : les onze tableaux
ÆSÉ
F. Duvercer, Ivp
t|iii les décorent rappellent le courage elle dévouement de ces soldats d’élite à qui nos rois confièrent en différents temps la garde de leurs personnes.
Là c’est Orsoy 1 dont ils s’emparèrent en vingt-quatre heures, sous le commandement de Monsieur frère du roi, pendant que d’autres compagnies sous Turenne et Condé emportaient Bunck etWesel; ici ce sont les mousquetaires, avec leur habit d’écarlate et leur soubrevesle bleue galonnée d’or, conduits parle marquis de Rochefort, et qui prenaient possession d’Utrecht; un bouclier décore leur étendard, avec celte devise: Quo mis. leihum. Aussi braves, plus braves peut-être encore étaient les gendarmes et les chevau-légers, vêtus à peu près du même costume, et avec lesquels le maréchal de Luxembourg vainquit à Fleuras et à Nervvinden; mais c’est surtout à Lens, où la maison du roi culbute l’une après l’autre les trois lignes ennemies, renverse soixante-douze escadrons et leur prend quatre étendards, actions pour lesquelles une médaille fut frappée avec cette légende : Virtus militum prœlorianorum. Ces prétoriens ne dégénérèrent point dans les temps plus modernes; ce sont eux qui gagnèrent la bataille de Fontenoi, et qui plus tard, sous le nom de garde impériale, furent la terreur de l’Europe et son admiration.
1 Prise d’Orsoy (3 juin 1G72). — Prise d’utreclil (30 juin IG72). — Prise de Gray ( 28 février 1G74 ).
Prise de Dôle ( 5 juin 1674 ). — Prise de Salins ( 1 G juin 1074 ). — Prise du fort de Joux (juin 1674 ).
— Siège de Limbourg. — Bataille de Cassel ( 1 1 avril 1G77 ) — Bataille de Plein us ( rr juillet 1690 ).
— Bataille de Nenvinden (29 juillet 1693).
Capitaines des gardes sous les différents règnes.
ANCIEN ET MODERNE
SALLE DES VALETS DE PIED ( N“ 2 du rlun, pag. 140 )
Un valcl Itlcu raconte qu'il tenait le cheval dn roi dans la tranchât; à Douai.
Quand on se représente ce que fut Versailles depuis \s>mû 1630, où Louis XIII vint s’y établir, jusqu’en 1681, sous (p le règne de Louis XIV, on n’est pas étonné que cette salle, aujourd’hui une simple antichambre, n’ occupât autrefois un rang important dans la distribution des appartements. En effet, elle servait, alors de salle de bal, de concert et de grand couvert. C’est là où Louis XIV, entouré déjà de sa nombreuse famille, accordait à quelques personnes distinguées la faveur de s’asseoir à ses côtés, car ses enfants ou petits-enfants avaient seuls ce droit.
Le lundi vers midi un grand mouvement avait lieu dans cette pièce. Une table couverte d’un tapis de velours vert y était placée, et, debout près d’un fauteuil, un secrétaire d’état recevait tous les plaeets adressés au roi et auxquels il était répondu exactement au bout d’un temps très court. C’est là également qu’on expédiait les brevets , les décorations, les places, les pensions; mais aussi les lettres de cachet, terrible instrument de police et trop souvent de vengeance et d’oppression'.
Cette salle, sur la fin du règne de Louis XIV et sous les règnes suivants, lut destinée aux valets de pied chargés de reconnaître les personnes <pii se présentaient pour entrer dans l’OEil-de-Bœuf2.
Quelques tableaux de Parrocel et de Piètre de Cortone sont restés à la place qu’ils occupaient, mais au-dessous règne une suite d’esquisses de Van deuMeulen très intéressantes. Ce sont les ébauches de tous les tableaux que ce grand peintre a faits pour Versailles et plusieurs autres qui n’ont point été exécutés en grand, tels que l’Intérieur de la chambre à coucher de Louis XIV, quia servi à la restauration de cette pièce.
1 C’est aussi dans cette salle que les courtisans venaient solliciter , après le repas du roi, de faire partie des voyages de Mari y , en disant: « Sire, Mari y ; » cl le lendemain un valet bleu montrait la liste de ceux qui avaient obtenu celle préférence.
3 Nous avons représenté un valet bleu racontant quelques événements de la guerre, car 5 celle époque ils suivaient, soit fi pied, soit à cheval, les princes au milieu des combats.
ANCIEN ET MODERNE
ir>(
1,'OEiL DE liOEUF ( N" 3 du plan).
L architecte Gabriel présente à Louis XV le plan du théâtre de Versailles.
Il faut apercevoir les deux ouvertures ovales pratiquées au plafond de cette salle poui* reconnaître dans sa solitude actuelle le fameux OEil-de-Bœuf autrefois rempli d’une foule de courtisans, l’ OEil-de-Bœuf célèbre dans le monde entier; il a conservé cependant sa même décoration, sa frise dorée, avec tous les amours ; mais on y a placé d’autres tableaux ; c’est Louis XIV couronné par la Victoire , Anne d’Autriche, Je due de Bourgogne, la grande Mademoiselle,
1 Une pai lie de celte vaste pièce fut la chambre de Louis XIII; ce fut celle de I.ouis XIV depuis 1G7-2 jusqu’à 1700. 4lors seulement Louis choisit pour sa chambre le grand salon voisin où il s’habillait aux jours de cérémonie ; dès lors la cloison qui existait au milieu fut abattue, et la salie, qui ne recevait le jour que par la croisée ovale pratiquée au plafond, devint plus grande et plus claire; on reproduisit au-dessus delà cheminée, pour la symétrie, une ouverture semblable à celle du midi, et la salle prit de là le nom d’OEil-dc-Bœuf. On la nommait sous Louis XIV la salle des Bassans, à cause de quatre lableaux de Jacques Bassan, placés au-dessus des portes. Sous Louis XV ce fut pendant quelque temps la chambre du sceau, ensuite celle des nobles, et plus généralement l’OEilde-Bœuf.
et, au milieu, une singulière composition qu’on prendrait pour une réunion des dieux de l’Olympe, si les énormes perruques dont sont aff u blés les deux personnages principaux ne faisaient reconnaître, sous ces différents emblèmes de la fable, Louis XIV et toute sa famille.
Louis XIV et toute sa famille en dieux de l’Olympe.
Louis XIV est assis à droite, et, dominant tout le tableau, il représente Apollon; près de lui, un peu au-dessous, est Marie-Thérèse, comme Vénus et mère des Amours : ces Amours sont le grand dauphin et ses frères et sœurs dont plusieurs étaient morts. Derrière Louis XIV est mademoiselle de Montpensier en Diane, et, dans le fond, Marguerite d’Orléans, mariée au duc de Lorraine; Elisabeth, depuis duchesse de Guise, et Françoise d’Orléans, duchesse de Savoie ; au-dessous est Anne d’Autriche en Cybèle ou Uranie; à côté d’elle madame Henriette, pre-
mière femme de Monsieur en nymphe; Monsieur frère du roi en Neptune, dieu du commerce, son trident est entre les mains de sa belle-mère, Henriette, femme de Charles Ier, roi d’Angleterre.
Ce tableau, sans être très bon, avait beaucoup de réputation sous Louis XIV; il est de l’école de Mignard. Ce qui occupe cependant davantage dans toute cette pièce, c’est moins ce qu’on y voit que ce qu’on y suppose, ce sont les JV souvenirs qu’elle vous retrace, les intrigues, les aventures dont elle fut le théâtre. C’est ici que Lauzun, par son indiscrétion, perdit le haut rang où ses brillantes qualités allaient l’élever. La fenêtre rappelle un brave marin, peu fait aux usages des cours, Jean-Bart, qui s’y mita fumer en attendant l’audience du roi. Mais voilà üfc surtout cette porte autour de laquelle se pressait la foule des courtisans, attendant avec anxiété le moment de souper avec le roi, faveur qu’ils avaient souvent sollicitée pendant plusieurs années1. Voilà bien la place qu’occupait ce suisse carré et colossal que le caustique Mercier comparait à un gros oiseau dans une cage: « Il boit, il mange, il dort dans cette antichambre et n’en sort point, le reste du château lui est étranger; un simple paravent sépare son lit et sa table des puissances de ce monde, douze mots sonores remplissent sa mémoire
1 « Vous voyez bien celle saüe de l’OEil-de-Bœuf, (lisait le vieux maréchal de Mailly à son pelit-lils qu’il venait de présenter au roi; eh bien ! c’est là, monsieur, où vous devez passer voire vie, ainsi qu’au régiment, et point ailleurs. » Or, ce petit-fils, qui avait alors quinze ans, était déjà gouverneur de Vincennes et de la Touraine, avec 80,000 Ir. de traitement. C’étaii M. le marquis d’Argenson, dernièrement Députe.
et composent son service. — Passez, messieurs. — Le roi! — Retirezvous. — On n’entre pas, monseigneur. — Et monseigneur tile sans mot dire. Tout le monde le salue, personne ne le contredit; sa voix chasse des nuées de comtes, de marquis et de ducs, qui fuient devant sa parole. Il renvoie les princes et princesses; il ne leur parle que par monosyllabes. Aucune dignité subalterne ne lui en impose; il ouvre pour le maître la portière de glaces et la referme; le reste de la terre est égal à ses yeux. Quand sa voix retentit, les pelotons épars de courtisans s’amoncellent et se dispersent; tous fixent leur regard sur cette large main qui tourne le bouton. Immobile ou en action, elle a un effet surprenant sur ceux qui la regardent1. »
1 Tableau de Taris, Tom. rv.
.Etablissement du suisse de l'OEil-de-Bœuf.
ANCIEN ET MODERNE
.CHAMBRE A COUCHER DE LOUIS XIV. ( N» h du plan ) Î1 reçoit le due du Maine chevalier de Saint-Louis.
'est ici la chambre où vécut et mourut un des plus grands rois de la France. Elle a été rétablie telle à peu près qu’on la voit dans un tableau dont nous avons parlé (pag. 151), |y'\ et nous avons conservé le sujet que Yan der Meulen y avait retracé. On a heureusement retrouvé presque tous les meubles qui l’ornaient; le lit, brodé par les élèves de Saint-Cyr, présente le mélange de scènes religieuses* et profanes, le Sacrifice d’ Abraham près des jardins d’Armide ; le prie-Dieu ; la balustrade dorée et infranchissable près de laquelle se tenait le capitaine des gardes; les quatre Évangélistes en dessus de porte, et enfin le buste
E. Duvercer, typ.
de la bonne reine Marie-Thérèse, dont la mort fut le premier chagrin qu’elle causa au roi.
C’est dans cette chambre que, sur la lin de ses jours, Louis XIY passait la plus grande partie de son temps, se voyant survivre à tout ce qu’il avait de plus cher et sentant ses forces l’abandonner. 11 nous a paru intéressant de rechercher dans les écrits du temps comment se composait une des journées de ce monarque si puissant au dehors, si faible souvent dans son intérieur, de le suivre pas à pas depuis son lever jusqu’à son coucher, car connaître une des journées d’un roi, c’est les connaître toutes. L’étiquette, fixe et invariable, l’étiquette est un tyran auquel il faut qu’ils sachent les premiers obéir.
«111 IsF
Wi
la chambre à