‹ VersaillesChapitre 44 sur 115 · SALLE DES CROISADES · texte numérisé non relu

SALLE DES CROISADES

V \ du plan.

i iiiflose, e I cajiitauo.

Lk Tassk.

près avoir visité le tombeau

qui seul n’aura rien à rendre

Ijjcf à la fin des siècles, nous nous sommes assis sur la pierre qui couvre les cendres de Godefroy de Bouillon, et là se sont déroulées devant nous les merveilles de ce pèlerinage du inonde entier, car c'est ainsi qu’il faut nommer les croisades qui . pendant deux cents ans, mirent en mouvement toute la chrétienté. A l’aspect de ces faits d armes singuliers, de ces expéditions aventureuses, on n’est point tenté de rechercher quelle lut la cause, quel fut le résultat des croisades ; on ne se de-

\ I liS MLLES

mande pas si elles lurent contraires ou avantageuses à la civilisation, au commerce, au bien-être des hommes ; on ne considère ces événements que dans ce qu’ils prêtent de charme à l'imagination ; dans lu grandeur îles sacrilices et des privations qu'ils imposèrent ; on admire cet enthousiasme religieux excité par la conquête ou la défense d’un tombeau. Que d’actions glorieuses, que de miracles de courage, d'abnégation , se manifestèrent et s'engloutirent dans ce long espace de temps et dans ces régions éloignées et barbares! Le voilà cet homme extraordinaire qui sut, par son éloquence, par son indomptable volonté, décider une passion dont il avait le germe dans son cœur. Pierre l’Hermite, né à Amiens, parcourut le monde pieds nus, un crucifix à la main, peignant avec des traits de flamme la souffrance des chrétiens, la profanation des lieux saints; et bientôt un cri s'élève de toutes parts : « Dieu le veut ! » Les princes et les peuples, principes tohimque vuhjus , arborent la croix et vont se précipiter sur la terre d' Abraham et de Jésus-Christ. Dans ce mouvement général de l'esprit humain , la France joua un trop grand rôle pour n'avoir pas mérite une grande place dans un Musée historique, et deux salles ont été consacrées à Versailles à cette glorieuse époque. Nous allons indiquer sommairement les tableaux .pie contiennent celles-ci, trop petites malheureusement pour un si grand

(îÈiiE du Salerne. — En l'an 1000 , la ville de Salerne fut assiégée par les Sarrasins. J.es habitants , menacés de l'esclavage on de la mort , durent leur saint an courage de quarante pèlerins, qui, après avoir obtenu du prince de Salernc des armes et des chevaux, chargèrent l'ennemi et le mirent en fuite malgré la supériorité de scs forces. Le prince récompensa généreusement le dévouement de ces guerriers.

S^fjjripATAii.i.E i>E Civitella ( 1 6-'i.’î ). — Attirés L^O/par la générosité du prince de Salerne , d'autres pèlerins normands, sons le prétexte d'un pèlerinage au mont Gargano , pénétrèrent en Italie, s'enrôlèrent sous les drapeaux des petits princes de ce pays, et parvinrent à fonder le comté d'Aversa qui leur fut abandonné pour prix de leur courage. On vit les fils de Tancrède marcher à la conquête de la Pouille. Une armée de cinquante mille hommes levée par le pape Léon X, et commandée par lui, fut mise en déroute. Le pontife tombe au pouvoir de l'ennemi, qui, tout en sc prosternant à scs pieds , lui impose d'onéreuses conditions en échange de sa liberté.

jombvt de Cérano (1061). — Lorsque le •gMgEcointe Roger voulut s'emparer de la Sicile, cenefut qu'avec cinquante chevaliers qu'il se présenta devant l'année des Sarrasins. La supériorité îles forces ennemies l'obligea plusieurs fois à quitter cette île , qui ne tomba en son pouvoir qu'à la suite d'une longue guerre; la bataille de Géra no fut décisive : cent trente-six chevaliers mij-cut en fuite trente-cinq mille Sarrasins.

DOPTiotv de Godefroy de Bouillon par ÆffcjfrE'EMPEiiEiiit Alexis Connexe ( 1097).— Sous les murs de Constantinople , avec une armée de quatre-vingt mille hommes, Godefroy de Bouillon n'obtint l'entrée de la ville que par les menaces que Bohémond adressa à l’empereur; il envoya son lils en otage auprès de Godefroy, dont l'entrée au palais impérial frappa, par sa splendeur , l'empereur Comnène. Rassuré par la bonne foi de Godefroy, il l'adopta pour son fils; le duc sc déclara son vassal, ainsi que tous les seigneurs de sa suite.

ataili.e de Nicèe. — Réunis sous les murs !?de Constantinople, les Croisés passèrent le Bosphore et assiégèrent .Nieec. Encouragés par les succès de ses armes contre les troupes indisciplinées de Pierre l'Hermite, le sultan des Turcs, fils de Soliman, crut que cette fois la fortune lui serait encore favorable; mais grâce à la valeur des deux Robert, Baudoin et Tancrède, la victoire resta aux Croisés, qui envoyèrent à Constantinople mille têtes coupées, comme le trophée de leur gloire.

| iiise de Jérusalem. — Malgré l'enthousiasme des Croisés , deux assauts avaient été donnés inutilement aux murs de la ville sainte , le troisième les menaçait d'une défaite complète, lorsque apparaît sur la montagne des Oliviers un cavalier revêtu d'une armure brillante. « C'est sainl Georges qui nous vient en aide! » s'écrie Godefroy : à ce cri le soldat s'anime, tous s'élancent sur les murs de la ville, se précipitent dans la cité sainte, arborent 1 1 croix sur scs tours, et, après avoir

ANCIEN ET MO DE II NE

impitoyablement égorgé les vaincus , viennent se prosterner près du tombeau île Jésus-Christ.

MgfoDEPROY ÉLU KOI DE JÉRUSALEM. — Dix ffiMj^lowrs après la prise de Jérusalem, les suffrages unanimes des dix seigneurs choisis pour donner la couronne au plus digne la déposèrent sur la tète de Godefroy, qui n’accepta que le titre de roi, et refusa de porter le diadème par respect pour le supplice du Christ, dont ce lieu avait été le théâtre.

jsÿ) ataille d'Ascalon. — Godefroy de Bouillon suspend les trophées aux voûtes du Sépulcre. A peine est-il sur son trône , que le calife d'Égypte, à la tète d'une armée formidable, vient disputer à Godefroy ses brillantes conquêtes. Les Croisés, au nombre de vingt mille, marchent audevant du sultan, et le rencontrent dans les plaines d'Ascalon. La vaillance des chrétiens , l'habitude des combats , résistent aisément à la cavalerie indisciplinée du désert; le camp ennemi est envahi, leurs trésors et leurs bagages tombent au pouvoir des Croisés. Godefroy fait hommage au Sépulcre de l’étendard et de l'épée du visir.

||||îj|fNSTITliTION DE L'ORDRE DE SAINT-JEAN DE JÉRUSALEM (1013). —Sous le titre de religieux hospitaliers un certain nombre de pèlerins s'y étaient voués au soin des malades; plus tard, ils reprirent les armes et formèrent un ordre militaire. Ils eurent pour premier grand-maître Raymond Dupuis. Après leur expulsion de la Terre- Sainte, ils devinrent chevaliers de Rhodes, et après la prise de cette ville , ils prirent le titre de chevaliers de Malte. Leur dernier grand-maître fut le baron de Kompersch, dépossédé par Bonaparte.

(jP^IrÉDICATION DE I.A DEUXIÈME CROISADE A V I - Ü î{Bo' XEl.Al EX BOURGOGNE (1 1 46). — Celte expédition fut prcchdepar l'éloquent abbé de Cîtcaux. H entraîna Louis VII qui leva deux cent mille hommes; l’empereur Conrad se mit à la tête de cent mille guerriers. L'année marche sur Constantinople. La victoire remportée par les Turcs sur Conrad dans la Lycaonie enleva tout espoir de succès aux Croisés ; Conrad retourna à Constantinople , et Louis VII rentra dans ses États.

)oUIS VIL PASSAGE DU MÉANDRE (t 148). — (0 Louis ne put opérer sa retraite sans entraves. Les Turcs , sur les bords du Méandre , lui en disputèrent le passage. Le combat, dans lequel Louis lit preuve d'une grande valeur, fut un des plus sanglants de cette expédition; les Turcs cherchèrent à envelopper l'armée des Croisés , et furent mis en déroute complète.

ItiiLippE- Auguste prend l'oriflamme a «ajisu saint-Denis (1190). — L'Europe s'ébranla à la nouvelle de la reprise de Jérusalem par Salailin : à cette occasion , on leva la dîme saUidine. Richard Cœur-de-Lion se croisa avec Philippe- Auguste. Philippe se rendit à l'abbaye de Saint- Denis, où il reçut l'oriflamme des mains de son oncle , l'abbé Guillaume , légat du pape et archevêque de Reims.

jlÉGE de Ptolémaïs (1191). — Ce siège dura deux ans. Les Sarrasins et l'armée chrétienne déployèrent une héroïque intrépidité ; cependant la prise de Ptolémaïs ne fut décidée que par l'arrivée des monarques de France et d'Angleterre.

Les tableaux renfermés dans cette étroite enceinte donnent une idée des événements et des prouesses de ce temps; mais ils sont loin de retracer les mœurs chevaleresques , de peindre la singularité , l’élégance qui parut dans les édifices, les costumes, les usages de la vie. Pourquoi n'a-t-on pas cherché à ret racer quelquesuns des vieux manoirs, où les élégantes châtelaines attendaient, en filant le lin, des nouvelles de ces pays lointains ; l’émotion qu’elles éprouvaient lorsque le nain sonnait du cor, lorsque des ménestrels , des pèlerins , venaient raconter près de leur foyer les aventures, les exploits , les malheurs de cette moitié de la France séparée de l’autre ? Qu’est devenu ce temps de la chevalerie ; où sont ces joutes, ces tournois, où la beauté donnait le prix au courage, ces cours d’amour si sévères et si gracieuses? Je les ai retrouvées dans ma jeunesse au milieu d’un cercle de personnes illustres, qui réunissaient au rang, à la richesse, à la beauté, les sentiments exquis de l’honneur et de la délicatesse. 11 était difficile d’être admis dans leur société , et la moindre action équivoque vous en faisait exclure. On y sentait naître dans le cœur la passion de bien faire, le désir ardent de mériter l'approbation , le sourire de ces anges, dont les regards vous poursuivent dans l’absence, dans le soin-

V h USAI LL LS A N Cl U N LL MODERNE.

-il K,

meil , dans les combats surtout, et viennent vous consoler à vos derniers moments. Elle existe encore aujourd’hui, celle tradition de la chevalerie, dans un autre pays, parmi un certain nombre de jeunes personnes', dont l'esprit, la grâce, la bonté semblent appartenir à cette époque, la bonté, dit Sénèque, sans laquelle il n’est pas de vraie grandeur : lUmitus sine quâ milia est majestns. Sen., Quæst.

' Lorsque le prince Charles de Ligne fut tué en 1792, en Champagne, le général français renvoya son corps au général autrichien ; sur le ceinturon de son épée était une plaque en or ou les lettres initiales des dames de notre, société étaient gravées, avec cette inscription allemande: Dein Hulimisl miser Slulz deine liebe miser Gluck : Ta renommée fait notre orgueil, ton amitié notre bonheur.

Les peuples soumis à la liberté et à se commander à eux-mènu stiment toute autre forme de police monstrueuse et contre nature.

IVÏONTAIGNK, li v . 1,0. 21 .

||elle salle, en présentant la suite de nos assemblées délibérantes, contient l’histoire de nos libertés, de nos institutions, et de cet équilibre social, qui, après tant de vicissitudes, a fixé enfin nos droits, nos devoirs et notre repos. Elle est une des plus importantes, et on voit qu’on n’a rien épargné pour qu elle fût la plus instructive. Retraçons en peu de mots les sujets qu’elle contient: - J‘'%

Par états généraux on entend l’assemblée de la nation entière, assoit par elle-même, soit par ses représentants. C’est une communication du souverain ou chef de l’État avec le peuple pour prendre ses avis sur ce qui touche à l’intérêt général, pour écouter ses réclamations, ses plaintes, et y faire droit ; car.

V KKSAIIJÆS

< 'esl f n réalité et non en paroles , dit Cicéron, qu'il faut donner au peuple la lihei té : He non verbo.

Ces assemblées , telles que nous venons de les désigner, remontent aux. premiers temps de la monarchie elles étaient connues sous les dénominations de plaids ou de parlements, qu’elles ont conservées en Ecosse et en Angleterre.

Sous la première race , ces assemblées ne furent que des espèces de conseils de guerre qui se tenaient en plein champ, au mois de mai, ce qui les lit nommer Champ-de-Mai. Plus tard, les réunions des évêques leur donnèrent l’apparence d’un concile; enfin, sous Louis XI, l'adjonction des maires, échevins et prévôts en lit véritablement une assemblée des trois ordres. C’est ainsi que parurent les états de 1514 , les premiers qui offrirent le caractère de tous ceux qui les suivirent.

Klcction d’un députe.

Les premières opérations concernant les états étaient la composition des cahiers de remontrance auxquels chaque citoyen pouvait prendre part J, mais qui étaient ordinairement rédigés par les assemblées provinciales; la seconde, l'élection des députés, pour laquelle, ainsi que pour le droit d’élire, on ne demanda long-

1 Nos ancêtres les Germains, dit Tacite, s'assemblaient en plein champ autour de leur chef, pour délibérer sur les choses importantes.

2 II appartenait également à lui de les convoquer, ou à eux de réclamer sa présence, et ce droit s'est manifesté dans le texte d'un édit de Louis XV, de 1717, où il est établi que la nation peut s'assembler sans convocation en certaines circonstances.

ANCIEN ET MU DE UNE

temps d'autres conditions que le domicile et une profession honorable quelconque ; on appelait chaque individu par ordre. Le caractère de ces élections dans la capitale nous a été conservé par le mode d’élection des prévôts et échevins , absolument le même que pour les députés.

Celte scène de la vie de Charlemagne se passe à Aix-la-Chapelle ou ce monarque , déjà vieux , s’associa solennellement Louis le Débonnaire, le dernier de ses trois fils que la mort lui eût laissé.

Celte cérémonie, qui se renouvelle souvent à cette époque de notre histoire, avait lieu en présence des grands et des prélats du royaume qui , par cette adhésion anticipée, consacraient une légitimité royale encore mal établie.

Six mois après, Charlemagne cessait de vivre , dans cette même ville d’Aix-la-Chapelle, encore toute pleine de sa gloire et de son nom.

Après la mort de Louis V, le trône des Carlovingiens se trouva à la merci du plus audacieux et du plus brave. Ce fut Hugues Capet qui l’emporta parmi tous les concurrents qui se disputaient les débris de la couronne. Il était déjà comte de Paris et d’Orléans , et depuis longtemps sa race brillait par l’éclat de sa puissance et de sa bravoure. 11 se lit proclamer roi par une assemblée de seigneurs et d'évêques, avec l’aide de son frère Henri le Grand , duc de Bourgogne , et de son beau-frère Richard -sans- Peur, duc de Normandie.

Pendant les désastres de nos armes, le parlement avait suivi la fortune du roi Charles VII , et siégeait à Poitiers, tandis que Paris obéissait

vi'. USAI U. lis ANCII'N liï ftl U I) li II IN li.

à une magistrature instituée par l’étranger. Ce tableau rappelle le moment heureux où, rentré dans Paris délivré du joug de l’Angleterre, le parlement reprend ses séances au Palais de 1 Justice.

Convoqués à Tours le 15 janvier M81, par Anne de Beaujeu, fille de Louis XI, et régente de France, les états généraux vinrent lui prêter leur appui contre les intrigues des princes du sang, et se rassemblèrent dans la grande salle de l'archevêché. Ils furent présidés par la l','ùiïîLÆs régente.

La détresse du royaume et les embarras de la couronne décidèrent Henri 111 , après la journée des barricades, à convoquer les étals généraux, qui ne se rassemblèrent qu’avec beaucoup de lenteur. Ce ne fut que le 16 octobre 1588 que Henri III put ouvrir solennellement l’assemblée. Il y parut en grand costume, portant son ordre au col. Dès qu’il entra, toute l'assemblée se leva et chacun demeura tète nue. Le roi, s’étant assis , prononça une très-longue et très-grave harangue.

Trente années de guerres civiles avaient

ET/tTSCiESIISIRMIX

©IB EUj@aS Il E fflETOMUS D5>S6

ïiwiBiMtBD muni

épuisé la France , et le trésor était vide. Henri IV appela, dans son embarras, Rosny aux finances et les notables du royaume à son aide. Composée des représentants du clergé , de la noblesse et de la bourgeoisie , cette assemblée fut convoquée à Rouen, et s’ouvrit le 15 novembre 1590, dans la grand’salle de l'abbaye de Saint-Ouen.

Page 1